Et pendant ce temps, l’Autriche restructure sa dette…

Pendant que l’Europe refuse de discuter de la dette grecque et que d’aucuns s’inquiètent des conséquences fâcheuses d’une restructuration des créances de l’Hellade pour les économies des retraités bavarois, l’Autriche – un des pays les plus actifs dans ce refus – tranche dans le vif… Et restructure sa dette.

La République alpine a en effet passé un accord mardi 7 juillet avec l’Etat de Bavière concernant les créances de ce dernier envers la banque autrichienne nationalisée et en faillite Hypo Group Alpe Adria (HGAA).

La folie Hypo Alpe Adria

Pour comprendre la situation, il convient de réaliser un léger retour en arrière. Hypo Alpe Adria a été une des banques les plus actives d’Autriche au début des années 2000. Propriété du Land autrichien de Carinthie, alors dominé par le politicien d’extrême-droite Jörg Haider (dont le parti a participé au gouvernement fédéral de 2000 à 2005), HGAA s’est beaucoup développé en Europe du Sud-est. Trop sans doute. En mars 2007, quelques mois avant l’éclatement de la crise des subprimes, la Carinthie vend la majorité des actions de la banque à la banque régionale publique bavaroise BayernLB.

Le rachat par BayernLB

Après la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008, BayernLB est en grande difficulté, car à l’image de nombreuses banques régionales allemandes, elle s’est montrée fort imprudente dans ses investissements. Et HGAA n’est pas le moindre de ses soucis. Les prêts accordés par cette banque dans les Balkans deviennent rapidement non recouvrables. En décembre 2008, l’Etat bavarois doit renflouer BayernLB à hauteur de 10 milliards d’euros. La banque bavaroise tente alors d’aider sa filiale carinthienne et lui accorde un crédit de 2,3 milliards d’euros. Mais en vain, on découvre alors l’ampleur de la gestion désastreuse et clientéliste de HGAA durant les années 2000. En décembre 2009, BayernLB jette l’éponge et HGAA est nationalisée par l’Etat fédéral autrichien pour un euro symbolique.

Le défaut de Vienne

L’affaire aurait pu s’arrêter là. Sauf que Vienne a laissé pourrir la situation et n’a pas renfloué HGAA. Il faut attendre la fin de 2013 pour que le gouvernement autrichien ne réagisse. La conjoncture s’est encore dégradée dans les Balkans, la facture augmente. Vienne décide alors de créer une « structure de défaisance » ou Bad Bank, une banque qui regroupera tous les mauvais actifs de HGAA. Cette structure s’appelle HETA. En mars dernier, la découverte d’un nouveau « trou » dans les comptes de HETA de 7,6 milliards d’euros, soit 2,3 % du PIB autrichien, conduit Vienne à utiliser l’arme atomique. Tous les paiements aux créanciers sont suspendus jusqu’en mars 2016. Un moratoire sur près de 11 milliards d’euros de dettes le temps de trouver une « résolution », autrement dit une restructuration de la dette de HETA, donc indirectement de la République d’Autriche. Techniquement, ce n’est pas un défaut souverain.

Mais dans les faits, cela en a toutes les apparences : un État de la zone euro décide de suspendre ses engagements. D’autant que s’ il y a restructuration, en théorie, les garanties du Land de Carinthie pourraient s’ appliquer. Or, ce Land ne peut payer. C’ est donc même un double défaut qui se prépare. Sans mémorandum, sans discussion, sans réaction internationale.

Querelle austro-bavaroise

C’est dans ce contexte que s’est envenimée la querelle avec la Bavière. En effet, BayernLB n’a pas récupéré son crédit de 2,3 milliards d’euros. HGAA et HETA (donc le gouvernement autrichien) prétend qu’il ne s’agissait pas de crédit, mais d’une recapitalisation de l’actionnaire. Les Autrichiens sont décidément mauvais payeurs ! En 2012, les Bavarois ont porté l’affaire devant la justice et le 8 mai 2015, un tribunal de Munich a condamné l’Autriche à verser 2,75 milliards d’euros à BayernLB. Vienne refuse ce jugement. La tension monte alors entre la République alpine et le Land bavarois qui se retrouve désormais dans la situation de tous les autres créanciers de HETA.

Accord avec Munich

Logiquement, si l’on en croit la dureté de l’Allemagne vis-à-vis de la dette grecque et l’inquiétude supposée par la presse française des retraités bavarois, le gouvernement régional bavarois aurait dû se montrer ferme face aux méthodes autrichiennes. Mais il n’en a pas été ainsi. Munich et Vienne ont discuté et la Bavière a accepté de ne recevoir que 1,3 milliard d’euros, soit 45 % de la créance de BayernLB. En réalité, cette somme est un seuil. Si le règlement de la dette de HETA amène une annulation de la dette supérieure à 45 %, Munich touchera cette somme quand même. Si les pertes sont moindres, la Bavière touchera la différence, si elles sont supérieures, la Bavière conservera ses 1,3 milliard d’euros.

Contours d’une restructuration

Bref, l’Autriche commence à dessiner les contours d’une restructuration massive de la dette de HETA qui devrait s’accompagner d’un refus d’exercer la garantie de la Carinthie. Les autres créanciers qui ont engagé un recours devant la Cour constitutionnelle autrichienne savent donc à quoi s’attendre au cas où leur demande est déboutée.

Fureur en Bavière

En attendant, l’Autriche met donc à contribution les contribuables bavarois qui auront dans l’affaire un manque à gagner de 1,4 milliard d’euros. Rappelons, pour mémoire, que la Grèce n’a, en tant que telle, rien coûté à ces mêmes contribuables. Du reste, les milieux politiques bavarois s’en sont émus… Le leader des Freie Wähler (Electeurs libres, centristes), troisième parti au parlement bavarois parle « d’annulation de la dette autrichienne ». On s’en émeut d’autant plus que lorsque BayernLB a vendu pour un euro HGAA à l’Etat autrichien, la banque bavaroise avait renfloué HGAA à hauteur de 850 millions d’euros contre la garantie de Vienne sur les dettes de la banque vendue. Et voici que Vienne obtient une réduction de sa garantie. La facture a donc du mal à passer en Bavière. Les retraités bavarois ont décidément bien à se plaindre de l’inconscience et de l’incompétence de certains Etats européens…

Godin Romaric, La Tribune – SOURCE –

 

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