Venezuela : Nette victoire de l’opposition

L’opposition vénézuélienne a remporté dimanche une large victoire qui lui assure une majorité parlementaire, la première en seize ans de domination du pouvoir chaviste.

Le scrutin a été marqué par l’exaspération populaire face à la crise économique qui résulte en partie de l’effondrement des cours du pétrole dans ce pays qui est l’un des plus gros producteurs d’or noir. Mais la coalition victorieuse, qui a décroché 99 des 167 sièges du Parlement, contre 46 pour le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), est fragile. La Table de l’unité démocratique (MUD) est un rassemblement disparate qui va du centre-gauche à la droite la plus dure. Elle est unie par un seul objectif : vaincre le chavisme incarné depuis la mort d’Hugo Chávez par le président Nicolás Maduro.

L’un des personnages clés du MUD, Leopoldo López, a été condamné en septembre à quatorze ans de prison pour incitation à la violence durant les manifestations de 2014 qui avaient fait 43 morts. Sa libération est l’une des revendications du MUD. Mais le dirigeant le plus en vue est Henrique Capriles, gouverneur de l’État de Miranda, deux fois candidat à la présidentielle, battu de justesse en 2013 par Nicolás Maduro.

Le MUD souffre de ses divisions. Deux stratégies s’étaient affrontées en son sein en 2014. Tandis que l’aile représentée par Leopoldo López et María Corina Machado avait organisé des manifestations de rue dont le but affiché était de contraindre le président Maduro à la « sortie », le courant modéré animé par Henrique Capriles avait condamné cette orientation aventuriste. Les manifestations avaient débouché sur des affrontements meurtriers, également dus à la violence de la répression.

Au-delà de ses divisions, l’opposition victorieuse du scrutin de dimanche risque de toucher rapidement aux limites de son contre-pouvoir. Le système mis en place par Hugo Chávez est en effet un régime présidentiel qui autorise le Président à limiter les prérogatives du Parlement. Un face-à-face politique lourd de menaces est à prévoir entre une droite dure et revancharde, proche du patronat, et un Président qui est loin d’avoir le charisme de son prédécesseur.

Cela, sur une toile de fond de crise, de pénurie et d’inflation galopante, qui provoque un fort mécontentement populaire. Mais la soirée électorale a plutôt été marquée par un échange de politesses démocratiques, Nicolás Maduro reconnaissant rapidement sa défaite, tandis que l’un des principaux leaders du MUD appelait au rassemblement de tous les Vénézuéliens et assurait que les « acquis sociaux » de l’ère Chávez ne seraient pas remis en cause.

Un ton inhabituel qui n’est peut-être que de circonstance.

Denis Sieffert Article paru dans Politis n° 1381Couv Politis N° 1381