Une gauche en mille morceaux

Temporiser, mais jusqu’à quand ? Alors que la gauche ouvre en cette rentrée un nouveau chapitre de sa décomposition, François Hollande fait le gros dos.

Il ne devrait pas y avoir cette semaine de tentative de recomposition, pas de remaniement d’ampleur : François Rebsamen sera remplacé au ministère du travail avant le conseil des ministres du mercredi 2 septembre, et c’est tout.

L’exécutif juge qu’il est trop tôt pour tirer les conséquences de la nouvelle crise qui agite Europe Écologie – Les Verts (EELV). François de Rugy et Jean-Vincent Placé, qui ont claqué la porte les 27 et 28 août en dépeignant le parti comme  » un astre mort «  entraîné dans une  » dérive gauchiste « , n’ont pas fait bouger les plaques tectoniques. Du moins pas encore.  » C’est encore trop tôt pour savoir comment les choses vont évoluer « , reconnaît lui-même le premier ministre.

Dans son discours de clôture de l’université d’été du PS à La Rochelle, Manuel Valls s’en est tenu, dimanche 30 août, à un classique appel à l’unité et à la responsabilité :  » La gauche est grande, la gauche est victorieuse quand elle sort de son nombrilisme pour s’adresser à tous, sans exclusive, sans petits calculs, sans sectarisme.  » A gauche, tout semble donc gelé. Et pourtant le temps presse. Car à vingt mois de l’élection présidentielle de 2017, rien ne se passe comme annoncé.

Au lieu de la mobilisation, le délitement continue. Malgré la menace du Front national, la gauche part en ordre dispersé aux élections régionales de décembre. La possibilité de limiter les pertes, un moment envisagée par l’exécutif, s’éloigne. Le spectre d’une nouvelle défaite électorale, la quatrième depuis 2012, se précise.  » On est dans une logique centrifuge « , déplore l’ancien premier ministre, Jean-Marc Ayrault, en ajoutant dans une critique implicite de Manuel Valls :  » Si les Verts n’étaient pas partis en 2014, on n’en serait pas là. « 

Chez les socialistes, plus personne ne se fait d’illusion : Cécile Duflot se prépare à être candidate en 2017 en portant une critique sans merci du quinquennat Hollande, et ce malgré le souvenir cuisant du 21 avril 2002. Le chef de l’État s’est fait raconter  » minute par minute « , l’université de rentrée des écologistes par Marisol Touraine. La ministre de la santé, qui s’y est fait siffler le 20 août, lui a conseillé d’oublier l’idée d’une grande alliance avec l’ensemble des Verts pour se concentrer sur les quelques responsables qui restent favorables au gouvernement.  » Laisser faire la droite  »  » Hollande a fait le deuil du retour de Duflot, son objectif désormais est de la marginaliser « , assure un ministre.

C’est la fin de ce qui restait de la gauche plurielle des années Jospin.  » La conjoncture économique est tellement difficile qu’une partie de la gauche en revient à ses vieux réflexes : elle préfère retourner dans l’opposition que gouverner « , analyse le politologue Gérard Grunberg.

Comme en écho, ce soupir désabusé d’un acteur socialiste croisé lors de l’université d’été de La Rochelle :  » Si le projet, c’est s’adapter à la mondialisation, mieux vaut laisser faire la droite. «  Si l’aile gauche du PS n’a pas encore fait publiquement le deuil de 2017, l’hypothèse d’une défaite permettant de régler les comptes affleure.  » Ceux qui pensent que l’on peut bâtir sur des ruines se trompent, l’opposition on sait quand on y entre, on ne sait pas quand on en sort « , s’alarme Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale.

Contrairement à EELV, le PS ne rompt pas. Mais il ne sait plus qui il est. Le 27 août, la veille du rendez-vous de La Rochelle, l’aile gauche et l’aile droite ont ainsi fait leur rentrée séparément, comme si leur logiciel n’était plus le même. Emmanuel Maurel, député européen et figure de l’aile gauche, le reconnaît :  » On n’a même plus de langue commune. «  Lucide sur la gravité de la crise que traverse son camp – au point de démarrer son livre de rentrée par cette terrible phrase :  » La gauche a perdu la bataille des valeurs «  –, le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, colmate, veille à l’unité, épaulé par le premier ministre, Manuel Valls, qui, revenu de ses propres audaces, se voit obligé de tancer l’iconoclaste Emmanuel Macron, qui a osé s’en prendre à la réduction du temps de travail.

La base est déboussolée, mais le réflexe unitaire joue encore.  » Les militants ont peur de la division. C’est le pari de Cambadélis, qui se dit qu’ils choisiront de se rassembler in fine derrière François Hollande plutôt que de renverser la table « , analyse un responsable socialiste. Les frondeurs jouent de fait la rentrée mezza voce : ils ont beau être malheureux, ils n’émettent aucune critique frontale contre le président de la République. Tout au plus demandent-ils l’organisation d’une primaire ouverte à toute la gauche en 2016 qui serait, selon eux, et pour autant qu’il l’emporte, la seule façon pour le chef de l’État de rassembler la gauche derrière lui.

La guérilla qui avait prévalu ces derniers mois s’est essoufflée. Mais, pour le PS, la situation actuelle est presque pire. Le parti est dévitalisé, victime d’une grosse fatigue idéologique au point que, samedi, c’est à une non-socialiste, Christiane Taubira, que les troupes ont réservé le peu de ferveur qu’il leur restait. A La Rochelle, la garde des sceaux a ainsi eu droit à une véritable ovation lorsque, citant Pierre Mendès France, elle s’est exclamée :  » La République doit se construire sans cesse, car nous la concevons éternellement révolutionnaire.  » Un peu de souffle enfin !  » Le PS est dépassé par la situation historique « , diagnostiquait Marcel Gauchet il y a un an dans la revue Le Débat.

(…)

Bonnefous Bastien, Extrait Le Monde – SOURCE


Et de tout ça que dire du PG, NPA, PCF, et autres groupuscules soit disant de gauche, d’accord sur rien, voulant voguer chacun de son côté, persuadé d’avoir chacun raison, contribuant ainsi à la dispersion des voix et au désintérêt électoral.  La gauche souhaiterait l’avènement d’une forme de totalitarisme qu’elle ne s’y prendrais pas autrement. MC