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Une étude anglaise démontre que l’immigration a rapporté bien plus qu’elle n’a coûté à l’économie britannique. Une chance à saisir pour l’Europe.

Une Europe vieillissante

Sur la crise des réfugiés que l’Europe dans son ensemble est en train de vivre, on a écrit tout et son contraire sauf l’essentiel : à savoir que cet afflux massif est une chance incroyable, inespérée, pour un continent, le nôtre, vieillissant. Rétablissons d’abord une vérité démographique : ce n’est pas parce que la France a un taux de natalité supérieur au reste de l’Europe qu’elle ne vieillit pas. Deux enfants par femme ne suffisent pas à renouveler les générations.

Inexorablement, notre pays vieillit. L’âge médian des Français est de 41 ans, contre 32 pour la Tunisie, 27 pour l’Algérie, 28 pour le Maroc, 24 pour la Syrie, 18 pour l’Afghanistan. Cette simple différence montre combien le problème du remplacement des générations est crucial. D’un côté de la Méditerranée, le nôtre, il n’y a plus assez de jeunes pour, à terme, financer les retraites et les soins médicaux dont la génération du baby-boom aura bientôt besoin.

Le vrai coût des migrants

De l’autre côté de la Méditerranée, c’est l’inverse : trop de jeunes, trop bien formés (beaucoup sont allés jusqu’au bac, voire ont fait des études supérieures), avec trop peu d’emplois qualifiés dans leur pays d’origine. La solution pour eux comme pour nous est évidente : il faut, si l’on tient à nos systèmes sociaux et à une croissance future, organiser au plus vite leur accueil. C’est la seule chose à faire pour nous sauver nous-mêmes et notre avenir.

Parlons maintenant gros sous : l’accueil de millions de migrants venus du Moyen-Orient mais aussi des marges de l’Europe (les Balkans, Albanie et Kosovo en tête, constituent environ 25 % des demandes d’asile entre janvier et mai 2015) coûte-t-il trop cher ? Cet argument venu de l’extrême droite a pénétré par capillarité toutes les familles politiques. Or il est totalement faux. Les Britanniques, qui analysent les faits de société après avoir lu les chiffres, le savent bien.

Selon une étude publiée en 2014 par des chercheurs de l’University Collegede Londres, les migrants auraient payé en impôt, en Angleterre entre 2001 et 2011, 35 milliards d’euros de plus qu’ils n’en ont reçus en aides sociales.

De plus, ils ont 43 % de chances en moins que les natifs de recevoir de l’aide sociale de l’État et sont de 7 % moins susceptibles d’habiter un logement social.

Par ailleurs, n’oublions pas les impôts payés par ces nouveaux arrivants, notamment la TVA qu’ils acquittent comme tout le monde sur les biens de consommation.

Et le logement ? Et le travail ?

Mieux encore : ils sont souvent bien formés, surtout les migrants d’Europe occidentale dont 62 % ont fait des études supérieures contre 24 % dans la population britannique. Conséquence immédiate : l’État britannique ne dépense rien en matière d’éducation.

C’est un gros avantage : le University College a ainsi calculé que former un nombre équivalent de personnes dans le système éducatif britannique aurait coûté 68 milliards d’euros entre1995 et 2011.

On me répondra : et le logement ? Et le travail ? Sur le logement, la Grande-Bretagne a un problème plus grave que nous (elle en construit moins) et pourtant, elle a accueilli des millions de migrants ces dernières années.

Sur le travail, je suis tenté de répondre ce que disent les économistes libéraux : ce sont les populations jeunes et bien formées qui créent l’emploi. Or, il se trouve que les migrants sont exactement cela.


Anthony Bellanger – Titre original « La crise des réfugiés doit bénéficier à l’Europe » Les Inrocks – Source Couv 1039 Les Inrocks