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Les électeurs de gauche voteront-ils Christian Estrosi, dimanche 13 décembre, au second tour des régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) ? Avec un retard de 249 834 voix sur Marion Maréchal-Le Pen (FN), l’équation est simple pour le candidat du parti les Républicains qui a choisi comme slogan de campagne dans l’entre-deux-tours : « Le résistant ». La victoire ne passera que par un report massif des 410 000 soutiens du PS et de la liste EELV-Front de gauche au premier tour. Voilà pour la théorie. Même si plusieurs voix socialistes, comme celles du président sortant du conseil régional, Michel Vauzelle, ou de l’ancienne ministre Marie-Arlette Carlotti appellent à voter Estrosi, l’exercice pratique s’annonce plus aléatoire.

Dès dimanche soir, au Dock des sud de Marseille, où Christophe Castaner (PS) a annoncé son retrait sous la pression des décisions nationales et contre l’avis de nombreux colistiers, les débats ont duré tard. « Pourquoi aller si vite ? s’emporte Sébastien Jibrayel, conseiller régional sortant. On ne pouvait pas prendre le temps de réfléchir à la meilleure solution ? » « Je reçois des messages de militants qui me disent qu’on s’est couchés devant Paris, enrage l’élu arlésien Mohamed Rafaï. Les électeurs de gauche n’iront pas voter Estrosi. On disparaît du conseil régional et, en plus, le FN va gagner. On aura tout perdu. »

« Se retirer était la seule solution, mais cela ne suffit pas »

L’un des gimmicks de Castaner,  » On ne peut choisir entre l’extrême droite et ladroite extrême « , résonne étrangement dans l’esprit des sympathisants de gauche.  » Expliquer «  Dans son magasin de reprographie du 5e arrondissement de Marseille, Marie-Clémence Balle, 62 ans, a  » la boule au ventre « . Cette électrice qui a donné ses voix  » alternativement aux socialistes, aux Verts ou au Front de gauche  » vit cette fois un déchirement.

 » En 2002, j’ai voté Chirac… Mais là, Estrosi, je ne peux pas. Tout ce qu’il a pu dire durant cette campagne, tout ce qu’a fait Sarkozy depuis qu’il a créé le ministère de l’identité nationale, me donne l’impression qu’il n’y a pas de différence avec le FN. Pour la première fois de ma vie, je vais voter blanc. «  Au centre-ville, Jean-Louis et Marie-Claude Bouillot, militants PS, digèrent mal, eux aussi.

La veille, ces deux retraités sont sortis ravis de leur bureau de vote, un des rares où les socialistes sont arrivés en tête. L’annonce du retrait du PS leur a donné, le député socialiste des Bouches-du-Rhône, Patrick Mennucci, veut pouvoir le faire face à ses électeurs.  » un coup violent « .  » On a passé des semaines à expliquer aux gens pourquoi il fallait voter Castaner et pas les Républicains, note Jean-Louis Bouillot.

Je ne me vois pas maintenant expliquer pourquoi il faut voter Estrosi.  »  » Expliquer «  » Mais pour convaincre, il nous faut des billes « , assure-t-il. A la première heure, lundi, il a appelé Renaud Muselier, tête de liste LR dans le département pour lui proposer de  » s’engager sur plusieurs points de la future politique régionale et notamment la préservation de mesures sociales du précédent mandat « .  » Se retirer était la seule solution, mais cela ne suffit pas : il en faut beaucoup plus pour pousser les électeurs de gauche à aller voter Estrosi « , poursuit M. Mennucci, qui, lors des municipales mars 2014, avait maintenu ses listes dans une triangulaire qui a permis au FN de remporter une mairie de secteur. En déplacement à Paris pour la journée, Nicolas a, lui, déjà subi l’impact du premier tour en PACA.

 » A peine arrivé, on m’a demandé si ça se passait bien à Marseille avec le FN, explique ce quadra qui travaille dans l’analyse financière. Avant même le second tour, le reste du pays assimile déjà notre région et le Front. «  Electeur de gauche dans un milieu professionnel très à droite (d’où sa volonté de rester anonyme), il ne se pose aucune question :  » Au second tour, je voterai Les Républicains, parce que je sais le désastre que provoquerait une victoire du FN pour l’activité et l’image de PACA.  »  » Une pince à linge sur le nez  »  » Je voterai moi aussi, mais avec une pince à linge sur le nez « , assure Nassera Benmarnia.

Cette conseillère d’arrondissement socialiste en est persuadée :  » La stigmatisation des musulmans par Christian Estrosi en début de campagne a laissé des traces qu’il sera difficile d’effacer «  chez les électeurs, qui, comme elle, ont des racines au Maghreb.  » Aujourd’hui, j’ai testé l’appel à voter à droite pour empêcher le FN de gagner. C’est totalement inaudible auprès de nos électeurs « , souffle, de son côté, le copilote de l’union EELV-Front de gauche, Jean-Marc Coppola. Avec 6,5 % des voix, sa liste a abdiqué ses rêves de maintien. Et le désistement du PS a mis fin aux espoirs de fusion.  » Je crains que ce retrait ne serve finalement à rien « , prophétise l’élu PC. Comme beaucoup en PACA, il regrette  » amèrement «  qu’aucune force de gauche ne soit présente au second tour.

Rof Gilles, Le Monde –Source