L’Argentine nettoyée aux Kirchner

Alors que l’Argentine s’apprête à élire son nouveau président, le pays traverse une énième crise économique.

Après douze années de kirchnerisme (l’alternance au pouvoir de Néstor Kirchner et de son épouse Cristina), l’Argentine se prépare à élire un nouveau président. Le premier tour aura lieu le 25 octobre.

Vous lirez tout et son contraire sur les deux candidats qui devraient s’opposer au second tour, prévu le 22 novembre : d’un côté, l’héritier des Kirchner, Daniel Scioli, et, de l’autre, l’actuel maire de Buenos Aires, Mauricio Macri.

Six taux de change pour un dollar

Plutôt que d’entrer dans les délices de la politique argentine, de vous expliquer quels sont les programmes de chacun d’entre eux, laissez-moi vous parler du quotidien des Argentins. En clair, laissez-moi vous faire le portrait d’un pays une fois de plus en crise.

Un pays où coexistent six taux de change du dollar, dont un dit “touristique” avec une surtaxe de 35 % payée par les Argentins qui utilisent leur carte de crédit à l’étranger et un autre dit “blue” qui est, en fait, le taux du dollar au marché noir.

A l’heure où j’écris cette chronique, la différence entre le dollar “officiel” et le “blue” est de 40 %. Cette béance a une conséquence évidente : quel que soit le candidat élu, les Argentins savent qu’il devra dévaluer le peso.

80 grammes de Nutella à 8 euros

L’autre conséquence est que les Argentins se précipitent à l’étranger pour dépenser leur peso avant qu’il n’ait perdu un quart, voire la moitié de sa valeur. Les aéroports internationaux du pays ont enregistré cette année des départs en hausse de 25,5 % ! Cette précipitation est aussi due à l’énorme différence de prix sur les produits importés.

Le pot de Nutella de 80 grammes ? 8 euros. Le paquet de café colombien ? 10 euros. Un iPhone 6 avant-dernière génération ? 1 300 euros. Le problème est si aigu que l’Argentine a installé dans ses aéroports un comptoir des douanes uniquement dédié aux téléphones, tablettes, ordinateurs portables et autres appareils photo.

Le principe est simple : avant de s’envoler pour l’étranger, les Argentins déclarent la totalité des appareils électroniques qu’ils emmènent avec eux. Au retour, les douaniers comparent et la moindre différence, en qualité et quantité, est taxée (lourdement).

La disparition des mandarines argentines

Il n’est pas difficile de comprendre que le pays s’apprête à vivre des lendemains d’élection difficiles. D’autant que le déficit budgétaire de l’Argentine a échappé à tout contrôle, année électorale oblige. Si l’on ajoute à ce tableau la chute brutale (- 50 %) du prix des produits agricoles (l’Argentine fournit à elle seule 13 % des exportations de céréales au monde) et une inflation galopante que le gouvernement refuse obstinément de mesurer correctement, la catastrophe est promise à plus ou moins court terme.

Je vais vous donner un dernier exemple pour mesurer l’état déplorable de l’économie argentine. En 2008, le pays était le premier exportateur de mandarines de l’hémisphère Sud. Aujourd’hui, il a quasiment disparu des marchés mondiaux. Or la mandarine, comme l’orange, est une affaire de petits producteurs en Argentine.

Des paysans ruinés par l’inflation, un taux de change irréaliste et la désaffection de la main-d’œuvre étrangère. Car même les saisonniers boliviens ou péruviens refusent désormais de travailler au noir en Argentine. Ils ne veulent plus être payés en pesos (trop difficiles à changer) et les agriculteurs ne peuvent pas les payer en dollars (trop difficiles à obtenir). Du coup, des milliers de tonnes d’agrumes pourrissent sur pied.

Anthony Bellanger – Les Inrocks N° 1037 –

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