Et maintenant, on privatise même les barrages

Vous avez aimé la privatisation des autoroutes ?

Vous adorerez celle des barrages.

Tel est le nouveau cheval de bataille de Margrethe Vestager, commissaire européenne en charge de la Concurrence, qui vient de prier la France de lancer les procédures de mise en concurrence des concessions de ces ouvrages historiquement exploités par EDF.

Caramba, encore un coup de Bruxelles ? Pas que. Car les gouvernements successifs, tous au fait de ce biais promarché de la Commission, se sont délibérément placés eux-mêmes dans la difficulté.

  • Premier acte de cette absence d’anticipation : 1993, la loi Sapin. Prévue pour lutter contre les concessions d’eau abusives entre collectivités publiques et entreprises privées, elle impose un appel d’offres lors de leur renouvellement.
  • Deuxième acte : le changement de statut d’EDF en 2006. Même majoritairement détenue par l’État, EDF SA relèvera de la loi de 1993 comme opérateur des concessions de barrages (propriétés publiques). Enfin, en 2011, la France « oublie » d’exclure les barrages de la directive européenne sur les concessions quand d’autres pays s’y sont employés.

Et voilà comment, en 2013, pieds et poings liés, la France, qui cherche à faire passer la pilule de son déficit budgétaire auprès de Bruxelles, « vend » les procédures de privatisation des barrages contre l’absence de sanction. Ce que lui rappelle aimablement la missive de Margrethe Vestager.

Si les barrages tombaient entre les mains du privé, EDF serait contrainte de racheter à prix d’or l’électricité produite. On devine déjà le résultat : le consommateur verrait sa facture s’envoler. Si gouverner, c’est prévoir, ne pas prévoir, c’est quoi ?

Emmanuel Lévy, Marianne N°969


Note J’ai déjà mis cette info sur mon blog en 2013 … le « nécessaire » devait être fait au niveau des gouvernements successifs mais il y aurait peut-être eu une volonté de laisser pourrir le problème, sinon comment comprendre cette apragmatisme ! (Voir l’article) MC