Y.Varoufakis « La zone euro a créé un monstre, l’Eurogroupe »

Yanis Varoufakis a livré dans la presse un témoignage minutieux sur la violence des institutions européennes.

L’ex-ministre des Finances grec était l’invité d’Arnaud Montebourg à la fête de la Rose à Frangy-sur-Bresse, le 23 août. Peu avant, il a accordé des entretiens au monde.fr et au Journal du dimanche. Morceaux choisis.

« La plupart des Européens imaginent que ces derniers mois la Grèce a négocié avec ses partenaires de la zone euro. Ce n’est pas le cas. […]

Je n’ai jamais négocié en direct avec Michel Sapin […] ni avec Wolfgang Schaüble, qui assurait qu’il ne pouvait rien faire pour moi et me renvoyait aux institutions. […]

C’est la grande leçon de ces derniers mois : la zone euro est la zone économique la plus puissante du monde mais personne ne la dirige – ou du moins, personne d’élu. Elle a créé un monstre, l’Eurogroupe, où les ministres des Finances ne négocient pas vraiment les uns avec les autres. » « La Grèce n’est qu’une bataille au sein d’une guerre bien plus large. Nous assistons à une confrontation majeure entre la France et l’Allemagne à propos du contrôle de l’union monétaire. En 2010, le premier plan d’aide visait à renflouer les banques françaises et allemandes […].

Aujourd’hui, les créanciers cherchent simplement à contrôler le gouvernement grec, en vue de neutraliser les autres pays susceptibles de défier l’ordre établi, comme la France. C’est le projet du docteur Schaüble. […]

L’État-providence français, son droit du travail, ses entreprises nationales sont la véritable cible du ministre des Finances allemand.

Il considère la Grèce comme un laboratoire de l’austérité, où le mémorandum est expérimenté avant d’être exporté. La crainte du Grexit vise à faire tomber les résistances françaises, ni plus ni moins. »

« À l’intérieur des sommets européens [et] de l’Eurogroupe, j’ai senti que le gouvernement français n’avait pas l’autorité nécessaire pour défendre ou même simplement présenter son point de vue et faire en sorte qu’il compte […].

Le silence de Michel Sapin dans l’Eurogroupe, le fait qu’une position française ne soit jamais assumée, a provoqué chez moi une grande tristesse. »

Article paru dans Politis n° 1366

Couv Politis 1366