Quand nous aurons cent ans

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Quand nous aurons cent ans et cent jours et cent nuits

que nos petits-enfants auront fait des petits

Quand nos bras d’allumettes s’effriteront d’un coup

que le poids de nos têtes écrasera nos cous

Que nous restera-t-il pour finir en beauté?

Quand nous aurons cent ans et de beaux souvenirs

de nos corps s’aimantant comme deux gouttes de cire

Quand la moindre caresse aura l’air d’un cent mètres

et que ta vieille maîtresse aura perdu son maître

Que nous restera-t-il pour finir en beauté?

Quand nous aurons cent ans dans nos cœurs de sauvages

dans nos yeux presque blancs nos cheveux de passage

Quand nos cils tomberont comme d’un arbre à hélices

que nos jambes n’auront jamais été si lisses

Quand nous aurons cent ans et la révolte sèche

que l’inertie des temps aura brisé nos flèches

Quand la fatalité nous fera dire : tant pis

et qu’un point de côté nous mettra au tapis

Quand nous aurons cent ans de regards en arrière

Quand ce qui nous attend sera déjà derrière

Quand revenus de tout et dépassés par tous nous

attendrons surtout une sortie très douce

Que nous restera-t-il pour finir en beauté?

Il nous restera ça : ton rire qui se faufile

étincelant, immédiat, entre mes mots futiles

Mon rire qui prend sa source à ton esprit fissa !

Jespère qu’en bout de course, il nous restera ça

 

Jeanne Cherhal – Extrait du CD, Grand Corps Malade, « Il nous restera ça »

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