Le PCF c’est du passé.

Un « handicap » pour le gouvernement à chaque élection depuis 2012, ce n’est plus entre la faucille et le marteau qu’est pris le Parti communiste français (PCF), mais entre le marteau et l’enclume.

Extrait – Le même dilemme revient toujours : s’allier avec le PS pour sauver des élus ou symboliser son refus de la politique du gouvernement en rejetant l’union avec les socialistes et en prenant le risque de se déplumer.

Les élus communistes sont souvent tentés de reconduire des alliances locales. Certains d’entre eux étaient ainsi prêts à des listes avec le PS aux dernières départementales. Mais, à chaque fois, les militants ont refusé.

(…) Pour les régionales de décembre, les militants devraient à nouveau refuser des listes communes avec le PS. « Le PCF et les écologistes ont le même souci, note un dirigeant socialiste, leur base se radicalise de plus en plus. » « Nos adhérents veulent des listes autonomes de large rassemblement », confirme Laurent. Des listes comprenant notamment des écolos et pourquoi pas des socialistes déçus.

Mais les tensions vont ressurgir au sein du Front de gauche à propos d’une fusion ou non avec le PS au second tour. « C’est en débat, reconnaît le numéro un du PCF. Mais on doit tenir compte de la poussée de la droite et de l’extrême droite. »

Accusé par les socialistes d’avoir, comme les écologistes, fait perdre des départements à la gauche, le PCF s’en défend. « Ce n’est pas la division qui est la cause de l’échec, mais la politique du gouvernement », martèle Laurent.

Notre sondage est pourtant sévère. Pour 74 % des Français, le PCF est un handicap pour le gouvernement et pour 67 % un handicap pour la gauche.

[Un argument fallacieux dans la mesure au il y a de multiples mouvements de gauche (réseaux ou partis) à côté du parti communiste ne s’entendant pas entre eux. Il est donc faux de prétendre que le PCF est un handicap pour la gauche. De plus actuellement bien malin est celui ou celle qui peut dire que certains écologistes sont à gauche de même que certains socialistes « frondeurs » quitteraient le PS. MC]

Plus terrible pour les communistes, les sympathisants de gauche font aussi ce dur constat. 60 % jugent aussi qu’il a un rôle négatif vis-à-vis du gouvernement. L’analyse c’était « la » polémique de la semaine : dimanche dernier, sur Canal +, François Hollande a comparé le discours de Marine Le Pen à « un tract du Parti communiste des années 1970 ».

Comment les Français jugent le PC aujourd’hui ? (…) Le verdict est rude : avec 76 % de mauvaises opinions, il se situe à un niveau de popularité très bas.

Pis, ses traits d’image confirment la formule de Hollande puisqu’une majorité de Français trouvent ce vieux parti « passéiste », ni « innovant » ni « proche des gens », mais « populiste », et même « sectaire » pour 54 % des sondés.

Bref, ils ne le jugent pas « utile » à la vie politique française. Certes, d’autres partis apparaissent tout autant impopulaires, à commencer par le FN, mais certains réussissent toutefois à convertir à 100 % leurs 24 ou 25 % de bonnes opinions en autant d’électeurs. (…) Les Français donnent tort à Hollande. Voilà la seule bonne nouvelle pour Pierre Laurent : une large majorité (66 %) désapprouve la formule du chef de l’Etat sur la ressemblance entre le FN et le PCF de Georges Marchais. L’actuel leadeur communiste, dont le père, Paul Laurent, fut le numéro 2 de Marchais, appréciera… Mieux, les Français estiment massivement que les idées du PCF et du FN sont éloignées, notamment en matière d’immigration (73 %), de sécurité (71 %) et de politique économique et sociale (66 %).

Lucas Rosalie, Le Parisien Source


Autre avis

Depuis quelques temps, notamment dans les rangs de l’UMP, plusieurs dirigeants politiques attaquent le programme économique et social du FN, le qualifiant «d’extrême gauche ». Ce fût notamment le cas de Nicolas Sarkozy et de Jean-François Copé. Mais où se situe la vérité ? Est-il exact que le programme économique et social du FN ressemble à celui du PCF des années 1970 ? Tentative de réponse, bien qu’il soit très difficile d’établir un parallèle entre deux époques totalement différentes.

D’abord, il convient de remarquer que la « sortie » de François Hollande ne se limitait pas à ce petit bout de phrase. Son propos était davantage étayé. Ainsi, le message complet du président était le suivant : «Mme Le Pen parle comme un tract du Parti communiste des années 70, parce que c’est ça en réalité, en pensant qu’on peut fermer les frontières, qu’on peut nationaliser les industries, qu’on peut sortir un certain nombre de capitaux de notre pays sans qu’il y ait de risque. Sauf que le Parti communiste, il ne demandait pas qu’on chasse les étrangers, qu’on fasse la chasse aux pauvres, parce que même les pauvres finissent par penser qu’il y a plus pauvre qu’eux qui leur prennent le peu qu’ils ont ».

Des divergences profondes sur la politique migratoire Première remarque donc, le président prend bien soin de ne pas mettre le PCF et le FN dans le même sac sur la politique migratoire. S’il accuse explicitement dans son propos le FN de mener « une chasse aux étrangers », c’est pour lever tout soupçon sur ce point de la part du PCF. (…) Il faudra attendre des années avant que ce sujet devienne une préoccupation nationale dans ce que l’on appellera « la politique de la ville ».

Le programme commun PC-PS a été signé en 1972 Sur le plan économique et social, la comparaison effectuée par le président de la République est étonnante car, dès 1972, le PCF et le tout nouveau parti socialiste, né au congrès d’Epinay un an plus tôt, ont signé un « programme commun » de gouvernement. Ils seront ensuite rejoints par les Radicaux de gauche. La rupture de ce programme commun se produira en 1977.

Donc, faire allusion aux idées économiques du PCF des années 70, c’est également faire référence à celles du PS, puisqu’elles étaient partagées par les deux formations…

Le programme prévoyait ainsi des nationalisations : «Pour briser la domination du grand capital et mettre en œuvre une politique économique et sociale nouvelle, rompant avec celle qu’il pratique, le gouvernement réalisera progressivement le transfert à la collectivité des moyens de production les plus importants et des instruments financiers actuellement entre les mains des groupes capitalistes dominants».

Un programme qui sera de fait appliqué à l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand en 1981. Mais que dit le parti de Marine Le Pen en 2015 ? Le FN propose juste de nationaliser les entreprises en difficulté – Florange, PSA, etc. -, les sociétés d’autoroutes et « temporairement » le secteur bancaire « pour assainir les pratiques bancaires ». Le programme est donc nettement moins ambitieux que celui du PS-PC qui visait des pans entiers de l’économie.

Il y a d’autres points communs entre les deux programmes…

Mais ce n’est pas réellement une surprise sur certains sujets. Ainsi sur le pouvoir d’achat, quelle formation politique ne va pas promettre de l’améliorer ? Dans les années 70, le programme PS-PC ne voulait plus aucun salaire à temps complet au-dessous de 1.000 francs, mais n’évoquait pas de baisses de cotisations, peu à la mode alors. Le FN lui préconise d’augmenter de 200 euros les salaires de moins de 1,4 Smic, via une baisse des cotisations sociales salariales qui serait compensée par une cotisation sur les produits importés. Concernant la retraite à 60 ans, elle faisait partie des revendications PS-PC (l’âge légal de la retraite était alors fixé à 65 ans) et un retour à l’âge effectif de 60 ans pour liquider sa retraite est également mentionnée dans le projet du FN.

On peut également noter des similitudes en matière fiscale.

Mais, là aussi, ce n’est pas étonnant puisqu’en général tous les partis politiques prônent un allégement de l’impôt pour les moins favorisés et/ ou les classes moyennes. Ainsi, le FN souhaite une plus grande progressivité de l’impôt sur le revenu avec l’instauration de nouvelles tranches sur les hauts revenus. Le projet PS-PC, lui, prône des « allègements » pour la « population laborieuse » et Georges Marchais prétendait taxer à 100 % les revenus de plus de 40.000 francs. C’est le fameux « au-dessus de 4 millions, je prends tout ! » qui représente un programme nettement plus ambitieux. Idem pour les entreprises, si le duo PS-PC voulait davantage taxer le « grand capital », le FN , lui, veut instituer une progressivité de l’impôt sur les sociétés et même imposer une taxe de 15% sur les résultats nets « des 50 plus fortes capitalisations boursière » qui serait affectée à « une réserve spéciale de réindustrialisation ».

La question des frontières, de l’Europe et de l’Euro.

Mais c’est sur la question des frontières en général et de l’Europe en particulier que la comparaison est la plus difficile à effectuer. Au niveau de la politique monétaire européenne, les années 70 peuvent être considérées comme préhistoriques. Il n’existait rien ou si peu. L’Union douanière a été créée en 1968, et, en 1972, il avait été institué le serpent monétaire européen – ancêtre du système monétaire européen – qui avait pour but de limiter à 2,25% les fluctuations des taux de change monétaires entre les pays membres de la Communauté économique européenne (CEE).

Le programme PS-PC n’était pas opposé au marché commun, simplement il préconisait d’œuvrer « pour l’instauration d’un contrôle des mouvements de capitaux dans le Marché commun afin de préserver celui-ci des courants spéculatifs et de faire obstacle aux prises de contrôle des secteurs vitaux de l’économie par des groupes multinationaux.»

Plus généralement, au niveau mondial, rappelons que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) n’existait pas (créée en 1995) et on ne parlait pas encore de « mondialisation des échanges ». Le programme PS-PC préconisait le « développement – largement ouvert à l’échelle mondiale – des échanges et de la coopération [qui] correspond aux exigences du progrès économique et social». Cependant, le programme s’autorisait une dose de protectionnisme : «Le recours à des restrictions quantitatives et à une protection douanière renforcée sera réservé à des situations exceptionnelles le rendant nécessaire».

En 2015, la donne a complètement changé : l’Union européenne et la zone euro ont été instituées, les droits de douanes ont été largement abolis ou, à tout le moins, abaissés. C’est donc dans le contexte d’une économie française largement intégrée que le FN veut renouer avec un « protectionnisme stratégique qui sera ajusté, ciblé et flexible », via l’instauration de droits de douane « afin de rétablir une juste concurrence avec les pays dont l’avantage concurrentiel est issu du moins disant social et des manipulations monétaires ». Mais c’est surtout sur l’euro que le Front National fait entendre sa différence en préconisant : « la France doit préparer, avec ses partenaires européens, l’arrêt de l’expérience malheureuse de l’euro, et le retour bénéfique aux monnaies nationales qui permettra une dévaluation compétitive pour oxygéner notre économie et retrouver la voie de la prospérité. Le couple franco-allemand doit jouer ce rôle moteur dans cette concertation et cet arrêt programmé de l’expérience de l’euro ». Bien entendu, sur ce point, aucune comparaison n’est possible avec les années 70.

(…) Reste que, d’une façon générale, il est tout de même extrêmement difficile d’appréhender le programme social et économique du Front National.

Certes, depuis l’accentuation de la crise, ce programme s’est doté d’oripeaux sociaux pour mieux capter un électorat totalement désabusé par les partis classiques. Mais cette posture sociale est relativement récente. Dans les années 90, Jean-Marie Le Pen, alors président du FN, affichait au contraire un libéralisme économique à tout crin. Voyant son modèle dans les politiques menées par Reagan et Thatcher. Le président d’honneur du FN a d’ailleurs dernièrement critiqué sa fille qui aurait trop cédé à la mouvance « chevénementiste », entrée relativement récemment au FN, et à l’origine de cet opportun virage social.

(…) François Hollande aurait dû davantage le souligner dans son intervention. Le parti communiste français des années 70 avait peut-être tous les défauts du monde, mais il a joué un immense rôle d’intégration de la classe ouvrière à la Nation. Les structures extrêmement délocalisées du PCF, présentes sur quasiment tout le territoire, ont permis à des milliers de personnes défavorisées de se former, de se doter d’une conscience politique, d’accéder à la culture, d’être fiers. Du fait de son implantation dans la population ouvrière (…), il a également permis à des milliers d’immigrés de s’intégrer dans la société française. Il tenait certes un discours de classe, mais pas de haine de l’autre. En 2015, le Front National a su capter un électorat populaire victime de la crise. Mais il est loin, très loin, de se retrouver dans un rôle similaire à celui du PCF

Extrait d’un article – Auteur, Chanut Jean Christophe, La Tribune – Titre de l’article « Le programme du Front National est-il celui des communistes des années 1970 ? »


En résumée: Depuis les élections territoriales, les partis politiques sont en campagne pour les régionales. MC