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Les organisations syndicales ont vivement critiqué la décision de Bercy de baisser le taux du Livret A à 0,75 %. Elles expliquent pourquoi les banques privées vont en tirer profit.

La décision de Bercy, le 20 juillet, de baisser le taux du Livret A à 0,75 % à compter du 1er août, a suscité des réactions très critiques des organisations syndicales qui anticipent une rupture forte de ce service destiné aux épargnants modestes.

« Le gouvernement a pris le risque d’une décollecte massive et accélérée et à plus long terme une rupture du lien fort entre les ménages modestes et le seul produit d’épargne et de prévoyance auquel ils ont accès », réagit l’union des syndicats CGT du groupe Caisse des dépôts.

Le syndicat de postiers SUD-PTT parle de « Jeu de massacre du Livret A en plein été » et explique que « pour La Poste et surtout pour les quelques 10 millions d’usagers qui ont en moyenne 150 euros sur leur compte, le Livret est une véritable bouée de sauvetage, un succédané au droit au compte qui permet de payer, de se faire virer son salaire, ses allocations, d’émettre des virements et des chèques gratuits, de retirer des espèces dans le réseau de La Poste ».

Pourquoi baisser le taux du Livret A ?

Michel Sapin, ministre des Finances, justifie l’abaissement du taux du Livret A sous la barre symbolique du taux à 1 % non sans contradiction. Le double objectif est de « garantir le pouvoir d’achat des épargnants et favoriser l’investissement du secteur du logement social avec un gain de plus de 300 millions d’euros ».

L’argument des 300 millions d’euros est « absurde, parce que les prêts accordés par la CDC sur les fonds d’épargne pour le logement social ont des durées d’amortissement de 30 à 60 ans et que la baisse de leur taux (indexé sur celui du livret A) de 25 points de base pendant 6 mois aura un impact dérisoire », rétorque la CGT, qui ajoute :

« Les 300 millions d’euros d’économie doivent être rapportés aux quelques 140 milliards de prêts au logement social. Ils peuvent être aussi comparés aux 800 millions d’euros que l’État a prélevés sur les fonds d’épargne centralisés par la Caisse des dépôts au titre de 2014, comme chaque année ».

Une baisse pour qui ?

Les banques privées, le Fonds monétaire international (FMI) et le gouverneur de la banque de France, plaidaient depuis des mois pour une baisse du taux du Livret A « au prétexte d’un renchérissement « insupportable » du coût de cette ressource », souligne la CGT qui en donne les raisons.

« Les banques privées sont les seules vraies bénéficiaires de cette décision qui a pour effet immédiat de faire baisser d’un quart de sa valeur la rémunération des quelques 140 milliards d’euros d’épargne populaire qu’elles gardent en dépôt sans réelle contrepartie d’intérêt général, y compris dans le financement de l’économie et des PME », argue le syndicat.

« En effet, tout comme Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, Christine Lagarde, auteure de la banalisation du livret A en 2008, (sous le gouvernement Sarkozy et sous la direction d’Augustin de Romanet à la CDC) mène campagne au FMI pour cette baisse, à la plus grande satisfaction des banques qui lorgnent sur les 260,7 milliards de dépôts du Livret A et les 101,8 milliards du Livret de développement durable (LDD) », dénonce le SNUP-CDC qui défend une « rémunération minimum à 1 % » du taux du Livret A.

Selon la CGT, les banques perçoivent une commission de 0,4 % sur l’encours d’épargne populaire qu’elles centralisent à la Caisse des dépôts, « soit pour 217 milliards d’euros, un montant global de 800 millions d’euros en 2014 ».

Thierry Brun – Source