Mieux répartir les richesses et le pouvoir …

«Les pays du monde entier sont en train de négocier les contours de nouveaux objectifs. Plusieurs avancées se dessinent. La plus importante est que la responsabilité des pays riches sera engagée cette fois-ci. Ils devront s’expliquer s’ils continuent à couper dans l’aide publique au développement s’ils poursuivent la promotion d’accords commerciaux qui créent du chômage dans les pays du tiers-monde…»

En matière de réduction de la pauvreté, de scolarisation universelle ou d’éradication du sida, les pays les plus pauvres n’ont pas atteint les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). C’était malheureusement prévisible. L’Institut de recherche des Nations unies pour le développement social, que j’ai dirigé jusqu’au 1er juin dernier, avait souligné le problème fondamental dès 2010, dans son rapport Combattre la pauvreté et l’inégalité. Lors de la conception des OMD, un consensus s’était formé entre les États sur les objectifs à poursuivre, mais pas sur les mécanismes pour les atteindre. Ce désaccord a laissé libre cours aux rapports de force qui s’exercent dans l’arène internationale.

LA LIMITATION DU RÔLE DE L’ÉTAT ÉTAIT UNE ERREUR

Les pays riches ont largement imposé les politiques mises en œuvre dans les pays pauvres, entre 2000 et 2015. La ligne directrice était la réduction des pouvoirs publics et du rôle de l’État qui est pourtant l’acteur principal de toute stratégie de développement. La création d’emplois, notamment, a été laissée au bon vouloir du secteur privé, avec des résultats médiocres. Or, c’est justement à travers une politique de plein emploi – associée à la création de systèmes de protection universelle – que la croissance économique diffuse ses effets sur l’ensemble de la population.

C’est sur cette base qu’un pays peut faire monter en gamme son appareil industriel et multiplier ses infrastructures (écoles, hôpitaux, routes…). Cette interaction entre débats démocratiques, stratégie économique et renforcement de la protection sociale explique l’amélioration de l’état sanitaire, du niveau d’éducation et de revenus de la population des pays d’Europe du Nord, il y a un siècle, des pays d’Asie de l’Est, à partir des années 1950, mais aussi, plus récemment, du Costa-Rica ou de Maurice. Le développement implique, au final, une dynamique bien plus large que le simple fait de construire, par à-coups, des salles de classe ou des dispensaires pour respecter les OMD.

Un nouvel agenda du développement sera fixé pour les quinze années à venir. Les pays du monde entier sont en train d’en négocier les contours au sein des Nations unies. Plusieurs avancées se dessinent. La plus importante est que la responsabilité des pays riches sera engagée cette fois-ci. Ils devront s’expliquer s’ils continuent à couper dans l’aide publique au développement, s’ils poursuivent la promotion d’accords commerciaux qui créent du chômage dans les pays du tiers-monde ou s’ils s’entêtent à imposer la libre circulation des capitaux spéculatifs malgré ses ravages. L’arrêt de ces politiques conditionne en grande partie la baisse de la pauvreté et de la mortalité dans les pays pauvres.

IL FAUT MIEUX RÉPARTIR LES RICHESSES ET LE POUVOIR

Autre changement, le développement sera élargi à la protection de l’environnement et à la lutte contre les inégalités. Ce choix est issu du bilan des OMD: c’est toute la communauté humaine qui est concernée et non pas les seuls pays pauvres. Dans des domaines comme le réchauffement climatique, c’est bien les agissements de tous les pays qu’il faut prendre en compte. De même, résoudre la question de la pauvreté passe par une meilleure répartition des richesses et du pouvoir. C’est pourquoi l’opinion publique devra se montrer attentive à la réalisation des futurs objectifs de développement.

Sarah Cook. Revue Convergence (SPF) – N° 343