Retrouver une gauche pour les « régionales » ?

Le virage social-libéral imposé par le chef de l’Etat provoquera tôt ou tard une reconfiguration de la gauche française. En faisant la promotion d’une politique de l’offre dont l’objectif est avant tout de redresser les profits, le PS se « PASOKise » peu à peu et est en passe de quitter le camp de ceux qui entendent accroître la protection et le pouvoir des salariés.

Le transfert public de 41 milliards par an en faveur des profits, le plafonnement des indemnités prud’homales, l’extension du travail du dimanche, l’incrimination du contrat à durée indéterminé, le gel des salaires, la réduction des dépenses sociales en sont les cruels symboles.

Cette situation n’est pas spécifique à la France.

Le déploiement de la logique ordo-libérale, imposée par la chancelière allemande, s’est fait à la faveur de la complaisance, au Conseil européen, de tous les chefs d’Etat et de gouvernement membres des partis socialistes frères. Aucun ne s’est opposé au traité budgétaire. Tous appliquent les directives, imposants austérités budgétaire et « réformes structurelles », dont ils ont chargé la Commission de surveiller l’application.

Le PSOE espagnol, le PS portugais, le PASOK grec ont fait les frais de cette stratégie d’accompagnement de l’ordo-libéralisme. Le Labour britannique vient encore d’être défait, pour ne pas s’être remis de sa dérive vers la troisième voie. Le sort du PS français semble désormais scellé par les salariés et par ses propres électeurs, qui n’usent même plus de leur droit de vote, pour ne pas avaliser une politique que la droite n’a jamais osé appliquer. C’est pourquoi nous avons quitté le PS pour fonder la « Nouvelle Gauche Socialiste »(NGS).

De nombreuses démissions, et non des moindres, suivent déjà. NGS rencontre d’ores et déjà un franc succès auprès d’anciens militants cadres socialistes. NGS peut remobiliser tous celles et ceux qui s’abstiennent, sans, pour l’heure, se tourner vers les forces alternatives au PS. Nous proposons à toutes ces forces, comme en Grèce, de faire émerger une coalition à la française des gauches radicales, alternative au PS.

La perspective d’une telle coalition suscite un engouement évident sur les réseaux sociaux, où l’on ressent le même frémissement que celui perçu dans les réseaux militants ayant participé à Guéret à la manifestation en faveur des services publics. Elle est susceptible, à terme, de supplanter le PS, à la faveur d’une reprise des luttes sociales.

Pour faire émerger cette perspective politique, les forces du Front de gauche et du mouvement écologiste doivent, à l’évidence, dépasser leurs différends. Ces derniers ont certes quelques fondements (tel le désaccord sur le rythme de la sortie du nucléaire), mais ils sont loin d’être indépassables.

C’est surtout la logique de la cinquième République, conduisant chaque famille à promouvoir son candidat l’élection présidentielle, qui retarde le moment de l’émergence d’une coalition de toute la gauche alternative. Cette logique mortifère est en théorie moins prégnante lors des élections régionales, où la constitution de coalitions rassemblant les forces qui combattent l’austérité et promeuvent la transition écologique devait, a priori, ne pas poser de problème.

Elle pourrait être l’occasion, pour toutes ces familles, de se présenter devant des assemblées citoyennes mobilisant de nouvelles forces vives. Cela sera le cas dans certaines régions. Certaines forces sont malheureusement tentées de cultiver leur autonomie en se repliant sur des pratiques politiques dépassées et/ou en négociant avec le plus offrant. Il n’est pas évident que le PS de Poitiers soit désormais en mesure de leur offrir autant que le PS d’Epinay.

Mis en ligne par Collectif, Médiapart – Titre original de l’article: « De quelle union populaire la gauche a-t-elle besoin ? – Auteurs : NGS – Socialistes affligés. – Source

 ———- Autre version ———

Projet politique et stratégie électorale

Des axes prioritaires pour construire l’alternative Olivier Dartigolles Porte-parole du PCF

On parle « d’alternative politique » à gauche, de « convergences » politiques et sociales. On a raison de le faire. (…) On parle aussi d’une « situation politique bloquée ». Or, nous le savons bien, des forces considérables existent pour à la fois refuser l’austérité et proposer un autre chemin. (…) Construire une union populaire, c’est très certainement aujourd’hui parler plus fortement, et agir dans ce sens, d’une nouvelle société. (…)

  • D’abord, il existe un rassemblement possible en faveur d’un haut niveau d’ambition politique à gauche quand il est question de l’échec de la politique gouvernementale actuelle, du bras de fer entre les créanciers de la Grèce et le gouvernement Tsipras.
  • En second lieu, il y a du doute sur notre capacité collective, dans la bataille idéologique et politique actuelle, à ouvrir une brèche puis à faire évoluer substantiellement les rapports de forces à l’avantage d’une alternative pour le progrès et l’émancipation.

Beaucoup voient arriver à grands pas l’échéance présidentielle de 2017, qui n’est pas l’élection la plus simple pour faire du neuf. Il y a deux étapes devant nous. L’une et l’autre se nourrissent. L’une et l’autre appellent à un dépassement dans le projet de société et les formes de rassemblement, d’engagement pour y parvenir.

La première consiste à apporter des réponses nouvelles face à l’effondrement du vieux monde. Qui aujourd’hui, dans sa vie, son territoire, ses représentations du réel, ne constate pas l’échec des politiques libérales ? Ne voit pas l’abîme ? Jamais la disponibilité du plus grand nombre n’a été aussi grande pour se poser une question simple : est-il possible de faire autrement ? (…) Si on va aux prochaines échéances sans changer le climat idéologique dominant, on n’arrivera à rien.

Il faut donc que les forces politiques, sociales et citoyennes de gauche s’accordent très rapidement sur les axes prioritaires sur lesquels nous voulons, ensemble, mener des contre-offensives de grande ampleur et dans la durée. À coup sûr, les enjeux européens seront déterminants car ce qui se joue à Athènes questionne directement l’alternative politique à gauche face à l’austérité. (…)

Un Podemos à la française,  Julien Bayou Porte-parole d’EELV 

En quelques mois, Podemos a rendu crédible l’accession au pouvoir des Indignés. Et lorsque ce parti-mouvement se laisse lui-même dépasser par des convergences citoyennes locales, c’est toute la vie politique du pays qui est renversée. Madrid ou Barcelone sont aujourd’hui gouvernées par et pour ceux que certains croyaient à jamais mis sur le côté par la crise et la corruption, et écœurés de la gauche et de la politique.

Mais la France n’est pas l’Espagne. (…).  Pourtant, partout dans le pays, dans nos villes, nos quartiers ou dans nos campagnes, le sentiment de mise à l’écart grandit. Le chômage, le manque de soins ou les discriminations sont le lot quotidien de trop de nos amis, de nos concitoyens. Il est temps de mettre les 99 % au pouvoir et d’offrir aux Françaises et aux Français autre chose qu’une classe politique en retard de vingt ans sur la réalité du pays.

Je le dis haut et fort, les Français sont ainsi dans leur grande majorité écolos. Nous ne voulons pas d’OGM ni de gaz de schiste. Nous sommes tous prêts à réduire nos déchets et notre consommation d’énergie si cela s’accompagne d’économies. Partout dans le pays, des initiatives associatives ou entrepreneuriales veulent faire gagner ensemble l’emploi, le lien social et l’environnement. Partout dans le pays, des agriculteurs aimeraient passer au bio, des ouvriers et salariés aimeraient reconvertir leur entreprise pour préserver durablement l’emploi et leur savoir-faire.

Ces aspirations à mieux vivre se heurtent au mur du conservatisme et des rentes et à ceux qui ne veulent pas que cela change. Ce 1 % qui assène à longueur de journée aux Français qu’ils sont trop ceci ou pas assez cela. Ce 1 % qui maintient une fiscalité avantageuse pour les énergies fossiles, qui arrose de subventions des secteurs qui n’en ont pas besoin, qui facilite les licenciements et qui veut supprimer nos trains. Ce 1 % que le président Hollande prétendait remettre à sa place mais qu’il défend aujourd’hui au nom d’une croissance qui même si elle revient bénéficiera toujours aux mêmes.

Podemos en France, c’est la volonté de faire sauter les verrous qui organisent les inégalités et les injustices. (…) Un Podemos en France, c’est aussi une volonté de remettre le peuple au cœur du projet européen.(…) Enfin, un Podemos, c’est un projet de conquête du pouvoir destiné à redistribuer ce pouvoir. (…)

Ce projet devra renverser les logiques politiques classiques pour prendre racine dans le pays. Nous sommes nombreux à vouloir y prendre part. (…)

Le passage d’aspirations  à la puissance populaire,  Pierre Zarka Association des communistes unitaires/Ensemble 

En 2012, le Front de gauche avait suscité un espoir de renouvellement de la politique. Depuis, reconnaissons-le, la routine a repris, nourrissant un sentiment d’impuissance. Nous sommes confrontés à une profonde obsolescence du système représentatif : tout ce qui a reposé sur une verticalité des rapports sociaux est caduc. Même le capital tente d’incorporer à son arsenal de commandement la prise en compte d’un processus d’autonomisation des personnes. Processus qui exacerbe les contradictions entre domination et désir d’émancipation. Toute l’expérience montre que les modes politiques habituels ne correspondent plus aux enjeux actuels. Ni du point de vue du capital : le système représentatif est malgré tout trop exposé aux colères populaires, d’où ces structures non élues, de type Commission de Bruxelles, G20 ou Tafta ; ni du point de vue des exploités et dominés : le bilan des 35 dernières années parle de lui-même. Problème : cela met en cause la conception du parti qui conduit à se substituer aux intéressés. Les contradictions du capitalisme s’aiguisent comme jamais. (…)

Cela implique de ne pas s’indexer sur les positions des partis mais sur les désirs refoulés des exploités et donc de savoir chercher au-delà du seul champ des partis. (…) Ce n’est qu’en respectant ce désir de maîtrise qu’on peut dégager un sens nouveau aux élections. On peut en subvertir le caractère délégataire en en faisant (…)

Auteurs – Olivier Dartigolles, Julien Bayou, Pierre Zarka

Vendredi, 26 Juin, 2015 – L’Humanité-Source