Daesh a institutionnalisé l’esclavage sexuel.

EI a institutionnalisé l’esclavage sexuel en élaborant une doctrine du viol qui frappe dramatiquement les femmes et fillettes yézidis.

Il y a un an, l’Etat islamique acculait et massacrait les Yézidis sur les contreforts du mont Sinjar, au nord de l’Irak. Les premiers témoignages recueillis après l’assaut étaient affolants. Les jihadistes auraient tué les hommes et les adolescents, puis capturé femmes, jeunes filles et enfants.

La journaliste Rukmini Callimachi raconte qu’à l’époque elle a du mal à croire à toutes les atrocités qu’on lui rapporte – viols, esclavagisme… Un an plus tard, elle publie dans le New York Times une enquête édifiante qui vient confirmer les témoignages et éclairer la prise du mont Sinjar sous un angle terrifiant : la mise en place d’une campagne de viols systématiques préméditée, exécutée et justifiée par l’EI sur cette minorité.

“Justification théologique des viols”

L’utilisation de la violence sexuelle pour terroriser, humilier et asservir des populations a son histoire tragique. Selon l’ONU, au Rwanda, entre 250 000 et 500 000 femmes ont été violées lors du génocide de 1994. En Bosnie- Herzégovine, de 20 000 à 50 000 femmes ont eu à subir les mêmes horreurs. Dans le conflit syrien, de nombreux témoignages prouvent l’utilisation endémique du viol dans les geôles du dictateur syrien Bachar al-Assad.

Mais l’enquête du New York Times, qui confirme les précédentes conclusions d’Human Rights Watch et d’Amnesty International, fait entrer dans une autre dimension de l’horreur : elle décrit “la justification théologique des viols” des femmes et fillettes yézidis et la mise en place “d’une bureaucratie complexe de l’esclavagisme sexuel”. L’EI a codifié et institutionnalisé l’esclavage sexuel en développant une doctrine du viol.

Contrat de vente notarié

Ainsi, selon cette organisation, le Coran donnerait aux combattants le droit de violer, et encouragerait même à le faire, les femmes et jeunes femmes mécréantes. Une enfant de 12 ans parle ainsi de son violeur : “Il m’a dit que selon l’islam, il est autorisé à violer une non-croyante. Il a dit qu’en me violant, il se rapproche de Dieu.”

La journaliste, qui s’appuie sur vingt et un témoignages et sur les publications et communiqués de l’organisation, décrit une “bureaucratie détaillée” – contrat de vente notarié, registre, notes et label selon l’âge et la beauté – et une “infrastructure systématique” – dépôt, inventaire, marché aux esclaves et transport – de la traite des femmes et jeunes filles yézidies. La campagne de terreur fut en fait organisée : l’enquête met en lumière la planification d’un marché des esclaves sexuelles avant l’attaque des Yézidis sur le mont Sinjar.

Liste des prix pour esclaves

Cette minorité religieuse kurde représente moins de 1,5 % des Irakiens. Selon Human Rights Watch, la nature organisée de cette traite sexuelle ne semblerait pour l’instant toucher que la minorité yézidie, religion syncrétique à tradition orale, décrite par les dirigeants de l’EI comme des infidèles et des adorateurs du diable. Leurs femmes ne sont que des “butins de guerre” aptes à être battues, violées et vendues, visant à recruter de nouveaux volontaires parmi les sociétés musulmanes les plus conservatrices.

Parallèlement, Zainab Bangura, représentante spéciale de l’ONU sur la question des violences sexuelles dans les conflits, vient de confirmer l’authentification d’une liste des prix pour esclaves apparue en novembre 2014. Selon cette liste, les jeunes enfants de 1 à 9 ans se vendent autour de 165 dollars, une adolescente 124 dollars, les prix diminuent ensuite avec l’âge. Près de 5.300 Yézidies ont été kidnappées l’an dernier par les jihadistes de l’EI. Plus de 3.100 sont toujours prisonnières.

Anne Laffeter, Les Inrocks – Source


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