Les OGM perdent du terrain

La production de maïs transgénique a baissé de 19 % en Europe. Jusqu’au sein du Parlement européen, le rejet est croissant.

Les agriculteurs européens se désintéresseraient-ils du maïs transgénique ?

C’est ce que laissent penser les chiffres publiés par l’association Inf’OGM début octobre. Entre 2014 et 2015, les cultures d’organismes génétiquement modifiés (OGM) ont ainsi baissé de 19 % dans l’Union européenne. En surface agricole, cela représente plus de 25 000 hectares de terres libérés. « Cette baisse est à relativiser, tempère cependant Christophe Noisette, d’Inf’OGM. Si elle paraît impressionnante, c’est aussi parce que les cultures totales de maïs ont diminué sur la même période. »

En Espagne, pays le plus friand de la seule variété génétiquement modifiée autorisée en Europe, le MON810, la proportion d’OGM est passée de 31 % à 28 % de la production globale de maïs. « Au départ, les Espagnols ont accepté les OGM parce que les contraintes techniques étaient inexistantes et que c’était facile à planter, analyse Christophe Noisette. Mais, aujourd’hui, les agriculteurs se rendent compte que les rendements ne sont pas forcément meilleurs et que les coûts engendrés sont importants. »

Pour concurrencer le MON810, produit du géant américain Monsanto, on se bouscule au portillon. Sept variétés de plantes génétiquement modifiées, proposées par les entreprises de biotechnologies Pioneer, Syngenta, Dow AgroSciences et Monsanto lui-même, sont en cours d’autorisation à Bruxelles. Mais pas moins de dix-sept pays de l’UE ont déjà fait savoir aux semenciers qu’ils ne souhaitaient pas cultiver ces variétés. Parmi eux, la France et, plus surprenant, les Pays-Bas, le Danemark et Malte, pourtant considérés comme favorables aux biotechnologies.

« Les OGM transgéniques ont échoué en Europe, constate Christophe Noisette. À l’aube des années 2000, Monsanto tablait sur 1 million d’hectares, or nous en sommes très loin. Désormais, les semenciers se tournent vers d’autres formes d’OGM, en favorisant la cisgénèse : un transfert de gènes entre organismes apparentés. Leur but est de faire oublier le transgénique, pour que l’on ne se rende plus compte que les OGM sont des OGM. » Signe supplémentaire de ce rejet, le vote de la Commission environnement et santé publique du Parlement européen, le 13 octobre, contre la proposition de la Commission européenne de renationaliser l’utilisation des OGM dans l’alimentation humaine et animale.

Autrement dit, de donner le dernier mot aux États sur la commercialisation des OGM importés. « Les députés ont clairement indiqué leur opposition à un régime d’autorisation à la carte qui sèmera la pagaille au sein de l’UE, a réagi l’eurodéputé du groupe Verts-ALE José Bové. La Commission a jusqu’ici refusé de revenir sur sa proposition, ignorant non seulement le vote démocratique du Parlement mais également l’opposition d’une majorité de gouvernements et de citoyens. »

Car, paradoxe de ce recul des cultures transgéniques, la présence d’OGM dans les assiettes des citoyens européens est en progression. En avril, l’UE a autorisé l’importation et la commercialisation de 17 OGM, portant le total à 58 variétés de maïs, de coton, de colza, de soja et de betteraves sucrières potentiellement présentes dans notre alimentation. « Nous dénonçons depuis longtemps la dépendance aux produits issus de la transgénèse et principalement destinés aux animaux d’élevage, affirme Olivier Keller, président de la Commission agriculture de la région Rhône-Alpes. Mais la majorité qualifiée des pays européens n’est jamais atteinte pour voter contre. Du coup, la Commission autorise la commercialisation. »

Si le recul des cultures OGM est « une petite victoire », selon le conseiller régional EELV, à l’échelle européenne, nombre de points demeurent en suspens, comme l’autorisation de nouvelles variétés qui risquent de se multiplier sous d’autres formes que la transgénèse dans les années à venir, ainsi que l’établissement de « zones tampons » entre les pays autorisant la culture d’OGM et leurs voisins hostiles.

Sasha Mitchell Article paru dans Politis n° 1375Couv Politis 1375

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