La “GUD connexion” parade à l’université d’été du FN

Si elle exclut son père au nom de sa stratégie de « dédiabolisation », Marine Le Pen ne voit rien à redire à la présence de ses sulfureux amis qui ont dirigé le GUD dans les années 1990. Mis en examen dans l’affaire des financements de campagne du FN, Frédéric Chatillon et Axel Loustau se sont affichés tout le week-end aux côtés des frontistes.

« M. Chatillon est un prestataire de service », a longtemps répondu Marine Le Pen lorsque les médias l’interrogeaient sur Frédéric Chatillon. L’emblématique président du Groupe union défense (GUD) dans les années 1990, devenu le patron de la société de communication Riwal, est le prestataire principal du Front national pour ses campagnes. Mais il est aussi un vieil ami de fac de la présidente du Front national. Ensemble, ils ont arrosé bien des anniversaires.

D’habitude cantonnés aux coulisses ou à l’extérieur de l’université d’été, comme l’année passée, à Fréjus, Chatillon et sa bande de quadras anciens du GUD – un groupuscule étudiant d’extrême droite radicale, aux méthodes violentes –, ne se cachent plus. Ce week-end, à Marseille, ils se sont affichés ostensiblement à l’université d’été du parti. Comme l’a rapporté Le Monde, pour assurer la sécurité de l’événement, Marine Le Pen a choisi la société de l’un d’eux, Axel Loustau, aux dépens de l’historique DPS, le service d’ordre interne. Face aux partisans de Jean-Marie Le Pen, qui menaçaient, dimanche matin au Parc Chanot, de « forcer le passage » pour leur chef, M. Loustau a chapeauté le déménagement du coin terrasse où s’étaient installés les soutiens du fondateur du FN, comme l’ont constaté plusieurs confrères présents, dont David Perrotin du site Buzzfeed.

Frédéric Chatillon, lui, a paradé tout le week-end, discutant successivement avec le service de sécurité et des responsables frontistes, dont l’eurodéputé Édouard Ferrand que Marine Le Pen a choisi en janvier pour prendre la tête de la délégation frontiste au Parlement européen. L’élu, qui a noué ces dernières années des liens avec cette nébuleuse des anciens du GUD, a bavardé avec Chatillon, Loustau et leur ami, verres à la main, au stand Europe des Nations et des Libertés (ENL).

Les ex-Gudards se sont aussi affichés dans des bars de la cité phocéenne avec plusieurs responsables frontistes : outre Édouard Ferrand, le sénateur et maire de Fréjus David Rachline, l’eurodéputé Dominique Martin, le directeur de campagne de Marine Le Pen lors de l’élection interne de 2011, et France Jamet, patronne du groupe FN à la région du Languedoc-Roussillon.

À quel titre étaient-ils là ?

Le Front national l’a souvent rappelé, ces proches de la présidente ne sont pas encartés dans le parti. Par ailleurs, la société de Frédéric Chatillon, Riwal, mise en examen dans l’affaire des financements de campagne du FN, a « interdiction » d’entretenir une « relation commerciale directe ou indirecte avec le FN dans le cadre des élections ». Ces dernières années, « dédiabolisation » oblige, Marine Le Pen s’est bien gardée de s’afficher publiquement avec eux. C’est en coulisses que la leader frontiste orchestrait la logistique de ses campagnes avec cette « équipe bis », au 27 rue des Vignes, dans un local reculé du XVIe arrondissement de la capitale, à l’abri des regards.

Dès novembre 2010, préparant son arrivée à la tête du FN, elle avait confié à cette “GUD connection” les manettes des finances de son micro-parti, Jeanne, une structure clé destinée à contre-balancer le poids de l’association de financement de son père, Cotelec. Le poste de trésorier a ainsi été successivement confié aux deux bras droit de Chatillon, Olivier Duguet et Axel Loustau.

Entre temps, une enquête judiciaire a poussé ces personnages dans la lumière. Depuis avril 2014, les juges Renaud Van Ruymbeke et Aude Buresi se penchent sur le dispositif électoral du Front national, articulé autour du micro-parti de Marine Le Pen, Jeanne, et de l’agence Riwal. Ils ont procédé depuis janvier à huit mises en examen, dont celles de Frédéric Chatillon, de sa société et d’une de ses proches, mais aussi celles d’Axel Loustau et Olivier Duguet pour « escroqueries ».

Le 9 septembre, le FN est d’ailleurs lui-même convoqué par les juges et pourrait être mis en examen. La présidente du FN a été contrainte de monter au créneau pour défendre ses proches. « Aucun élément ne me permet de lui retirer ma confiance », a-t-elle expliqué lorsque Frédéric Chatillon a été une première fois mis en examen, en janvier dernier. Un mois plus tard, lorsqu’Axel Loustau et Olivier Duguet ont menacé Mediapart, elle a aussitôt défendu le trésorier de son micro-parti, sur RTL. Lors des élections départementales, c’est encore Riwal qui a réalisé les fameux kits de campagne des candidats frontistes. En juillet, Axel Loustau était présent au lancement du collectif mer et francophonie, comme l’avait relevé notre confrère de l’AFP.

Au-delà de leurs ennuis judiciaires, la présence de Chatillon et Loustau interroge sur la réalité de la « dédiabolisation » de Marine Le Pen. Si la présidente du FN a exclu – tardivement mais fermement – son père pour ses propos sur les chambres à gaz et le maréchal Pétain, elle ne semble pas gênée par la présence de ce tandem qui n’a cessé de fréquenter la mouvance néofasciste européenne.

Axel Loustau lors de son 40e anniversaire, en 2011, sur une péniche, à Paris. Axel Loustau lors de son 40e anniversaire, en 2011, sur une péniche, à Paris. S’ils ne sont plus officiellement aux manettes du groupe radical, Chatillon et ses comparses en ont gardé les traditions et le folklore, comme Mediapart l’a documenté dans plusieurs enquêtes. Dans un long témoignage que nous avions rendu public, l’ancien militant du GUD Denis Le Moal avait détaillé la « haine maladive des juifs » de Frédéric Chatillon, qu’il a côtoyé neuf ans dans le groupuscule. Le tandem Loustau-Chatillon n’a jamais renié ses engagements de jeunesse, comme cette visite, en 1992, à l’ancien Waffen-SS Léon Degrelle, fondateur du mouvement collaborationniste Rex en Belgique, qui estimait qu’« Hitler c’était le génie foudroyant, le plus grand homme de notre siècle ».

En 2009 encore, Chatillon racontait, filmé de dos dans un documentaire de la RTBF, leurs « dîners » et « réunions » avec Degrelle, qu’il a vu « régulièrement » et qui « [leur] donnait l’envie de combattre ». En novembre dernier, des photos d’Axel Loustau, bras tendu en l’air à ses 40 ans, en 2011, révélées par Special Investigation (Canal Plus) et publiées par Mediapart, avaient relancé le sujet. « Pote » de Dieudonné et Soral, Chatillon est aussi un soutien affiché du régime syrien, avec lequel sa société a fait affaire, comme nous l’avons raconté (ici et là).

De son côté, le trésorier du micro-parti de Marine Le Pen a participé aux débordements en marge de manifestations contre le mariage pour tous, aux Invalides, à Paris, où il a été interpellé en avril 2013.

Coutumier des intimidations, il s’est illustré dans plusieurs agressions ou menaces de journalistes. Nos confrères du Monde avaient raconté ses menaces et crachat à leur encontre, lors du traditionnel défilé de l’extrême droite radicale, en 2010. Mediapart a également eu affaire à lui en février après s’être rendu à sa société pour une enquête. Mais ce week-end, à Marseille, c’est son équipe et lui qui géraient la sécurité de l’université d’été

Turchi Marine, Médiapart – Source