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Le devenir de la planète se jouera à Paris.

La 21e conférence mondiale sur le climat (COP 21) se déroulera à Paris, du 30 novembre au 11 décembre prochains. Près de 40000 participants, venus des quatre coins de la planète, seront réunis. Quels sont les enjeux d’un rassemblement d’une telle ampleur?

Du Japon aux États-Unis, en passant par l’Europe, tous les spécialistes de la météo s’accordent à dire que juillet 2015 aura été le mois le plus chaud de toute l’histoire. En tout cas depuis qu’existent les relevés de températures, ce qui remonte tout de même à l’an 1800. Étés de plus en plus caniculaires et fonte des glaciers d’un côté, aggravation des sécheresses dans les zones arides et intensification des précipitations dans les régions humides de l’autre… notre planète a indéniablement de la fièvre.

Et, pour la première fois de son histoire, se pose la question de savoir combien de temps encore nos enfants et petits-enfants pourront l’habiter. Sérieusement. Très sérieusement même. En témoignent les prévisions scientifiques, de plus en plus précises et alarmantes: dans son 5e rapport, publié en 2014, le GIEC1 note ainsi que -si rien n’est fait pour redresser la situation- la température sur terre augmentera de 4 à 5 degrés d’ici la fin du siècle. « Un réchauffement auquel nous ne pourrions pas nous adapter », alerte jean Jouzel, vice-président du GIEC. Un réchauffement dont nous sommes pourtant responsables, les émissions de gaz à effet de serre (GES) qui en sont à l’origine n’ont cessé d’augmenter avec la croissance des activités industrielles.

Mobilisation internationale

Consciente du danger, la communauté internationale essaie tant bien que mal, depuis le sommet de la Terre qui s’est tenu à Rio en 1992 (il y a déjà près d’un quart de siècle!) de redresser la barre. Mais les résultats des efforts diplomatiques entrepris n’ont jamais été à la hauteur des enjeux. Et la question plane toujours de savoir si les États sauront limiter à 2 degrés l’augmentation des températures comme ils s’y sont engagés en 2011. Dans ce contexte, qu’est-ce qui peut faire que la conférence de Paris réussisse là où celles de Copenhague, Cancun ou Doha ont échoué?

La méthode qui a présidé à sa préparation pourrait, selon Hervé Lefebvre, chef du service climat à l’ADEME2, plaider en la faveur de la COP 21: « Pour la première fois, il a été demandé à tous les pays, en amont de la conférence, d’envoyer leur contribution, avec leurs engagements nationaux en matière de réduction de leurs émissions de GES, en fonction de leurs moyens. » Une démarche beaucoup plus pragmatique que lors des COP précédentes qui se concluaient par des objectifs imposés d’en haut aux différents pays, sans prendre en compte la situation de chacun.

La synthèse de ces contributions nationales ne s’inscrira sans doute pas « naturellement » dans la trajectoire de limitation à 2 degrés du réchauffement climatique, mais elle devrait permettre de dessiner un cadre crédible pour les négociations à venir: « Il ne faut pas oublier que le document qui sera signé à Paris, indique Hervé Lefebvre, disposera de 5 ans pour être mis en œuvre. Les COP à venir auront pour rôle de négocier sur les engagements des différents pays afin que, sur la période 2015-2020, chacun prenne sa part de responsabilité et revoit à la hausse sa contribution. »

Une forme de solidarité financière

Autre argument favorable à la COP 21, les nouvelles clés de répartition adoptées pour le financement des politiques climatiques: depuis la conférence de Cancun, en 2011, 15 à 20 milliards de dollars ont été mobilisés chaque année pour aider les pays du sud à mettre en œuvre les mesures nécessaires à la limitation de leurs émissions de GES. Un effort qui doit se poursuivre et se traduire, dans l’accord de Paris, par la mobilisation de 100 milliards de dollars par an par les pays développés, pour accompagner à partir de 2020 la transition énergétique des pays émergents. C’est le prix à payer pour assurer l’adéquation entre les besoins et les moyens de chaque pays, dans l’intérêt de tous.

La France entend se montrer bonne élève

Prenant en compte ces avancées et l’urgence toujours plus aigüe d’agir, l’ambition affichée de la COP 21 est « d’aboutir pour la première fois à un accord universel et contraignant permettant de lutter efficacement contre le dérèglement climatique et d’impulser/d’accélérer la transition vers des sociétés et des économies résilientes et sobres en carbone. » Voulant se montrer bonne élève, la France s’est dotée cet été d’une loi sur « la transition énergétique pour une croissance verte », qui, forte d’objectifs élevés en matière de réduction des émissions de GES, anticipe les efforts qui pourraient être demandés à l’échelle mondiale.

Évaluation des enjeux, mise au point de la méthode, arbitrages financiers… il faut du temps pour affiner l’approche des problématiques, lutter contre les intérêts de certains et impulser une dynamique collective exigeante.« Tout accord international prend du temps, conclut Hervé Lefebvre. On le voit bien aussi dans le domaine nucléaire. Ça prend du temps, mais ça avance. » Rendez-vous début décembre pour mesurer le chemin parcouru.


 

  1. GIEC: groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat
  2. ADEME: agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

    Revue « Ensemble et solidaire » N° 23/2015