Élections britanniques : questions pour un scrutin à suspense

Ajout des résultats

Les britanniques se tournent vers les élections générales de vendredi 08 mai 2015, encore très indécises.

David Cameron ou Ed Miliband ?

Conservateur ou travailliste ?

La campagne électorale qui a tenu en haleine les électeurs britanniques arrive à son terme jeudi avec des élections générales encore indécises. Ces élections les plus incertaines depuis longtemps ne verront certainement aucune majorité nette se dégager parmi les 650 sièges de la chambre des Communes. A la veille de déterminer le nouveau Premier ministre britannique, l’horizon politique du Royaume-Uni est embrumé. (…)

Qui sont les principales forces en présence ?

Les deux grands partis traditionnels britanniques, les conservateurs de David Cameron à droite, les travaillistes d’Ed Miliband à gauche, vont devoir former une coalition avec d’autres partis minoritaires afin de s’assurer une majorité claire. Les Britanniques sont très peu habitués aux coalitions. Pendant longtemps, un parti émergeait au-dessus des 40%, assez pour gouverner seul.

Là, travaillistes et conservateurs bataillent autour des 35%. Les travaillistes cavalaient pourtant en tête depuis plusieurs mois. Mais le jour de l’élection se rapprochant, les conservateurs ont fait leur retard. Pour conquérir les clés du 10, Downing Street, il va donc falloir que les deux principaux partis s’allient aux nouvelles forces politiques émergentes.

Quel rôle à jouer pour les autres partis ?

Sur les ailes, deux partis ont gagné de plus en plus de poids politique ces derniers mois. D’un côté, les eurosceptiques populistes Ukip et leur hargneux chef de file Nigel Farage pèsent 13% des voix selon les sondages. Ils pourraient s’allier aux conservateurs, mais cela poserait directement la brûlante question de l’Union européenne.

De l’autre côté, les indépendantistes écossais SNP et la redoutable Nicola Sturgeon, devraient emporter 56 des 59 sièges de la chambre des Communes dévolus à l’Ecosse. Le SNP devrait dans tous les cas voter contre les conservateurs pour l’élection du Premier ministre, voulant à tout prix éviter un référendum sur l’Union européenne et une possible sortie de l’UE. A gauche, reste le Green Party, les Verts d’outre-Manche, qui devraient briguer environ 5% des voix et garder leur siège à la chambre des communes. Parti jeune, il est la seule alternative de gauche au parti travailliste.

Reste, au centre, les libéraux-démocrates de Nick Clegg, vice-Premier ministre de David Cameron. Ce dernier avait le vent en poupe en 2010 (à tel point que les médias britanniques parlaient de Cleggmania), mais a depuis connu l’exercice du pouvoir et déçu beaucoup de ses électeurs. Le parti centriste ne vaut plus aujourd’hui que 8% des voix. Tiraillé entre les deux grands partis, Nick Clegg et ses lib-dem n’ont pas encore fait leur choix.

Qui est Ed Miliband, le candidat travailliste ?

Leader du Labour depuis 2010, Ed Miliband avait ravi cette place à son frère David dans une lutte fratricide qui s’était terminée par une victoire d’une courte tête d’Ed. Voulant rompre avec les années Tony Blair et la politique pro-business du New Labour, Ed Miliband veut “rediscuter l’héritage travailliste, comme l’affirme Florence Faucher, professeur de sciences politiques à Sciences Po Paris et co-auteure en 2013 de l’ouvrage “Les gouvernements néo-travaillistes”. Il a donc orienté sa politique en se démarquant à la fois du New Labour et en réfléchissant à un travaillisme moderne.”

Fils d’un intellectuel marxiste d’origine juive polonaise, Ed Miliband a toujours revendiqué les idées de lutte sociale, de liberté, de justice. Mais il pâtit aussi d’une image d’intello un peu dans le vague et coincé, comme le rapportait Slate dans un portrait de Frédéric Martel. Pendant la campagne électorale, il a tenté de s’assurer une stature de potentiel Premier ministre. Mais a aussi su séduire les adolescentes, comme l’a prouvé le phénomène des Milifans, les jeunes groupies d’Ed Miliband sur les réseaux sociaux.

Quel bilan pour David Cameron ?

Arrivé au pouvoir en 2010, le conservateur David Cameron a surtout eu à affronter une économie en berne, qu’il a tenté de redresser. Avec succès si l’on s’en tient aux chiffres de la croissance du PIB : après une nette reprise en 2013, la politique économique des conservateurs a été couronnée d’un glorieux 3% de croissance sur l’année 2014. Une politique d’austérité conjuguée à un recours aux entreprises privées dans des domaines comme la santé ou l’éducation leur ont assuré un bilan positif.

Mais ce rebond économique est vécu différemment selon où l’on se place dans la société britannique. C’est ce qu’explique Florence Faucher : “Il y a certainement eu un succès de la politique d’austérité menée par David Cameron mais au prix d’une restriction budgétaire importante, notamment des aides sociales avec la restriction des allocations notamment.” Une bulle immobilière potentielle s’est aussi créée, avec un accès plus difficile au logement pour les plus pauvres, notamment dû à un déficit de construction.

Quels ont été les thèmes de la campagne électorale ?

On aurait pu s’attendre à voir les candidats s’écharper sur la sortie ou non de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Eh bien, no. “Et c’est assez peu étonnant, explique Florence Faucher. Les conservateurs ont peur du parti Ukip, donc ils préfèrent parler le moins possible de l’Europe. Les travaillistes n’aiment pas trop en parler non plus, car il peut y avoir, comme en France avec le PS et le Front National, une hémorragie d’électeurs qui partiraient vers Ukip.”

De quoi parle-t-on alors ?

D’économie, surtout. Les conservateurs ont appuyé sur leur bilan, et essayé de mettre mal à l’aise Ed Miliband et les travaillistes, un parti historiquement gêné par la question économique (mis à part sous Tony Blair et Grodon Brown). Mais, avec une campagne axée sur la réduction du gouffre entre les classes pauvres et les élites économiques, “Ed le Rouge” a pris la question à bras le corps. Autres questions qui ont rythmé le débat depuis plusieurs semaines : l’immigration, les services de santé ou le programme nucléaire Trident, basé en Écosse. (…)

Adrien Franque – Les Inrocks.fr (Extrait) – Source


On les donnait au coude-à-coude. Mais, contre toute attente, les conservateurs de David Cameron sont arrivés très largement en tête à l’issue de ces élections législatives. Ils obtiennent la majorité absolue, avec 331 sièges après le dépouillement des bulletins dans les 650 circonscriptions du Royaume. C’est 100 députés de plus que le Labour, qui n’obtient que 232 sièges.

 En troisième position, le parti nationaliste écossais SNP rafle presque tous les sièges en Ecosse (soit 56 députés). Un véritable coup d’éclat de la part des nationalistes, qui ont liquidé l’héritage historique du Labour sur ces terres.

Les libéraux-démocrates, qui gouvernaient avec les conservateurs depuis cinq ans, enverront seulement 8 députés à Westminster (ils étaient 46 en 2010). Le parti europhobe Ukip n’aura qu’un seul représentant au parlement, en dépit de sondages qui le plaçaient à 14% des intentions de vote. Même chose pour les Verts, avec un seul siège, à Brighton.

Le Premier ministre David Cameron va donc rempiler pour un second mandat au 10, Downing Street. Reconnaissant sa «responsabilité totale et absolue» dans la défaite de son camp, Ed Miliband a annoncé sa démission de la tête du parti à la mi-journée.

Sonia DELESALLE-STOLPER et Guillaume GENDRON (à Londres) Liberation – Source


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