Frais bancaires + 2,5 % en 2014. Mais chut!

Chaque année, la manne est de taille. Ce sont quelque 6,7 milliards d’euros de revenus que les particuliers font gagner aux banques.

Cela doit être une hallucination. Car tout va bien : les tarifs pratiqués par les banques sont « globalement stables », se félicite la Fédération bancaire française (FBF). Même son de cloche à Bercy où est soulignée la « quasi-stabilité des tarifs bancaires de l’extrait standard [les produits et services les plus courants] ».

La preuve ?

Le dernier rapport de l’Observatoire des tarifs bancaires, qui dépend de la Banque de France. Pourtant, quand, courant janvier 2016, les Français vont recevoir leur relevé de frais de l’année écoulée, comme les banques doivent l’établir depuis 2009, Ils risquent d’avoir la sensation que leur banquier a eu cette année encore la main un peu plus lourde.

Comment expliquer un tel écart ?

« Comme la plupart des observatoires mis en place par les pouvoirs publics, celui sur les frais bancaires est un éteignoir. On a un outil permettant de regarder dans le temps l’évolution de certains frais. Mais cela ne dit rien de la facture finale. Par exemple, la question de la fréquence des prélèvements est absente », s’étonne Serge Maître, président de l’Afub.

Et, de fait, la lecture des premières pages et du résumé de l’observatoire ressemble à celle du journal des bonnes nouvelles : « Sur la période 1998-2015, la hausse des prix des services financiers (+ 23,2 %) a été inférieure à l’inflation mesurée par l’IPC (+ 27,9 %) [IPC : indice des prix à la consommation tel que calculé par l’Insee]. »

Hommage à la sobriété des banquiers. Il faut donc aller plus loin pour voir apparaître les premiers bémols. « En 2014, selon la mesure des indices IPC, les prix des services bancaires ont nettement augmenté, en particulier sous l’effet de vives revalorisations des commissions fixes et, mais dans une moindre mesure, des tarifs des packages et des tarifs des commissions variables. »

Et, de fait, selon l’INSEE, le budget des ménages en « services financiers », quasi exclusivement composé des services bancaires, a progressé de 2,5 % en 2014, cinq fois plus que l’inflation. Seize euros mensuels par-ci, pour l’abonnement Esprit libre chez BNP Paribas par exemple, 2 € par là : en moyenne, un ménage y consacrait 0,65 % de son budget, soit 234 € par an.

Deux cent trente-quatre euros pour avoir accès à son argent, ça fait cher, surtout quand cela représente l’équivalent d’un mois de ce que les Français mettent de côté hors investissement immobilier.

Pour les banques, la manne est de taille : un gain de presque 6,7 milliards d’euros de revenus. Mais, chut, ces presque 20 € par mois de frais bancaires par ménage, et sa hausse annuelle de 2,5 %, ni l’observatoire, ni Bercy, ni l’AFB ne vous en parleront.

EM.L. – Marianne N° 968