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Secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts et tête de liste aux élections régionales en Ile-de-France, Emmanuelle Cosse parle de la conférence sur le climat, de Ségolène Royal, de Podemos et d’Arya Stark.

Les élections régionales, les 6 et 13 décembre, et la Cop 21, du 30 novembre au 11 décembre, se télescopent. C’est l’opportunité de mettre l’écologie au cœur du débat politique ?

Emmanuelle Cosse – C’est en effet un moment important pour faire émerger les questions écolo mais on ne peut pas résumer la Cop 21 à cela. L’avenir de la planète s’y joue. En décembre, il sera question de savoir si les États sont capables de mettre en place de nouveaux modèles de développement et de décider d’actes forts et contraignants pour sauvegarder notre planète. Mais ensuite, il faut que cela se traduise à travers les politiques publiques dans les territoires. Transports en commun, eau, déchets, énergie : les régions sont une formidable boîte à outils. Pendant la campagne, nous allons donc proposer des mesures concrètes pour lutter contre le dérèglement climatique au niveau des régions, et en particulier en Ile-de-France.

Les objectifs de lutte contre le réchauffement climatique sont-ils assez ambitieux et peut-on les atteindre ?

L’objectif international est de limiter l’augmentation à deux degrés d’ici 2100. Pourtant, les derniers rapports d’experts disent que cela ne suffira pas. L’aggravation de la situation s’accélère. Il n’empêche : si demain tous les États du G20 prenaient des engagements contraignants sur une réduction massive des émissions de gaz à effet de serre, on aurait déjà atteint un objectif majeur. Sinon, demain, on ne sera plus au stade des mesures d’anticipation mais dans des logiques de survie.

C’est aussi pourquoi je sonne l’alarme : cette conférence est une grande occasion, il faut tout faire pour que ce ne soit pas une grande illusion. Il ne faut pas attendre “un grand soir climatique” le 12 décembre, mais au contraire en faire le top départ d’un engagement politique et citoyen de long terme. Et pour que ça fonctionne, il faut des politiques vraiment écolo.

Quelle mesure faudrait-il prendre ?

L’écotaxe. Il y a quelques jours, Frédéric Cuvillier, l’ancien ministre des Transports, a relancé l’idée d’avoir une taxe sur les transports routiers polluants. Depuis plusieurs mois, nous demandons que les régions puissent avoir la main sur des écotaxes régionales pour faire en sorte que ceux qui polluent paient. Le gouvernement a clos le débat immédiatement alors que ce serait le moment de le relancer à quelques mois de la Cop 21 et des élections régionales. Si on n’engage pas ce type de politique devant les électeurs, à l’heure de l’urgence climatique, quand le fera-t-on ?

Matignon a-t-il peur de relancer la fronde des bonnets rouges ?

L’abandon de l’écotaxe a été une erreur. C’était un système équitable de “pollueurs payeurs”. Aujourd’hui, ce sont les citoyens qui paient la pollution. En plus, cela aurait été une ressource financière intéressante pour financer les transports en commun. C’est pour cette raison que la Pologne, l’Allemagne, la Belgique et la Suisse l’ont mis en place et que d’autres y réfléchissent. En France, il y a une absence de courage politique sur ce sujet. Il y a une résistance forte de la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal et du Premier ministre Manuel Valls. Le gouvernement fait preuve d’autoritarisme face à Sivens ou Notre-Dame-des-Landes, mais est faible face aux lobbies du BTP ou de l’agro-industrie.

Ségolène Royal, pour justifier sa position, met en avant le thème de l’écologie punitive.

Ce qui est punitif, c’est l’absence d’écologie. Ceux qui souffrent le plus dans notre pays n’ont pas accès à des politiques écologiques : ils habitent le long du périphérique parisien, sont les otages de la malbouffe et de leurs véhicules diesel promus par les gouvernements successifs alors qu’ils sont extrêmement polluants. Vivre dans une agglomération importante fait perdre six mois d’espérance de vie. J’en ai plus que marre d’entendre les expressions “écologie punitive” ou “martyr fiscal”. Défendre une fiscalité écologique, ce n’est pas rajouter de l’impôt mais transformer la fiscalité pour faire payer les pollueurs. Peut-on continuer à accepter qu’il y ait une exonération fiscale liée au kérosène pour les compagnies aériennes ? Une niche fiscale de 6 ou 7 milliards par an qui permet de payer moins cher le diesel ?

Quelle lecture faites-vous de la manière dont l’UE gère la crise grecque et le drame des migrants ?

Pour moi qui suis une européenne convaincue, la crise des migrants montre l’indigence du fonctionnement européen. Il y a un manque terrible d’Europe politique. Des morts en Méditerranée, il y en a depuis longtemps, avant même le printemps arabe. Que veut faire l’Europe pour le règlement du conflit en Syrie ? Comment se fait-il que l’UE ait laissé la France partir seule au Mali ? Il faut faire le saut fédéral. Dans la crise grecque, on a surtout cherché à sauver les avoirs des banques des autres pays européens. La position intransigeante de l’Allemagne est mortifère. Rien ne sera résolu tant qu’on n’aura pas rediscuté de la réévaluation de la dette. Je suis très inquiète quand j’entends des gens dire que la meilleure solution est de sortir de la zone euro. C’est une capitulation et le meilleur moyen de tuer l’idéal européen. C’est en luttant de l’intérieur contre les dogmes libéraux que l’on avancera.

Concernant le premier tour des élections régionales, la tendance chez EE-LV serait aux alliances avec le Front de gauche. Au grand dam du PS qui appelle à un accord là où le FN pourrait s’imposer…

Il n’y a qu’une seule région où un accord a été finalisé : en Rhône-Alpes avec le Parti de gauche et Ensemble. En Midi-Pyrénées-Languedoc, il y a des discussions. En Paca et Nord-Picardie aussi. Tout sera finalisé en septembre. Dans le Nord, l’alliance avec le PS au premier tour semble écartée. Mais quelles que soient les alliances locales, l’important est de mettre l’écologie au cœur des politiques régionales.

Pourquoi ne voit-on pas émerger en France un mouvement comme Podemos ?

Pendant qu’en Espagne, il y avait le mouvement des indignés, en France, on a eu des mouvements sociaux de droite ou d’extrême droite, comme les bonnets rouges et la Manif pour tous. Qu’est-ce qui fait la réussite de Podemos ? Une offre politique nouvelle rajeunie qui combat la corruption très forte en Espagne. La victoire d’Ada Colau à Barcelone est celle des luttes locales. Elle tient sa légitimité de la lutte contre la spéculation immobilière, contre la marchandisation de la ville.

Dans Paris Match, vous avez déclaré que Game of Thrones vous faisait penser au travail. Quel personnage êtes-vous ?

(rires) Dans The West Wing, je suis Josh. Par contre, je suis un peu épouvantée par la violence de Game of Thrones. Je serais plutôt Arya ou Bran Stark.


Anne Laffeter Les Inrocks N° 1029 – Source