Merkel et Thatcher dans le même panier ?

Après … « l’accord » ou « l’acceptation pour ne pas mourir » de Alexis Tsipras envers l’Eurogroupe des faucons, mais par encore accepté officiellement par le parlement grec, et …… s’il l’était, par quelles politiciens et enfin les contraintes qu’il impose seront-ils tolérées par le peuple grecque celui-là même qui dans un referendum récent a dit NON à 61% contre justement tout accord aggravant l’austérité, les restrictions, les rendant pratiquement intolérables pour la majorité défavorisée de la population, rendant une partie de celle-ci à la misère.

Voilà qui va faire une nouvelle destination de délocalisation trouvant sur place travailleurs et emplacement a des prix et couts imbattables pour une état aux abois de rentrées fiscales et des salariés prêt à tout pour toucher au moins un « salaire mieux que rien ». MC

Quelques réactions …


Pour Pierre Laurent PCF

François Hollande s’est félicité, hier, d’avoir évité le Grexit, la France a-t-elle joué à plein son rôle  ?

Pierre Laurent Non, la France est entrée très tardivement dans la négociation après avoir laissé pendant des mois la Grèce seule face au chantage des financiers. Elle a ensuite agi pour éviter le Grexit, c’est vrai. Mais sans empêcher un accord que les Grecs ont payé au prix fort dans des conditions draconiennes portant atteinte à leur souveraineté. Les Allemands voulaient depuis le début le Grexit et, ne l’obtenant pas, ils ont voulu punir le peuple grec. La France aurait dû s’élever avec beaucoup plus de vigueur contre ces conditions qui sont une honte pour l’Europe démocratique.

Cet accord est-il viable alors qu’il renforce l’étau de l’austérité  ?

Pierre Laurent Cet accord écarte le Grexit et maintient, sous conditions, la possibilité de refinancement de la Grèce. Mais il met également en place de nouvelles mesures d’austérité et une mise sous tutelle qui vont à l’encontre de la nécessaire relance productive et sociale du pays. Les dispositions qui y figurent sont injustes, contre-productives économiquement et profondément contestables démocratiquement. Le premier ministre grec, qui a résisté au chantage au Grexit, a empêché l’Allemagne de parvenir à ses fins sur ce point. Ne sous-estimons pas le cauchemar que cela aurait été pour la population grecque et l’ensemble de l’Europe. Ce n’est pas pour rien que l’extrême droite se frotte les mains en attendant la réalisation de ce scénario catastrophe. Mais en contrepartie l’Allemagne a exigé un prix inhumain et scandaleux.


Pour « Démocratie et socialisme » (Extrait)

Wolfgang Schäuble affirmait le 9 juillet, lors d’une conférence organisée par le Bundesbank à Francfort : « La soutenabilité de la dette ne peut être atteinte sans décote, le FMI a raison de le dire » avant d’ajouter : « Il ne peut y avoir de décote car cela serait contraire aux règles de l’Union européenne. » Et c’est ce dogmatique néolibéral, à la limite de la caricature, qui vient de l’emporter aux dépens du peuple grec.

Le gouvernement grec était totalement isolé dans sa lutte contre les « mesures absurdes » dénoncées par Alexis Tsipras.

Dès l’annonce des élections législatives en Grèce et l’arrivée au pouvoir de Syriza (A. Tsipras), le siège de la Grèce a été organisé. Le FMI et l’Eurogroupe ont suspendu immédiatement les aides prévues dans le cadre du 2ème plan d’aide. La BCE a refusé de verser les intérêts qui étaient dus sur les obligations grecques qu’elle détenait. Elle a mis fin à l’alimentation normale des banques grecques en euro. Le rôle de bras armé de l’Eurogroupe, joué par la BCE, s’est accentué avec l’annonce du référendum. D’un côté, elle orchestrait la « course aux guichets » des banques pour effrayer le peuple grec et le faire voter « oui » , de l’autre, elle refusait de relever le plafond des fonds d’urgence qu’elle accordait aux banques grecques et qui compensaient l’hémorragie de capitaux qu’elle avait sciemment provoquée.

L’accord signé le 13 juillet par les 19 membres de l’Eurogroupe, dont la Grèce, est une double défaite. Une défaite pour la Grèce, une défaite pour l’Union européenne.

Une défaite pour la Grèce

Le contenu de l’accord du 13 juillet est pire que l’accord auquel le peuple grec avait répondu « non » à plus de 61 % lors du référendum du 5 juillet. Les dirigeants européens ont voulu faire payer à Alexis Tsipras son crime de lèse-majesté : ne pas respecter la diplomatie secrète et inviter le peuple grec à donner son avis. (…)°

Avant le 15 juillet : un texte de loi devra être voté par le Parlement grec, nivelant les taux de TVA vers le haut et une réforme des systèmes de retraite ainsi que l’introduction de coupes budgétaires quasi automatiques dans l’hypothèse de déviation d’objectifs d’excédents primaires (excédents budgétaires avant le paiement des intérêts de la dette) , parfaitement irréalistes.

D’ici le 22 juillet, le Parlement grec devra voter une loi pour réformer et « dépolitiser » l’administration publique, réformer son système judiciaire civil et mettre en œuvre les règles de l’UE sur le renflouement des banques. Comme les déposants des banques chypriotes, il y a moins de trois ans, les déposants grecs vont faire la triste expérience qu’ils ne sont pas propriétaires des sommes qui figurent sur leurs comptes en banques, qu’ils ne sont que créanciers de leur banque et qu’à ce titre, ils devront participer à leur renflouement.

Il faudra, ensuite, fixer un calendrier précis pour mettre en œuvre toutes les réformes prévues par l’accord du 13 juillet : retraites, travail du dimanche (c’est une obsession !) , privatisation du réseau de distribution électrique, accélération des privatisations et mise en place d’un fonds indépendant, basé en Grèce, qui devra planifier la collecte de 50 milliards d’actifs. 25 milliards seront destinés à recapitaliser les banques grecques, 12,5 milliards à accélérer le remboursement de la dette et 12,5 milliards seulement seront destinés à l’économie grecque.

Une fois tout cela mis en place, les parlements des Etats européens qui doivent être consultés le seront. Ce sera le cas du Bundestag.

Ce n’est qu’à ce moment-là que de véritables négociations pourront s’ouvrir. Il s’agira, alors, de négocier, de façon précise, le nouveau « mémorandum » imposé par l’Eurogroupe et qu’une nouveau plan d’ « aide » de 82 à 86 milliards, qui pourrait être débloqué en 3 ans par le Mécanisme européen de stabilité financière (MES) , pourra venir sur la table des négociations.

En attendant, il faudra mettre en place un « prêt relais » pour permettre à la Grèce de pouvoir rembourser la BCE en juillet et août ! Nul ne sait qui le mettra en place et quand il sera mis en place.

La restructuration de la dette publique grecque a été refusée alors que tous les économistes (y compris ceux du FMI) s’accordent pour dire qu’elle ne pourra jamais être remboursée.

Alexis Tsipras n’a obtenu qu’un rééchelonnement de cette dette (allongement éventuel de la durée de remboursement, différé de paiement des intérêts) dont le calendrier n’est pas arrêté, tout en sachant que le dit rééchelonnement dépendra, selon l’accord du 13 juillet, « de l’application complète des mesures décidées dans le cadre du nouveau « mémorandum » …

Les 35 milliards du plan d’investissement ne sont qu’annoncés par Jean-Claude Juncker sans qu’aucun calendrier ait été défini. Il s’agit, de surcroît, d’un simple effet d’annonce puisqu’il ne s’agit que du regroupement de fonds structurels déjà budgétisés pour la Grèce sur la période 2014-2020.

Alexis Tsipras était arrivé à ces négociations, prêt à un « honnête compromis ». Il s’est trouvé placé devant l’exigence d’une reddition sans conditions. Il a préféré cette solution à une sortie de la Grèce de la zone euro, estimant, sans doute, qu’un « Grexit » aurait été encore pire, avec des dévaluations à répétition, une inflation importée considérable, une fuite précipitée des capitaux menacés, de perdre, en quelques mois, au moins 50 % de leur valeur…

La Grèce ne sort pas de la zone euro mais c’est au prix de la poursuite de son effondrement

Les créanciers de la Grèce, l’Eurogroupe, n’ont tiré aucune leçon de l’effondrement de la Grèce. Les politiques de « réformes structurelles » et d’austérité vont écraser encore plus la demande privée et publique, alors qu’aucun plan massif d’investissement ne viendra compenser leurs effets. Le PIB de la Grèce ne pourra que continuer sa chute. Comme entre 2009 et 2014, les ressources fiscales vont diminuer même si la pression fiscale augmente. La dette publique, en proportion du PIB, va donc devenir de plus en plus lourde alors que l’Eurogroupe a refusé de restructurer la dette. La fiction bâtie en 2010, par Angela Merkel, à l’usage du « contribuable allemand » , d’une dette grecque soutenable, continue. Il s’agissait, à l’époque, de sauver les banques européennes et en premier lieu les banques allemandes et françaises. Il s’agit, aujourd’hui, de sauver Angela Merkel. (…)

Une défaite pour l’euro et l’UE

L’euro n’est plus irréversible. La menace du Grexit a été brandie par l’Allemagne et ses satellites. L’euro n’est plus qu’un conglomérat de monnaies différentes portant le même nom. Les Chypriotes avaient déjà fait l’expérience qu’un euro chypriote n’avait pas la même valeur qu’un euro allemand ou français, les Grecs subissent la même expérience, dans les pires conditions.

Les marchés financiers spéculeront contre les titres de la dette publique de tout pays de la zone euro qui connaîtra des difficultés à rembourser sa dette publique, (..) L’Espagne, le Portugal, l’Italie sont les prochains sur la liste.

Un autre prix Nobel d’économie, Paul Krugman affirme, à juste titre : « Ce que nous avons appris, ces dernières semaines, c’est qu’être membre de la zone euro signifie que les créanciers peuvent détruire votre économie si vous sortez du rang. »

Une Union bâtie sur la coercition, le coup d’Etat financier permanent ne pourra pas durer très longtemps. En six mois de résistance acharnée, Alexis Tsipras a obtenu une sorte de victoire : il a mis en évidence pour tous les peuples européens, la nature de la zone euro, telle qu’elle est aujourd’hui.


Pour Yanis Varoufakis, ex ministre de l’économie grecque,  (14 juillet 2015) SOURCE

… Voici quelques-unes des réflexions que m’inspire la déclaration finale du Sommet de la zone euro.

  1. Un nouveau traité de Versailles hante l’Europe ; j’ai utilisé cette expression au printemps 2010 pour décrire le premier «plan de sauvetage» grec alors en préparation. Si cette allégorie était judicieuse à l’époque, elle s’avère malheureusement bien plus pertinente aujourd’hui.
  2. Jamais auparavant l’Union européenne n’avait pris de décision portant aussi fondamentalement atteinte au projet de l’intégration européenne. Les dirigeants européens, par le traitement qu’ils ont infligé à Alexis Tsipras et à notre gouvernement, ont porté un coup décisif à ce projet.
  3. Il s’agit, dans les faits, d’un coup mortel. Paul Krugman l’indique à juste titre: quelle que soit l’opinion que l’on peut avoir de Syriza ou de la Grèce, ce ne sont pas les Grecs ou Syriza qui ont ruiné le rêve d’une Europe démocratique et unie.
  4. En 1971, Nick Kaldor, fameux économiste de Cambridge, avait formulé la mise en garde suivante : l’instauration d’une union monétaire avant celle d’une union politique ne conduirait pas seulement à l’échec de cette union monétaire mais également à la déconstruction du projet politique européen. Bien plus tard, en 1999, le sociologue germano-britannique Ralf Dahrendorf devait à son tour avertir que l’union économique et monétaire diviserait l’Europe plutôt que de l’unir. Durant toutes ces années, j’ai eu l’espoir qu’ils se trompaient. Les pouvoirs en place à Bruxelles, Berlin et Francfort se sont aujourd’hui employés à leur donner raison.
  5. La déclaration finale publiée à l’issue de cette rencontre, hier matin, doit être lue comme un communiqué énumérant les clauses de la capitulation de la Grèce. Ce texte doit être interprété comme une déclaration confirmant que la Grèce consent à devenir un protectorat de l’Eurogroupe.
  6. La déclaration finale du Sommet de la zone euro, hier matin, n’entretient pas le moindre rapport avec l’économie et  n’a rien non plus d’un programme de réformes en mesure de tirer la Grèce de ce mauvais pas. Elle constitue un véritable manifeste : le manifeste d’une politique de l’humiliation. Chacun ― y compris ceux qui ne nourrissent aucune sympathie pour notre gouvernement ― pourra saisir que la liste des exigences de l’Eurogroupe est aux antipodes de tout souci de décence et de toute rationalité.
  7. Ce communiqué commun marque l’abolissement de toute souveraineté nationale sans installer pour autant à sa place un corps politique souverain, supranational et pan-européen. Les Européens, même ceux qui se préoccupent peu de la Grèce, seront bien avisés, à l’avenir, d’y prendre garde.
  8. Les représentants des médias ont dépensé une énergie énorme afin de savoir si les conditions de cette capitulation seraient adoptées par le Parlement grec et en particulier si certains députés, comme moi, rentreraient dans le rang et voteraient en faveur de ce texte. Je ne pense pas que cette question soit la plus pertinente. L’interrogation cruciale est la suivante: ces conditions offrent-elles à l’économie grecque une possibilité de reprise? C’est à l’aune de cette préoccupation que je me prononcerai durant les séances parlementaires qui s’annoncent, dans les heures et jours qui viennent. Ma plus grande inquiétude est que même un abandon complet de notre part conduirait à une aggravation de cette crise sans fin.
  9. Cette récente rencontre au sommet ne constitue en effet rien de moins que l’aboutissement d’un coup d’Etat. En 1967, les puissances étrangères avaient eu recours aux tanks pour mettre fin à la démocratie grecque. Lors de l’entretien que j’ai accordé à Philip Adams sur les ondes de la station de radio ABC, je prétendais qu’un autre coup d’État a été orchestré en Grèce, en 2015, par des puissances étrangères qui ont, à la place de tanks, utilisé les banques grecques. En termes économiques, la principale différence est sans doute celle-ci : alors qu’en 1967 la propriété publique de la Grèce n’était pas visée, les puissances qui se trouvent, en 2015, à l’initiative du coup d’Etat ont exigé que l’ensemble des actifs de l’Etat grec soient placés au service d’une dette qui ne peut être payée et s’avère par ailleurs insoutenable.

Lire aussi Politis  – Grèce-Les exigences ahurissantes de l’Eurogroupe


Et vous, votre avis. Imaginez que cela arrive à la France! MC

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