Tel-Aviv sur Seine, plage de discorde. AJOUT DU 14-08-2015

La décision de la ville de Paris de célébrer le Tel-Aviv festif 
sur les berges parisiennes en tournant le dos à la réalité du conflit israélo-palestinien suscite la controverse et l’indignation.

La journée « Tel-Aviv sur Seine » aura-t-elle lieu ?

La polémique enfle autour de l’opération organisée le 13 août par la Ville de Paris dans le cadre de Paris Plages. Au programme : « foodtrucks, DJ sets, animations ludiques… » peut-on lire sur le site Web de la capitale française, comme s’il était possible de dissocier complètement Tel-Aviv du conflit israélo-palestinien, et d’importer uniquement son côté festif sans se soucier de la situation sur place. « Tel-Aviv, ce n’est pas Copacabana.Tel-Aviv, c’est la capitale d’Israël », a tranché hier la conseillère municipale de Paris Danielle Simonnet, qui demande : soit l’annulation de l’événement, soit sa réorganisation en « manifestation en faveur de la paix, de la fraternité, de la lutte contre toutes les formes de racisme et d’antisémitisme, et de la reconnaissance de l’État palestinien ».

« Nous n’annulerons pas cette manifestation, car ce serait donner raison aux plus radicaux », rétorque le premier adjoint (PS) Bruno Julliard, quitte à froisser les communistes qui siègent au sein de la majorité. Consterné de ne « jamais avoir été associé ou informé » au sujet de cette initiative, le groupe PCF-Front de gauche du Conseil de Paris considère « qu’il n’est pas du rôle de la Ville d’organiser une telle opération de communication », alors que les « massacres survenus à Gaza » l’été dernier sont dans toutes les mémoires, et que des attentats ont été commis ces derniers jours par des « terroristes israéliens ».

Ses élus demandent eux aussi l’annulation de la journée « au profit d’une initiative qui contribue à une paix juste et durable » et regrettent que Paris, jumelée à la fois avec Tel-Aviv et avec la ville palestinienne de Ramallah, ne se soit pas fixé d’emblée cet objectif à travers cette journée Paris Plages.

La ville de Paris s’entête 
à maintenir la journée telle quelle

« Pas d’amalgame entre Tel-Aviv, ville symbole de la tolérance et de la paix, et la politique brutale du gouvernement israélien ! » s’est fendu sur Twitter Bruno Julliard. Mais dans ce cas-là encore fallait-il axer la journée sur la paix, alors que l’appellation « Tel-Aviv sur Seine », qui importe le nom d’une ville israélienne sur les berges parisiennes, ne saurait être déconnectée des réalités d’un conflit qui suscite les passions au sein de l’opinion publique française.

« Alors que Tel-Aviv est la capitale économique d’un pays dont le gouvernement d’extrême droite méprise quotidiennement le droit international et mène une politique brutale de colonisation des territoires palestiniens, comment penser que cette initiative puisse être dissociée du conflit israélo-palestinien ? » s’interrogent ainsi les élus communistes.

« Mais comment Anne Hidalgo a-t-elle pu choisir de politiser Paris Plages (…) au profit d’une force occupante : Israël ? » s’indigne même Jean-Claude Lefort, président honoraire de l’association France Palestine Solidarité, qui dénonce la volonté de se rassembler sur place de la Ligue de défense juive, groupe connu pour sa violence et ses actions extrémistes. S’inquiétant de possibles « risques graves pour l’ordre public », l’ancien député indique que le ministre de l’Intérieur ou le préfet de Paris peuvent interdire l’événement.

Ce motif a déjà été utilisé, l’an dernier, pour interdire deux manifestations qui appelaient à la fin des bombardements à Gaza… Une pétition en ligne demandant l’annulation de la journée a de son côté déjà recueilli plus de 15.000 signatures, au prétexte que cette « opération ne peut être considérée comme un simple événement culturel », et que Paris ne doit « pas être le théâtre du blanchiment de la politique israélienne ».

Le ton est depuis violemment monté sur les ondes et les réseaux sociaux, jusqu’à atteindre l’invective et les procès en antisémitisme. Le député UDI Meyer Habib a osé lâcher : « une partie de l’extrême gauche montre ici son vrai visage, celui de son obsession et de sa haine antijuive », usant du vieil et honteux adage selon lequel un opposant à la politique colonialiste du gouvernement israélien est forcément antisémite, le tout pour éviter le débat.

Aurélien Soucheyre – Source


Ajout du 14 AOUT 2015


Vu d’Israël. Quand Tel-Aviv va à Paris, Gaza aussi

Après plusieurs jours de tensions autour de l’événement se déroulait jeudi à Paris Plages “Tel-Aviv sur Seine” et, quelques mètres plus loin, “Gaza Plage”, organisé par des associations pro-palestiniennes. Le quotidien israélien Ha’Aretz a envoyé un journaliste sur place.

“Jeudi, au cœur de Paris, il y avait une fête pro-israélienne, une contre-fête pro-palestinienne, et 500 policiers pour les séparer”, résume le journal Ha’Aretz au lendemain de l’événement Tel-Aviv sur Seine, qui se tenait à Paris le jeudi 13 août.

Le journaliste présent sur place rappelle que “Tel-Aviv sur Seine”, “qui visait à célébrer le mode de vie de la ville israélienne, a suscité beaucoup d’enthousiasme chez les Juifs vivant à Paris et de nombreuses critiques de la part des mouvements pro-palestiniens”. “Même s’ils savaient qu’une manifestation aurait lieu, des milliers de Parisiens, dont des enfants et des personnes âgées, majoritairement juifs, sont venus pour dire qu’ils ne se sentaient pas menacés, même si les manifestations de l’an dernier avaient fini dans la violence”, écrit Ha’Aretz, en référence aux rassemblements de soutien à Gaza qui avaient eu lieu à Paris à l’été 2014, pendant l’opération Bordure protectrice.

“J’ai annulé mes vacances pour pouvoir venir. […] Je voulais montrer ma solidarité avec Israël et son gouvernement. La presse a transformé cet événement en controverse ; des journalistes sont venus pour critiquer Israël. Je ne supporte pas ça”, explique Michèle au quotidien israélien. “Plus ils nous diront de ne pas soutenir Israël et Nétanyahou, plus nous les soutiendrons, et nous cesseront d’être aussi tolérants.”

Arielle, une autre femme interrogée, explique qu’elle comptait sur cet événement pour se sentir chez elle à Paris. “J’ai été déçue quand j’ai entendu que des politiques parisiens critiquaient le gouvernement israélien en parlant de sa violence”, raconte-t-elle.

“Un événement honteux”

Au même moment, de l’autre côté du pont Notre-Dame, “des milliers de manifestants participant à ‘Gaza Plage’ improvisé ressentent exactement l’inverse d’Arielle. Nombre d’entre eux ont accusé les hommes et femmes politiques de la capitale d’avoir été forcés par les Israéliens et les Juifs vivant à Paris d’organiser ce qu’eux considèrent comme un événement honteux”, rapporte Ha’Aretz. Le quotidien rappelle que huit groupes ont pris part à “Gaza Plage”. Pour André, de l’association Euro-Palestine, “Tel-Aviv sur Seine” a été organisé “parce que les Juifs contrôlent les politiques français. Chaque année, les dirigeants français se rendent au dîner annuel du Crif”, explique-t-il au journaliste d’Ha’Aretz.

Le militant s’étonne que la mairie ait autorisé la tenue de la manifestation “Gaza Plage” à proximité de “Tel-Aviv sur Seine”, alors que l’été dernier des manifestations pro-palestiniennes avaient été interdites à Paris.

“Pendant ce temps, en dehors de ces deux rassemblements, des Israéliens et des Palestiniens discutent du conflit au Moyen-Orient. ‘Les Juifs et les Arabes peuvent vivre ensemble en paix’, explique Eviatar, une touriste israélienne, à un activiste pro-palestinien. Lequel répond que le Hamas n’est pas forcément si mauvais. ‘Il faut aller dans la bande de Gaza pour se faire son propre avis’, lui dit-il.”

Ha’Aretz conclut son reportage sur une famille d’origine algérienne qui quitte l’endroit, déçue : “On pensait qu’il y aurait des jeux de plage pour les enfants, mais ce n’est que de la politique !”

Courrier Intl – SOURCE


POUR LES INROCKS

Le cofondateur de la Ligue de Défense Juive aide à assurer la sécurité à Tel-Aviv sur Seine, la préfecture dit ne pas être au courant

La LDJ a participé toute la journée à la sécurité à l’entrée de « Tel Aviv sur Seine »

Alors que des centaines de personnes faisaient la queue ce jeudi après-midi pour rejoindre “Tel-Aviv Plage”, le cofondateur français de la Ligue de Défense Juive a été vu en train d’aider à organiser la sécurité aux abords de la plage. La préfecture de Paris dément pourtant avoir eu recours aux services de la LDJ pour sécuriser les lieux.

Devant l’entrée de l’escalier principal qui mène à “Tel-Aviv Plage”, un service de sécurité a été mis en place sous un chapiteau. Des officiers de sécurité (certains arborent des tee-shirts de l’entreprise Isopro) font avancer les visiteurs et vérifient qu’ils vident bien leurs poches pour en montrer le contenu, tandis que deux officiers de la police nationale fouillent les sacs et utilisent un détecteur de métaux.

Aux abords du chapiteau, un homme au ventre rebondi, petite lunettes et chemise bleue surveille l’avancée de la file depuis midi. C’est Jean-Claude Nataf – qui use de plusieurs pseudonymes –, un des fondateurs de la branche française de la Ligue de Défense Juive (LDJ). En 2014, Libération affirmait que le gouvernement étudiait la possibilité de dissoudre ce groupuscule.

Jean-Claude Nataf de la LDJ présent pour “voir si tout va bien”

Ce jeudi 13 août, Jean-Claude Nataf scrute la foule, salue certains visiteurs, retourne discuter avec le service de sécurité, se ballade d’un “point d’entrée” à un autre pour “voir si tout va bien”. Aux alentours de 13h, deux connaissances s’approchent, il les fait passer devant la cinquantaine de visiteurs qui font la queue, et ils se soumettent à la fouille. Il réitèrera cette exception une dizaine de fois en quelques heures avec journalistes, visiteurs qui lui serrent la main ou encore avec Arno Klarsfeld, qui rentre vers 14h30 sans être contrôlé par les forces de l’ordre. À chaque fois, il suffit que Jean-Claude Nataf montre au personnel de sécurité que ces “privilégiés” sont avec lui pour qu’ils passent en premier devant les autres, sans qu’aucune question ne leur soit posée.

A ses côtés, un petit homme à la veste renforcée, une oreillette coincée dans l’oreille, ne le quitte pas des yeux. “Je suis juste là comme vous”, nous affirme-t-il. Pourtant quelques minutes plus tôt, il avait chargé un photographe indépendant qui se fait appeler “NnoMan”, venu sans accréditation ni carte de presse couvrir l’événement. “Des personnes n’ont pas supporté que je prenne des photos. Je me suis fait insulter et une personne de la sécurité s’est jetée sur moi au moment où je partais, pour me donner un coup de pied, nous explique-t-il. On m’a refusé l’accès à “Tel Aviv sur Seine”, j’ai seulement pu accéder à “Gaza Plage””. Quelques minutes plus tard, une jeune femme arborant un tee-shirt avec le drapeau palestinien se fera frapper par une femme qui attendait dans la file.

>> À lire aussi: notre reportage à Tel-Aviv sur Seine

La LDJ en coopération avec la préfecture ?

“Qui est-ce qui s’occupe du checkpoint?, lance un policier après que l’altercation s’est calmée. “Ah ben c’est plus nous ça, c’est la sécu”, lui répond un collègue. Pendant ce temps, Jean-Claude Nataf est toujours aux côtés des forces de sécurité au point d’entrée. Quel est son rôle dans cette “sécu”? Interrogé sur place par les Inrocks, Jean-Claude Nataf nous assure qu’il travaille “en coopération avec la préfecture et avec la mairie de Paris”. “Il y a des services de sécurité extérieur pour les grands rassemblements, c’est normal. On aide, pour que tout se passe bien.

Contactée par les Inrocks, la préfecture dément pourtant “formellement la participation de la LDJ au service de sécurité”, tandis que la mairie de Paris ne semble même pas au courant de la présence du groupuscule sur place. Sur son compte Twitter, la Ligue de Défense Juive (“LDJ Paris”) a quant à elle affirmé, à la suite de la publication de notre papier, que tous “les membres de la LDJ sont en Israël en ce moment” et assure “ne pas connaître” la personne qui a pris en photo le badge d’une journaliste des Inrockuptibles.


 

%d blogueurs aiment cette page :