Sale temps à la Fête de l’Huma, ce 12 septembre dans le parc départementale de La Courneuve. En dépit des trombes d’eau, des centaines de personnes se sont tout de même réunies à 16h30 pour assister au débat phare de cette 80e édition du plus grand rassemblement progressiste d’Europe.
Signe de divergences qui opposent actuellement le PCF (puissance invitante de l’événement) et le Parti de gauche (PG), ce n’est pas dans l’Agora centrale qu’il avait lieu, mais au stand du PG. Jean-Luc Mélenchon y avait convié ce jour-là des piliers de la gauche anti-austérité européenne – l’Allemand Oskar Lafontaine, ancien coprésident de Die Linke, l’Italien Stefano Fassina, ex-ministre de l’économie issu des Démocrates de gauche, et l’iconique ex-ministre des Finances grecs Yanis Varoufakis – pour débattre de la tenue d’un “sommet du plan B” en Europe.
Dans une tribune également signée par Zoe Konstantopoulou (présidente du parlement grec), et publiée sur Médiapart, ils plaident pour “rompre avec cette Europe”, qui a “mis à genoux” le gouvernement d’Alexis Tsipras en lui faisant signer le mémorandum du 13 juillet. Ils proposent à cet effet un “plan A” consistant à obtenir “une renégociation complète des traités européens”, et un “plan B” dont les modalités restent à définir, mais dont l’un des leviers envisagés est la sortie de l’euro.
“Le plan B doit permettre de sauver l’Europe”
C’est de cette contre-offensive internationaliste dont il fut question dans un stand aux couleurs du PG plein à craquer. Certains seront contraints d’observer le débat de l’extérieur, les pieds dans la boue et sous des averses diluviennes.
Cela n’a pas entamé le moral des militants et sympathisants, qui ont applaudi chaudement Oskar Lafontaine, premier à prendre la parole, se présentant comme “un européen de cœur, et non par calcul économique”. Celui-ci a regretté que “la majorité de Syriza n'[ait] pas eu le courage de mettre en oeuvre les propositions de Yanis Varoufakis [qui avait un plan B en cas de Grexit]”, et s’est réjoui “qu’au sein de la gauche européenne ce débat ait été engagé et que le plan B soit en cours l’élaboration”.
Dans la même veine, Stefano Fassina a affirmé que “dans la cage de l’Eurozone, la gauche européenne n’a aucune chance”, et que “le plan B doit permettre de sauver l’Europe, et de montrer qu’il existe une alternative au néolibéralisme”.
Varoufakis organise la défense contre le “docteur Schäuble”
Veste noire sur chemise blanche impeccable, Varoufakis – dont le nom était au moins autant évoqué que celui de Manu Chao à cette Fête de l’Huma – s’est chargé d’alimenter en petites vannes ce meeting présenté comme un prélude à la conférence internationale pour un plan B en Europe, qui pourrait avoir lieu en novembre. Il a ré-expliquer pourquoi et dans quelles circonstances il avait échafaudé un plan B : “Schäuble [le ministre des finances allemand] disait qu’il travaillait à pousser la Grèce hors de l’Eurozone. Un ministre de la défense doit avoir un plan en cas d’invasion, ça ne veut pas dire qu’il souhaite qu’il y en ait une”. (…)
Pour Mélenchon, l’Euro est “une cage où enfermer et faire mourir tous nos rêves”
L’ancien candidat du Front de gauche à la présidentielle de 2012 a martelé son opposition à l’Union européenne (UE) telle qu’elle est devenue :
“La construction de l’UE telle que nous l’avions rêvée est morte. L’Union européenne est un cadavre politique pour nous. Pour les puissants et les importants, c’est une camisole de force pour tenir enfermés les peuples et contenir leurs mouvements. Mais pour nous qui incarnons la volonté de paix qui a animé nos prédécesseurs, nous qui avons voulu à la suite de Victor Hugo ces ‘Etats-Unis d’Europe’, l’Europe ne peut pas être l’UE que nous avons sous les yeux. L’Euro qui est purement et simplement une cage où enfermer et faire mourir tous nos rêves”. (…)
Mathieu Dejean – Les Inrocks – SOURCE