Vers une recomposition à Gauche ?

Sous le titre « Des abandons et des calculs qui ne passent pas » le quotidien « L’Humanité » diffuse un article rappelant les promesses de Hollande lors de sa candidature et les orientations, virevoltes qu’il a imposé depuis son élection, à ses gouvernements successifs, jusqu’à son ambitions de se (re)présenter en 2017, bien accompagné qu’il est, par les suivismes libéraux, Valls et Macron – MC

La volonté de l’exécutif d’inscrire dans la Constitution la déchéance de nationalité pour les binationaux convaincus de terrorisme creuse un fossé d’une profondeur inédite au sein de la gauche. « Une partie de la gauche s’égare au nom de grandes valeurs. » C’est ainsi que, dans le Journal du dimanche, Manuel Valls juge ceux qui, de plus en plus nombreux et de plus en plus fort, s’opposent à l’inscription de la déchéance de nationalité dans la Constitution française et à son extension à tous les binationaux. Provenant d’un premier ministre qui, à longueur de discours, prétend défendre les « valeurs républicaines » menacées – « Les valeurs républicaines n’ont jamais été aussi indispensables », a-t-il déclaré le 19 février 2015 à l’Assemblée nationale, à moins qu’il n’évoque un « combat de valeurs, un combat de civilisations » entre la France et Daech, comme le 16 novembre dernier sur RTL (parmi une bonne centaine d’autres occurrences) –, l’argument peut surprendre. La défense de Manuel Valls est d’autant plus absurde que lui-même, à la sortie du Conseil des ministres mercredi dernier, reconnaissait que « l’efficacité n’est pas l’enjeu » d’une telle mesure qui, selon lui, revêt plutôt « un caractère hautement symbolique ».

Le fait est que la provocation accélère la fracture à gauche

Pour le premier ministre, ce qui préside à cette décision, c’est « le contexte, notre état de guerre et le discours du président devant le Congrès ». Sauf que le principe même d’une Constitution est de se situer bien au-delà du « contexte » auquel elle a vocation à survivre. Quant au discours du président devant le Congrès, il est de notoriété publique qu’il ne consistait qu’en un coup tactique pour contraindre la droite à le soutenir.

Tout cela, Manuel Valls le sait. Sa fuite en avant ne peut donc être innocente, lui qui n’a jamais caché sa volonté d’en finir avec la gauche historique, pour y substituer un centre « démocrate » à l’italienne ou à la britannique époque Blair.

Le fait est que la provocation accélère en effet la fracture à gauche. « Je crois que l’impudeur de cette phrase dit tout de la gravité de ce qui se passe », a réagi l’ancienne ministre écologiste Cécile Duflot. « Les valeurs sont ce qui structure une civilisation. Les considérer comme subalternes en y préférant tactique et cynisme, c’est les abjurer. »

Au Front de gauche, Éliane Assassi, présidente du groupe CRC au Sénat voit dans la volonté de l’exécutif « une honte » qui « porte en elle le germe de l’exclusion et du soupçon ». Au premier ministre, elle répond : « Je vous rassure Monsieur Valls, je ne suis pas perdue, mais alors pas du tout du tout ! »

Autre ancien ministre, socialiste cette fois, Benoît Hamon abonde, dans le JDD : « Commencer le quinquennat par la promesse du droit de vote aux étrangers aux élections locales et le terminer sur la déchéance de nationalité des binationaux, une telle transhumance politique et intellectuelle déboussole. Cette proposition va provoquer un schisme au sein du peuple de gauche mais aussi dans la communauté nationale. » La rue de Solférino en est déjà à compter les départs de militants et les « mises en congés » d’élus.

La grogne ne se limite plus du tout « aux frondeurs »

Si Benoît Hamon est plutôt classé à la gauche du PS, la grogne ne se limite cette fois plus du tout aux « frondeurs ». Ainsi des députés comme le vice-président de la commission des finances, Pierre-Alain Muet, ou le prédécesseur de Manuel Valls à Matignon, Jean-Marc Ayrault, ont publiquement affirmé leur opposition à la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité ces dernières heures.

Restent en défense du gouvernement l’aile la plus droitière du PS, avec des députés comme Christophe Caresche ; ou les élus les plus suivistes, ceux que l’on n’entend que pour relayer la parole de l’exécutif.

À ceux-là, le président du groupe socialiste à l’Assemblée, Bruno Le Roux (qui, la veille du Conseil des ministres, s’opposait encore au principe de la déchéance de nationalité), a fait parvenir un « argumentaire », reprenant les mêmes idées que celles développées par les membres du gouvernement.

« La détermination est totale, nous irons jusqu’au bout, affirme Valls au JDD. Que chacun à gauche en soit convaincu. »

La droite, elle, n’est plus à convaincre.

Adrien Rouchaléou – L’Humanité – Source