Régionales : le PCF l’emporte face au Parti de gauche en Ile-de-France

Pierre Laurent mènera la liste Front de gauche en région parisienne.

Il était temps. A dix semaines du premier tour des régionales, dimanche 6 décembre, les différentes composantes du Front de gauche ont fini par se mettre d’accord pour partir ensemble à la bataille en Ile-de-France.

Les dernières réticences ont été levées jeudi 1er octobre et la nouvelle a été curieusement annoncée sur Ecorama, la télévision en ligne de Boursorama, par Pierre Laurent, patron du PCF et désormais officiellement tête de liste régionale.

Au terme de négociations laborieuses, outre la place de leur secrétaire national, les communistes raflent trois têtes de liste départementales contre deux pour le Parti de gauche (PG) et deux pour Ensemble, la troisième force du Front de gauche. Eric Coquerel, coordinateur national du PG, sera numéro un à Paris. Idem pour Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble, en Seine-Saint-Denis.  » Nous avons obtenu une représentativité satisfaisante pour ne pas avoir l’impression de partir derrière une force – le PCF – « , note M. Coquerel.

Le parti de Jean-Luc Mélenchon continue cependant de revendiquer la tête de liste dans le Val-d’Oise réservée à une personnalité d’ouverture.  » De la révolution citoyenne à la négociation d’épicier, il n’y a qu’un pas au PG « , soupire-t-on dans l’équipe de campagne. Les négociations ont traîné en longueur. La plus grosse difficulté avait pourtant été levée mi-septembre lorsque le PG s’était résolu à accepter les revendications de M. Laurent qui avait fait de la tête de liste régionale une condition sine qua non. Ces derniers reprochaient à celui qui est également sénateur de Paris et conseiller régional sortant son cumul des mandats s’il était à nouveau élu.  » Risible « 

Des critiques évacuées par l’entourage de M. Laurent.  » Quand cette question est posée par un citoyen, elle peut s’entendre mais que des aficionados de Mélenchon traitent Pierre Laurent de notable, c’est risible « , critique un de ses proches. Pour les communistes, face au profil national d’un Claude Bartolone (PS) ou d’une Valérie Pécresse (LR), la candidature de leur numéro un était la plus efficace.  » Ce n’est pas un bateleur mais quelqu’un de sérieux : il peut parler à l’électorat socialiste en déshérence « , juge Ian Brossat, adjoint PCF à la Mairie de Paris.

Devant les blocages persistants, M. Mélenchon s’était décidé à mettre les mains dans le cambouis et avait appelé chacun à la raison. Pour apaiser ses partenaires, M. Laurent s’est engagé à n’avoir plus qu’un mandat à l’issue du scrutin. C’est tout le paradoxe de la situation : le secrétaire national du PCF pourrait ne pas siéger au soir du second tour.  » C’est bien pour cela que sa candidature ne faisait pas consensus « , rappelle M. Coquerel. Un scénario est en cours d’élaboration : actuellement en troisième place sur la liste parisienne, M. Laurent pourrait atterrir en position non éligible dans l’entre-deux tours.  » Ce n’est pas tranché « , affirme son directeur de campagne, Igor Zamichiei.

Un meeting de lancement est organisé le 5 octobre à La Bellevilloise à Paris et le projet sera présenté début novembre.  » Nous voulons être la gauche combative, en rupture avec les choix gouvernementaux et la macronisation de la gauche « , souligne Mme Autain. En 2010, M. Laurent, qui était déjà tête de liste régionale, avait obtenu 6,55 % des voix. Il vise cette fois un score à deux chiffres – une façon aussi de se projeter vers 2017. Malgré les atermoiements qui ont précédé la construction de ses listes, un sondage IFOP publié dans le Journal du dimanche le 27 septembre le créditait de 9,5 % des intentions de vote.  » C’est un point de départ : il y a un espace très important pour notre liste, veut croire M. Zamichiei.

Bartolone ne décolle pas et les écolos sont en voie d’implosion. «  Reste l’épineuse question du second tour. Contrairement à M. Laurent, Eric Coquerel refuse de faire de la fusion des listes avec le PS un  » préalable «  et donne rendez-vous au soir du premier tour. En 2010, PCF et PG avaient échoué à s’entendre sur la participation à l’exécutif et deux groupes Front de gauche étaient nés de cette division au sein du conseil régional.  » On peut imaginer que, in fine, les choix seront différents mais pour l’instant nous partons groupés, souligne Mme Autain. A ce stade, la gauche n’a pas encore gagné. Commençons par rassembler nos forces et, après, advienne que pourra. « 

Besse Desmoulières Raphaëlle, Le Monde – Source