Grèce, va-t-elle vers une dictature militaire ?

Selon Constantine Michalos (1) « Les entrepreneurs grecs sont prêts à descendre dans la rue en masse »

Comment jugez-vous le choix du gouvernement d’appeler à un référendum ?

Ce gouvernement est totalement irresponsable. Il est impossible de négocier avec lui. Il est guidé par l’idéologie. La décision de mettre en péril l’adhésion de la Grèce à l’euro jette le pays dans le chaos. Et plonge les PME dans une situation tragique. On n’a jamais été aussi mal depuis le début de la crise. Nous avons déjà vu faire faillite quelque 275.000 de nos entreprises adhérentes. Chaque jour 60 sociétés mettent la clé sous la porte et 600 emplois sont perdus.

Depuis qu’on a replongé dans la crise, avec l’arrivée de Syriza au pouvoir, le chiffre d’affaires de nos adhérents à baissé en moyenne de 20%. Notre espoir est que le « Oui » à l’Europe l’emporte. Les sondages font état d’un resserrement rapide des intentions de vote entre les deux camps à la faveur du Oui.

Comment les entreprises se défendent-elles face au contrôle des capitaux et à la fermeture des banques ?

Elles tentent de préserver leur trésorerie en ouvrant des comptes auprès de filiales étrangères des banques grecques. Ceci est plus facile pour les entreprises exportatrices. Depuis deux mois, 1.000 à 1.500 d’entre elles ont placé leurs économies à l’étranger.

Les sociétés du Nord du pays privilégient des filiales d’instituts grecs de crédit en Bulgarie et en Roumanie. Les entreprises d’Attique en revanche prennent plutôt le chemin de Francfort ou de Londres.

On parle, sans que l’on puisse le vérifier, de 500 à 600 millions d’euros d’actifs de trésorerie qui auraient quitté la Grèce ces deux derniers mois. Une goutte d’eau cependant face aux retraits massifs des dépôts bancaires…

Les entreprises n’accepteront pas passivement une sortie de l’euro ou des termes d’un éventuel accord qui les pénaliseraient trop. Toutes les associations qui les représentent sont prêtes à employer les moyens propres à l’extrême-gauche pour faire pression, y compris à descendre en masse dans la rue.

Vous connaissez bien Yanis Varoufakis, comment jugez-vous son action ?

Oui, en effet je le connais bien. C’est un ami de longue date. Au début des années 2000, il a travaillé pendant deux ans pour l’association que je préside. C’est une personne brillante et bien formée. J’aime assez aussi son côté informel. Il est très critiqué au sein de Syriza, qui le considère comme un produit médiatique.

Ses théories et son analyse sont souvent justes, mais il n’est absolument pas adapté à la fonction qu’il occupe. Il ne peut pas jouer la provocation et le professeur avec ses homologues européens. Il doit trouver des solutions qui marchent avec eux.

Massimo Prandi Journaliste – Les Echos – Source

(1) Constantine Michalos est un petit entrepreneur charismatique dans son pays. Ce diplômé de la London School of Economics dirige deux PME, Swan SA spécialisée dans les produits en latex pour la santé créée en 1949, et une société de négoce de produits agro-alimentaires pour l’industrie du tourisme. Il préside la puissante association grecque des chambres de commerce et d’industrie. Un organisme qui représente 650.000 entreprises, dont 85% de PME souvent de petite taille.