Réconcilier climat et alimentation

En écho aux mouvements sociaux et paysans à l’échelle du monde se fait jour le besoin urgent de réformes agraires pour garantir la souveraineté alimentaire.

Partout dans le monde les politiques d’austérité menacent les libertés, hypothèquent la paix et engendrent la faim, qui tue plus que le sida, le paludisme et la tuberculose réunis. Ce que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a confirmé en annonçant qu’une personne sur neuf souffre de la faim (795 millions).

Toutes les dix secondes un enfant de moins de cinq ans meurt de faim. Il suffirait de 3,2 milliards de dollars pour les alimenter. Demain, il faudra nourrir plus de 9 milliards d’êtres humains dans le monde. Les projections pour 2050 annoncent que même sous la barre des 2 °C de réchauffement, la moitié de la planète sera exposée à la faim. Chiffres terrifiants, un seul et même combat contre la faim, pour la souveraineté alimentaire et la justice climatique. Aussi l’année 2015 est une année importante.

Éradiquer les politiques qui affament

Lors du sommet des chefs d’État du G7 à Schloss Elmau en Allemagne, la résolution s’est soldée par la reconnaissance de l’action contre la faim, sans aucun engagement financier. Avec de louables intentions, les États ont ciblé 500 millions de personnes à sortir de la faim d’ici à 2030, appelant à des investissements privés et nationaux des pays du Sud.

Mais, comment des pays, déjà sous le joug des politiques d’ajustement structurel imposées par le Fonds monétaire international (FMI), dont les terres sont accaparées et les licences de pêche bradées, pourront-ils financer la relocalisation de leur agriculture. Il est à craindre que cette absence de politique publique, engoncée dans le libéralisme, impose une concentration de l’agriculture sous le pouvoir de gros propriétaires et de multinationales de l’agro-industrie, employant des ouvriers déplacés et sous-payés, pillant les ressources.

François Hollande avait promis une gouvernance pour lutter contre la volatilité des marchés, des stocks de régulation alimentaire… À ce jour, la France n’a toujours pas porté la constitution de stocks de sécurité alimentaire, ni au sein de l’Europe, ni au niveau international. Les chiffres de l’OCDE montrent au contraire une baisse de 9 % de son aide publique au développement.

Face à ce G7, les résistances sociales, mobilisations citoyennes et actions politiques constituent la clé pour mettre les véritables enjeux sur la table des discussions internationales. L’alternative doit être un G195 des peuples avec l’ambition d’éradiquer les politiques qui affament.

Cela implique que l’agriculture et l’alimentation soient extirpées des logiques néolibérales actuelles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), du FMI, de la Banque mondiale et des traités de libre-échange. (…)

La réforme agraire, pilier de la transition écologique

Le défi de civilisation que pose l’accès pour tous à une alimentation de qualité et en quantité doit conduire les institutions internationales à faire respecter ce droit des peuples. En écho aux mouvements sociaux et paysans à l’échelle du monde se fait jour le besoin urgent de réformes agraires pour garantir la souveraineté alimentaire. Cette exigence doit être au centre des politiques publiques. La réforme agraire sera le pilier du développement agricole et alimen­taire et de la transition écologique.

Basée sur l’agriculture paysanne et la pêche artisanale, elle sera productrice de denrées alimentaires saines et diversifiées. Pour être efficace la rémunération du travail paysan doit être garantie. La réforme est essentielle à la modernisation de l’agriculture notamment par l’accès au foncier, aux crédits et aux semences. (…)

Une Union européenne refondée agirait avec fermeté pour faire cesser la spéculation sur les matières premières agricoles et pour créer de nouveaux instruments de régulation des marchés internationaux, avec la création d’outils de stockage et la mise en place d’un système encadrant les marges des géants de la grande distribution et de l’agroalimentaire. Elle fournirait un nouveau système coopératif, démocratique et serait promotrice d’un nouvel outil de protection des activités du vivant (terre, mer, forêt) dans le cadre d’un système « d’assurance mutuelle démocratique calamités ».

Xavier Compain Revue du projet N° 51, Page 22.

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