Green Washing : Le poker menteur des firmes

À l’occasion de la COP, les multinationales s’adonnent à l’éco-blanchiment, dénoncé par plusieurs associations.

« Je consomme, tu consommes, il, elle consomme, vous consommez et la terre mourra en hurlant. » Sur un autre panneau, on peut lire : « Roulez plus propre. Du moins en apparence », ou encore : « S’attaquer au problème du changement climatique ? Bien sûr que non, nous sommes une compagnie aérienne. » C’est ainsi que des militants de l’association anglaise Brandalism (néologisme contractant « marque » [brand] et « vandalisme ») ont détourné ce dernier week-end plus de six cents panneaux d’affichage JCDecaux à Paris et au Bourget.

Des affiches au graphisme soigné, réalisées par des artistes qui entendent dénoncer avec un certain humour noir les liens entre la publicité, le consumérisme, la dépendance aux énergies fossiles et le changement climatique. Épinglant les entreprises sponsors officiels ou mécènes de la COP 21, comme Engie, JCDecaux, Carrefour, Renault Nissan, BNP Paribas, Sanofi, Air France ou L’Oréal et Michelin (liste non exhaustive).

Pour Brandalism, « en sponsorisant les négociations climatiques, des pollueurs importants tels qu’Air France ou Engie peuvent faire leur promotion comme s’ils faisaient partie de la solution, alors qu’ils font partie du problème ». Outre Brandalism, plusieurs associations et organisations, telles Aitec, Attac, CEO, TNI et l’Observatoire des multinationales  [1] se sont élevées contre une COP 21 fermée à la société civile mais ouverte aux lobbys et à l’écoblanchiment (ou greenwashing), ce tour de force masquant sous un discours écologique des pratiques guère avouables. Miracle du marketing. Faut-il rappeler, souligne Attac, que « les émissions provoquées par [les] centrales à charbon [d’EDF et d’Engie] équivalent à elles seules à près de la moitié des émissions de la France » ? 

Faut-il rappeler que BNP Paribas investit 52 milliards d’euros dans l’énergie fossile ?

Cette mascarade trouve son point d’orgue au salon Solutions 21, tenu ces jours-ci au Grand Palais, avec les mêmes partenaires, auxquels s’ajoutent le géant des agrocarburants Sofiprotéol-Avril, Coca Cola ou encore Renault et Veolia. Pour l’Aitec, outre reverdir une image, il s’agit « d’empêcher une action internationale effective et ambitieuse » et d’« éviter toute forme de régulation ou de contrôle public ».

Pas dupe non plus, l’association les Amis de la Terre ont remis le jeudi 3 décembre le prix Pinocchio du climat.

Jean-Claude Renard Source

[1] Les cinq associations publient communément un guide, Lobby Planet Paris.