FRENCH BASHING

Une enquête étayée met à nu la liste des nombreux stéréotypes négatifs que les Anglo-Saxons attribuent aux Français. Le visage d’une guerre culturelle de cour de récré.

Sport de combat inventé par les Anglo-saxons, le “french bashing” semble connaître un regain d’énergie inversement proportionnel à la déprime hexagonale. Tandis que les Français se morfondent dans une dépression collective confuse, les Américains et les Britanniques en rajoutent une couche : la France serait un pays de vauriens. Plus que la France, aux paysages éternels, ce sont surtout les Français qui agacent et suscitent l’ire de nos voisins acrimonieux.

Dans une enquête démythifiante, Jean-Baptiste Péretié dresse l’état des lieux de la réputation française. Glandeurs, lâches, impolis, snobs, sûrs d’eux, arrogants, infidèles, grévistes, sales… : la liste des infamies hexagonales est à la mesure des malentendus historiques et des différends politiques ancestraux. Des journaux de Fox News aux publicités anglaises, des films hollywoodiens aux éditoriaux de la presse écrite, Jean-Baptiste Péretié consigne les traces passées et actuelles de cette détestation infantile et disproportionnée.

Imaginaire populaire

Il n’est d’ailleurs pas exclu que des Français, dont l’orgueil serait blessé ou le sens de la provocation simplement aigu, n’aient pas envie de revendiquer certains des qualificatifs déshonorants. Glandeur ou libertin, où serait le mal ? L’imaginaire populaire reste habité aux Etats-Unis par le personnage célèbre d’un dessin animé, Pépé le putois, censé représenter le Français dans sa condition primaire : un animal qui pue et drague en même temps.

Un personnage libertin aussi : de la figure littéraire de Valmont aux aventures de DSK et de Hollande, la représentation du Français obsédé se perpétue, comme si la réalité, parfois attestée, absorbait la fiction d’une tradition littéraire reconnue. Du pur délire.

Le Français serait un défaitiste

Depuis le refus affirmé avec panache par Dominique de Villepin de s’engager auprès de Bush dans la guerre du Golfe, la lâcheté est aussi revenue au premier rang des stigmates ; une vieille tradition qui remonte à Pétain et aux collabos. Le Français serait un défaitiste, capitulant sans cesse.

Et lorsqu’il revendique son indépendance, comme de Gaulle dansant devant les Américains comme une mouche autour d’un taureau, il énerve tout autant. S’il n’y avait le mythe de la “femme parisienne”, idéalisée à outrance, rien ne serait à sauver de nous…

Goût dominant pour l’autodénigrement

Les Britanniques ne sont pas en reste s’agissant de cultiver les clichés les plus stupides sur nos contrées accueillantes, notamment sur notre supposé dégoût du business. Comme le souligne un Anglais, deux systèmes culturels s’affrontent dans le rapport aux affaires : un peuple de boutiquiers et de pirates s’oppose au pays des sans-culottes et des citoyens attachés à un Etat social fort.

Par-delà l’absurde exagération de son déploiement, ce “french bashing” a des effets sur les Français eux-mêmes, constate Pérétié, qui souligne combien le déclinisme ambiant et le goût dominant pour l’autodénigrement se nourrissent indirectement de ce refrain mordant.

Stéréotypes anthropologiques

Il reste que les entretiens éclairants et les images symptomatiques du documentaire esquivent une autre réalité autrement plus vertueuse : la capacité qu’ont heureusement des citoyens dans chaque pays à ne pas sacrifier le sens des valeurs universelles au patriotisme aveugle. Si le jeu consistant à essentialiser les caractères nationaux reste amusant parce qu’innocent, la limite de l’esprit cocardier s’impose dès lors qu’il touche à des stéréotypes anthropologiques. Glandeurs, libertins, grévistes de tous les pays, unissez-vous.

French bashing documentaire de Jean-Baptiste Péretié. Mercredi 9 sept 2015, 21 h, Canal+

Jean-Marie Durand – Les Inrocks N° 1032 – Source