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Députés, sénateurs ou ministre, ils visent la présidence des régions. Et envisagent de cumuler leurs mandats une dernière fois avant que la loi qui mettra fin à cette anomalie n’entre en vigueur.

Promis à disparaître dans dix-huit mois, le cumul des mandats fait de la résistance. Ils sont pas moins de deux bonnes douzaines de parlementaires à conduire des listes aux élections régionales des 6 et 13 décembre. Et nombre d’entre eux ont des chances sérieuses de présider leur région. Rares sont les partis qui n’ont pas confié la direction de leurs listes à des députés ou à des sénateurs.

Dans les douze régions de l’Hexagone, la droite unie en présente sept, dont Christian Estrosi (Les Républicains), déjà député-maire et président de la métropole de Nice, ou François Sauvadet (UDI), député et président du conseil départemental de Côte-d’Or. Le PS en présente six, dont les présidents sortants des régions Aquitaine (Alain Rousset, député et président de l’ARF, l’Association des régions de France), de Lorraine (Jean-Pierre Masseret, sénateur), et le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, tête de liste en Île-de-France.

Le Front national n’est pas en reste avec six parlementaires à la tête de ses listes : cinq députés européens (Marine Le Pen, Florian Philippot, Nicolas Bay, Louis Aliot et Sophie Montel) et la benjamine de l’Assemblée nationale, Marion Maréchal-Le Pen. Le PCF en aligne trois (Pierre Laurent, Nicolas Sansu et Sophie Cukierman), ce qui a provoqué des tensions au sein du Front de gauche en Île-de-France et sa cassure en Auvergne/Rhône-Alpes.

Le cas du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, candidat à la présidence de la région Bretagne, un poste qu’il occupait depuis 2004 avant d’entrer au gouvernement, a contraint François Hollande à rappeler qu’un ministre ne saurait présider une région. Mais il ne s’agit là que d’une règle non écrite. La loi du 14 février 2014, qui interdit de cumuler un mandat parlementaire avec des fonctions exécutives locales (présidence ou vice-présidence, maire ou adjoint au maire…), ne s’appliquera en effet que pour les élections postérieures au 31 mars 2017. Les élections régionales constituent donc pour les cumulards et ceux qui aspirent à l’être le scrutin de la dernière chance. Et ils sont nombreux !

Car derrière les têtes d’affiche, des parlementaires figurent également sur les listes. Moins visibles, ils n’en sont pas moins susceptibles de jouer un rôle important dans l’exécutif de leur région, si leur liste l’emporte. C’est le cas du sénateur Les Républicains (LR) Alain Joyandet, tête de liste en Haute-Saône, ou de Jean-Vincent Placé, nouveau président de l’Union des démocrates et écologistes (UDE), annoncé à la 5e place en Essonne sur la liste de Claude Bartolone. L’attrait des politiques pour le cumul reste une spécificité bien française. En 2012, en France, 476 députés sur 577 (82 %) et 267 sénateurs sur 348 (77 %) exerçaient au moins un autre mandat électif : 261 députés (45 %) et 166 sénateurs (48 %) étaient soit maire, soit président de conseil général ou de conseil régional.

Des chiffres qui font de la France une exception en Europe. Mais, curieusement, les mêmes qui ne cessent de vouloir aligner notre économie, nos systèmes sociaux, éducatifs et notre organisation territoriale sur « les meilleures pratiques » et les normes européennes sont, sur ce sujet, subitement moins enclins à suivre l’exemple de l’Allemagne (10 % d’élus nationaux en situation de cumul en 2012), de l’Espagne (15 %) ou de l’Italie (16 %).

Les socialistes, avant même le vote définitif de la loi du 14 février 2014, avaient montré des réticences à s’administrer une limitation des cumuls décidée pourtant par 71 % des militants lors d’une consultation organisée en octobre 2009. De trop nombreux élus aux sénatoriales de 2011 ou aux législatives de 2012, qui avaient obtenu l’investiture du PS contre un engagement individuel à quitter leur éventuel mandat exécutif local avant le 1er octobre 2012, ne l’ont jamais appliqué.

En cas de victoire, il est donc peu probable que les socialistes détenteurs d’un mandat national l’abandonnent. À droite, on cumule sans complexe. Ses partis ont toujours été majoritairement opposés à toute limitation. Pour Nicolas Sarkozy, la loi du 14 février 2014 fait courir « un grand risque à notre pays », celui « d’avoir des assemblées parlementaires parfaitement hors-sol n’ayant aucun mandat local pour maintenir les parlementaires dans la réalité démocratique de notre pays ».

En 2013, Laurent Wauquiez appelait à ne «  pas avoir une vision d’ayatollah » : « Il y a des collectivités locales qui sont avec un tel niveau de responsabilités et de telles charges qu’elles ne sont pas conciliables avec un mandat national, expliquait le député-maire du Puy-en-Velay sur Public-Sénat. À l’inverse, vous avez des […] exécutifs locaux qui sont de niveau plus modeste qui peuvent permettre de le concilier. »

Aujourd’hui, s’il gagne la présidence régionale, il envisage d’abandonner son mandat de maire, mais pas son siège de député, ni ses responsabilités nationales à la direction des Républicains. Sans doute cet ambitieux estime-t-il que la région Auvergne/Rhône-Alpes est d’un « niveau modeste ». Après tout, ce n’est que la deuxième région de France (7 750 000 habitants), avec une surface qui n’est que de deux fois la Belgique.

Avant la réforme territoriale, les régions étaient plus petites et avaient moins de pouvoir. Le PS y présentait des personnalités locales, sans grande notoriété, et cela lui avait bien réussi en 2004 et en 2010. Aujourd’hui, il serait impossible de l’emporter sans une tête d’affiche connue et identifiée. D’où une pression récurrente sur Martine Aubry pour qu’elle remplace Pierre de Saintignon.

Face à Marine Le Pen et à Xavier Bertrand, le candidat des socialistes à la présidence de la région Nord-Pas-de-Calais/Picardie souffre certes d’un déficit de notoriété. Pourtant, premier vice-président du conseil régional et premier adjoint au maire de Lille, il a une longue carrière politique locale. Difficile de croire que si le PS perdait le Nord ce serait parce que son candidat n’a pas de page Wikipédia, comme le susurrent certains socialistes.

Michel Soudais Article paru dans Politis n° 1374

Couv Politis 1374