Emmanuel Macron, irresponsable politique

Électron libre du gouvernement, le ministre de l’Économie entend continuer à provoquer la gauche. Sans se soucier des conséquences.

Au nom de qui parle Emmanuel Macron ? Depuis la rentrée, le ministre de l’Économie suscite régulièrement la polémique par ses déclarations. Un jour, il remet en cause les 35 heures en critiquant, devant le Medef, « les fausses idées » de la gauche qui « a pu croire à un moment […] que la France pourrait aller mieux, en travaillant moins » (27 août).

Un autre jour, invité d’un think tank soi-disant de gauche, il s’en prend au statut de la fonction publique, « plus adapté au monde tel qu’il va » et « surtout plus justifiable » (18 septembre). Un autre encore, il montre un désintérêt teinté de mépris pour les élections : être député « pour être qui ministre, qui Premier ministre, […] c’est le cursus honorum d’un ancien temps » (27 septembre).

Tout aussi régulièrement, Emmanuel Macron est « recadré » par Manuel Valls, quand ce n’est pas par François Hollande lui-même. Sanctionné ? Jamais. Lui n’a cure de ces petites remontrances. Moins d’une semaine après sa sortie sur le statut de la fonction publique, il assurait à des patrons français et britanniques réunis à l’ambassade de France à Londres que « les jeunes générations veulent devenir entrepreneurs, pas fonctionnaires ou politiciens ».

Si le Premier ministre monte parfois en première ligne pour éteindre les incendies allumés par son ministre, Manuel Valls n’entend pas s’en séparer. « Quand on a un ministre talentueux, on le soutient jusqu’au bout », a-t-il lancé à la tribune du congrès du Parti radical de gauche (PRG), le 20 septembre. Emmanuel Macron « a un rôle, il aime la philosophie politique, c’est ce qu’il a fait au Medef, il n’y a pas matière à polémique », l’excusait, fin août, Thierry Mandon, secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur.

Le patron des députés socialistes défend également ce « très bon ministre de l’Économie ». Bruno Le Roux lui « conseille » juste « de ne pas réfléchir à voix haute quand il y a des journalistes » (21 septembre). Invité du Monde, le 27 septembre, le trublion de Bercy assurait ne pas faire exprès de provoquer. « Mais je vais continuer », ajoutait-il. C’est sa marque de fabrique. À peine était-il nommé ministre, le 26 août 2014, que ses déclarations parues la veille dans le Point faisaient des vagues dans le port de La Rochelle.

Évoquant une « étape 2 » de la modernisation du marché du travail, il suggérait d’« autoriser les entreprises et les branches, dans le cadre d’accords majoritaires, à déroger aux règles de temps de travail et de rémunérations ». « Il s’agit de sortir de ce piège où l’accumulation de droits donnés aux travailleurs se transforme en autant de handicaps pour ceux qui n’ont pas d’emploi, en particulier pour les jeunes et les Français d’origine étrangère », affirmait-il. Propos d’un ex-banquier qui ne savait pas encore qu’il allait devenir ministre ?

Le 2 septembre 2014, à l’occasion de son premier déplacement dans une coopérative ouvrière de la Manche, Emmanuel Macron réitère son invitation « à la négociation » sur les 35 heures, invoquant « les rigidités » qui « peuvent conduire, dans certaines branches et certaines entreprises […] à des blocages ». Il récidive le 20 novembre devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’impact de la réduction progressive du temps de travail en lisant cette fois ses notes. Maladroit, il peut l’être. Par spontanéité ou par inexpérience.

Mais ses maladresses trahissent une vision de classe étrangère à la gauche, dont il se réclame au titre que « le libéralisme est de gauche ». Le 17 septembre 2014, il qualifie les salariées de l’abattoir Gad (Morbihan) d’« illettrées », avant de s’excuser devant l’Assemblée nationale. Mais, un mois plus tard, il justifie ainsi la libéralisation des lignes d’autocar, inscrite dans sa loi : « Les pauvres qui ne peuvent pas voyager voyageront plus facilement. » « Les jeunes Français doivent avoir envie de devenir milliardaires », lance-t-il dans un entretien aux Échos, le 7 janvier. Un propos assumé qu’il nuance toutefois en affirmant sur BFM (3 mars) : « Si j’avais décidé que réussir c’était devenir milliardaire, je n’aurais pas accepté d’entrer en politique. »

Un choix de riche sur lequel il s’était expliqué dans Libération (17 septembre 2012). Revenant sur son parcours, qui l’avait conduit d’assistant de Paul Ricœur à la banque Rothschild, Emmanuel Macron avait reconnu avoir été en partie motivé par la recherche de gains rapides. « L’idée était aussi de me mettre à l’abri financièrement. Je n’ai pas de goûts de luxe, ni de gros besoins, mais j’accorde beaucoup de prix à mon indépendance. » La direction du PS ne la conteste plus.

Quand Martine Aubry dit son « ras-le-bol » d’Emmanuel Macron, le premier secrétaire l’absout : « C’est un ministre d’ouverture et le PS ne polémique pas avec un ministre d’ouverture. Ce qu’il dit ne nous engage pas et ce que nous pensons ne l’engage pas », a déclaré Jean-Christophe Cambadélis dans une conférence de presse le 29 septembre. Électron libre, le ministre de l’Économie fait le bonheur des éditorialistes qui n’aiment jamais rien tant qu’un « moderne » s’attaquant aux « totems de la gauche ».

Emmanuel Macron, « nouvelle coqueluche du Tout-Paris » ? Le qualificatif est de Benoît Hamon, et ce n’est pas un compliment. À ses yeux, comme pour la gauche du PS, Macron est un irresponsable. Il « peut se targuer d’avoir de bons sondages », note-t-il, mais ceux qui se présentent aux élections, « ce qui n’est pas [son] cas », subissent « les conséquences dans les urnes des résultats des choix politiques qu’il défend ».

Michel Soudais – Article paru dans Politis n° 1373

Couv Politis 1373

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