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Comme d’autres attendaient Godot, tous espèrent une improbable croissance salvatrice. Mais ce n’est qu’une attente comme on souhaite le soleil après la pluie car les politiques d’austérité qui partout sont à l’oeuvre ont pour première conséquence de comprimer l’activité.

Au gouvernement comme à droite, le credo de la « reprise » ou de la « croissance » est le même avec la même absence de résultats sur les questions essentielles de l’emploi et du pouvoir d’achat, au cœur des préoccupations de nos concitoyens et des dysfonctionnements de la société. La droite fait d’ailleurs ses choux gras sur un fond d’échec des choix actuels dont elle partage la philosophie tout en voulant encore les aggraver en faisant davantage reculer les dépenses publiques utiles, les droits sociaux, les rémunérations et le droit du travail. A la veille des élections régionales, avec un culot monstre, elle dénonce les réductions de moyens aux collectivités locales qu’elle avait entamées et qu’elle veut amplifier.

Ainsi s’installent un approfondissement et une violence de la crise sociale sur fond d’augmentation du chômage alors que les actuels choix économiques ne résolvent en rien les problèmes liés aux déséquilibres budgétaires. Et puisque rien ne se résout qui pourrait changer les vies, colère et fatalité vont souvent de pair, nourrissant du même coup une extrême-droite en embuscade. C’est dans ce contexte que le président de la République, redevenu candidat, brandit comme il y a deux ans la promesse d’une baisse des impôts.

Lesquels ? Mystère ! Il tente de l’expliquer par cette fameuse « croissance ». Quelle type de croissance et pour qui ? Mystère encore ! Croissance des profits ou croissance pour l’emploi et le mieux vivre ? Cette croissance serait attendue d’une conjoncture internationale cumulant la baisse du prix du pétrole, la diminution de la valeur de l’euro relativement au dollar et des taux d’intérêts. Si ceci est vrai, cela veut donc dire que le dogme droitier de la  «compétitivité»  des entreprises va s’améliorer.

Les profits des grands groupes et des banques déjà très élevés vont donc encore s’améliorer. La question d’une augmentation des salaires devrait donc être posée en priorité. Elle le devrait d’autant plus que c’est la seule manière d’amorcer une croissance durable et riche en emplois. Tel est l’un des enjeux principaux posé au mouvement populaire en cette rentrée. Or, en ne parlant que d’une hypothétique baisse des impôts, F. Hollande ne veut surtout pas demander aux puissances industrielles et financières de répartir les richesses.

Surtout, il compte respecter les dogmes de l’orthodoxie bruxelloise en réduisant encore les dépenses publiques, c’est-à-dire les moyens de la protection sociale, des retraites, de tous les services publics, des collectivités territoriales. Or, la réduction des crédits aux collectivités ou aux hôpitaux réduit à la fois les services indispensables, détruit le travail et l’emploi avec, au final, une croissance saine qui, elle, n’est jamais au rendez-vous. D’autant plus que les milliards d’argent public offert au grand patronat ne le conduisent pas à créer des emplois mais à rémunérer grassement les actionnaires au lieu d’augmenter les salaires.

La politique actuelle calquée sur celle de l’Allemagne est donc à la fois injuste et inefficace. Elle a permis en un an – entre 2013 et 2014 – de faire bondir la valeur des patrimoines déclarés de 10% et d’augmenter le nombre d’assujettis à l’impôt sur la fortune de 6%. Mais la France ne se redresse pas. Elle s’enfonce et les inégalités sociales y explosent. Quant aux fiscalités, toutes les fiscalités – sur le revenu, le capital et les grandes fortunes, indirectes et locales – elles ont besoin d’une profonde réforme pour plus de justice et d’efficacité, avec une grande détermination et les moyens humains nécessaires pour combattre la fraude et l’évasion fiscale.

A la veille de la préparation du prochain budget 2016, la question fiscale mérite d’être mise à l’ordre du jour des actions populaires, au même titre que l’augmentation du smic, des bas salaires, des prestations sociales, des retraites, des crédits d’investissement, notamment pour la construction de logements, la transition écologique et l’emploi. C’est d’ailleurs le seul moyen pour permettre un décollage du pays et au-delà, de l’Europe. Y parvenir appelle de construire un mouvement populaire ici et sur le continent contre l’austérité et le chômage.

Ce mouvement réclame des rencontres entre syndicats, forces et personnalités progressistes, écologiques de toute l’Europe, de débats, d’élaborations communes et d’actions unitaires et larges. Il s’agit ni plus ni moins de stopper le mouvement régressif en cours et de commencer à regagner du terrain grâce à un Front progressiste et social commun de nature à créer un rapport de forces nouveau susceptible d’imposer la démocratie et de subvertir les politiques actuelles au seul service de l’oligarchie.

Certes, le niveau du combat à mener est très élevé mais il n’y a pas de détour possible. Il faudra obtenir l’annulation de parties importantes des dettes publiques, la transformation profonde de la banque centrale européenne pour en faire une banque publique au service de l’emploi et de la transition environnementale, l’appropriation publique des principales banques. Avec aussi l’objectif de changer fondamentalement la monnaie unique pour en faire une monnaie commune et non ce garrot de fer contre les droits sociaux.

Le salut ne viendra pas de la croyance en un changement de conjoncture internationale. Les conflits armés, les baisses des prix des matières premières, les fluctuations du dollar, les modifications en cours en Chine et dans plusieurs pays en développement, les chocs boursiers ne sont pas de bons signes si on les regarde en termes géopolitiques. Tout au contraire, ils annoncent de nouvelles turbulences, le gonflement des bulles financières, l’augmentation de « dettes » dont seuls les travailleurs et les retraités font les frais. Cet indispensable rassemblement populaire européen est possible tant grandit en Europe l’idée que les choix mis en œuvre sont en échec partout.

Quels choix alternatifs ? Comment les inventer ? Quelles initiatives politiques et sociales européennes pour les promouvoir ? Comment faire progresser l’émancipation humaine dans un continent qui aujourd’hui lui tourne le dos ? Autant de questions qui ne trouveront de réponses que si elles deviennent populaires – au plein sens du terme – dans chaque nation. Elles seront au centre des débats de la Fête de l’Humanité. En faire le grand rendez-vous de l’unité populaire pour le changement et l’union de la gauche de transformation sociale et écologiste, telle est notre ambition.

Patrick Le Hyaric – SOURCE