Canal : va de plus à nul.

Vincent Bolloré met Canal + au niveau de TF1, il va faire d’une chaîne qui était créatrices, amenant d’autres formes de reportage, des irrévérences, capable d’innover dans tous les domaines, une chaîne ou seul le fric et des émissions de basses cultures, des débats orchestrés a la gloire des possédants, auront droit de cité. C’est étonnant cette politique commerciale lorsque l’on sait ce qu’il advient de TF1 une chaîne en perte de vitesse, de moins en moins regardée au profit des ARTE et certaines chaines de la TNT offrant des émissions de qualités entre autres. Pour ma part sur Canal, je ne regarde plus que le sport pour ne pas donner mes sous a une chaîne du Quatar. MC

Pour le téléspectateur, c’est encore à peine visible. Les « Guignols » ne sont plus à l’écran (leur retour, repoussé en octobre, sera en crypté, avec de nouveaux auteurs puisque quatre historiques ont été virés) ; Maïténa Biraben a succédé à Antoine de Caunes au « Grand Journal » avec une formule « plus polie ». Pour le reste, c’est un jeu de chaises musicales assez classique. Ce qui n’empêche pas le grand patron, Vincent Bolloré Vincent Bolloré, nouveau président du conseil de surveillance de Vivendi, d’intervenir. Tel est le cas à propos des moqueries salaces sur la direction dans « Touche pas à mon poste » (D8), d’un doc d’investigation autour de la rivalité Hollande/Sarkozy, déprogrammé, ou d’un reportage consacré à l’Olympique de Marseille qui déplaît parce qu’il convient de ne pas « froisser les partenaires » investissant beaucoup dans le foot (220 millions d’euros pour 2016-2020). Du coup, le reportage a été supprimé du replay sur le site. Il s’agit de rentrer dans une ligne ; en témoigne le recrutement des nouveaux auteurs des « Guignols », sous surveillance, avec deux mots d’ordre : ni religion ni politique intérieure.

Sonnant la fin d’une longue autonomie, Vincent Bolloré déploie surtout son autorité côté bureaux. En juillet, il se débarrasse de Rodolphe Belmer, directeur général du groupe, d’Ara Aprikian, patron des chaînes en clair (D8, D17 et i-Télé), de Thierry Langlois, directeur des antennes, et d’Alice Holzman, directrice de CanalSat. En septembre, la glotte se resserre. Bertrand Méheut, président du directoire, est écarté au profit de Jean-Christophe Thiery, un proche. Évincées également, et brutalement, les directrices d’i-Télé, Cécilia Ragueneau et Céline Pigalle. Consternés, deux membres du comité d’éthique et de pluralisme de la chaîne, Patrick Eveno et Julie Joly, ont démissionné (on a appris alors l’existence de ce comité). Après quoi, l’ex-directeur de Direct 8 et de Direct Matin, Guillaume Zeller, catholique ultra, prisé de médias tels que Radio Courtoisie, est nommé à la tête de l’info. Dans la perspective de la présidentielle, de là à copier Fox News, il n’y a pas loin.

Ce n’est pas fini.

À peine arrivé de France Télé, le pourtant bien droitier Thierry Thuillier est écarté de son poste de directeur des sports. Poste ô combien essentiel dans la stratégie du groupe, qui entend reconquérir les parts de marché perdues face à BeIN Sports. Parallèlement, à la tête du cinéma, Didier Lupfer remplace Nathalie Coste-Cerdan. D’aucuns pensent qu’elle paye le dernier accord entre Canal et les professionnels du cinéma, sans doute estimé trop coûteux, 225 millions d’euros par an, sur cinq ans, et s’engageant à consacrer 12,5 % de son chiffre d’affaires à l’achat de films français et européens, et à soutenir notamment les films ambitieux. Pour Vivendi, qui préfère miser sur les succès commerciaux garantis, le dernier point est sans doute de trop dans cette négociation.

En interne, et sous couvert d’anonymat, on parle de « véritable boucherie. L’ambiance est pesante. On reste tétanisé. Plutôt que de susciter des initiatives, les gens osent à peine avancer des projets ». Un autre salarié renchérit : « C’est une vraie révolution. On enterre la première génération de Canal, jusqu’à la quatrième. En filigrane, c’est un développement international qui se met en place. Tout est fait pour produire et vendre à l’étranger. C’est valable pour les “Guignols”. On casse un modèle économique pour une stratégie globale tournée vers l’export, avec le cinéma, le sport et la diffusion sur Internet de certains contenus pour gagner les langues anglaises, l’Italie, l’Espagne et l’Afrique, le grand marché pour Bolloré. » Il y a peut-être un élément que le « Monsieur Guillotin » du PAF n’a pas mesuré. Le mécontentement général du téléspectateur, réagissant promptement sur les réseaux sociaux face à ce nouvel esprit Canal. La première du « Grand Journal » version Biraben, qui recevait Manuel Valls mais aussi Louane et Gaëtan Roussel, deux artistes du giron d’Universal, branche de Vivendi, a rassemblé 915 000 téléspectateurs (deux fois moins que la première d’Antoine de Caunes il y a deux ans), avant de s’effondrer à 610 000 quatre jours plus tard ! Déjà en sursis LGJ ? Et d’ici à la fin de l’année, le nombre d’abonnés pourrait aussi baisser.

Au premier semestre, Canal + a déjà perdu 117 000 abonnés.

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