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Le président de l’UMP était dans son fief adoptif, mercredi soir à Nice, pour lancer la campagne des régionales et faire la retape de son futur parti, « les Républicains ».
Côté salle, cela ressemble à une rencontre du troisième âge baignée de nostalgie et de culte du chef.

Côté scène, à une démonstration d’unité des gros durs de la droite, en rang serré autour de Nicolas Sarkozy. Le président de l’UMP était mercredi soir à Nice pour tenter de devancer à l’agenda médiatique le Front national, qui a intronisé vendredi dernier Marion Maréchal Le Pen comme tête de liste aux régionales en Provence Alpes Côte-d’Azur (Paca).

Rien n’était prévu il y a encore huit jours, mais voilà Christian Estrosi candidat sur demande expresse de Nicolas Sarkozy. Objectif : convaincre les électeurs tentés par un vote Front national et profiter de la déconfiture du Parti socialiste dans ses dernières poches de résistance.

Dans le rôle du chauffeur de salle, Éric Ciotti, président fraîchement réélu du Conseil départemental des Alpes-Maritimes, fait du Éric Ciotti. Acclamé d’entrée et à chacune de ses saillies droitières, il se montre généreux : « Déchéance de nationalité pour les terroristes », « nouvelle loi de légitime défense pour les policiers », sortie contre « les quartiers cédés à la loi des bandes malgré les milliards d’euros de subvention déversés ».

Des quatre ministres socialistes qu’il citera dans son discours, ce sont Christiane Taubira et Najat Vallaud-Belkacem que les 2.000 à 3.000 militants huent le plus copieusement.

« Je ne veux pas qu’une religion impose des règles qui soient supérieures aux lois de la république. Je ne veux pas d’une France voilée », conclut l’élu en remerciant Nicolas Sarkozy pour sa sortie contre le foulard à l’université, en mars.

« Une logique de communication »

Sans entrain, Christian Estrosi donne le coup d’envoi de la bataille pour les régionales. À huit mois du scrutin, il repart en campagne « pour que les trains partent et arrivent enfin à l’heure ». Contre son adversaire désigné, le Front national, le maire de Nice joue la carte de l’élu local toujours fidèle à la région Paca et montre ses muscles :

« Croyez-moi, avec le réseau de vidéosurveillance de la ville de Nice, les frères Kaouchi (sic), on les aurait arrêtés rapidement à Paris. »

Son tour venu, Nicolas Sarkozy promet d’œuvrer à l’unité de l’UMP, « indestructible » si elle surmonte ses divisions, et cogne sur le Front national. Il en vient toutefois rapidement à sa préoccupation du moment : son projet de refonte de l’UMP, qui sera officiellement rebaptisé « Les Républicains » le 30 mai, à La Villette, à Paris.

Les raisons de ce changement de nom, accueilli mollement jusque dans les rangs de l’UMP, apparaissent flagrantes. « Il fallait bien changer, puisque l’UMP, dans l’esprit des gens, est malheureusement associé à certains petits problèmes », avoue Maxime Cacciutolo, responsable local de l’Uni, le syndicat étudiant de droite, armé d’une pétition contre les salles de shoot.

« On est dans une logique de communication, [le changement de nom] permet de tirer un trait sur l’affaire Bygmalion », éclaire encore Xavier Wiik, 32 ans, sympathisant et auditeur assidu des meetings UMP.

Que nenni, martèle sans conviction Nicolas Sarkozy, dans une intervention décousue de cinquante minutes. Plus qu’un changement de nom, il propose de « créer la première formation politique du XXIe siècle ». À savoir, attention les yeux, une formation où les militants « peuvent donner leur avis sur le projet et ceux qui portent le projet ». Les futurs statuts des Républicains prévoient en effet de faire voter les militants pour la présidence de leur fédération. Applaudissements polis dans la salle.

Nouvelle tentative :

« Je sais que nous ne serons jamais d’accords sur tout, mais je veux crée un rassemblement vaste. Les différences ne m’ont jamais fait peur. »

« Le travail, fondement de tout »

Quant à la définition des « Républicains », c’est surtout comme à son habitude en désignant leurs ennemis que Sarkozy dessine leur appartenance. Républicains par opposition à socialistes. Républicains aussi, par opposition à communautaristes. Son « idéal refondé » prend alors des sonorités bien connues, sous les hourras des militants niçois :

« Nous ne voulons plus de communautarisme. Nous sommes la République française, une et indivisible. Nous voulons garder le mode de vie qui nous a été transmis par nos parents. C’est à ceux qui arrivent de s’adapter, pas à ceux qui sont là. »

Il « ose » ainsi prôner « l’assimilation »« tu arrives parce que tu aimes la France et tu épouses la culture et le mode de vie » – plutôt que « l’intégration » – « tu arrives comme tu es et tu fais comme tu peux ». Revoilà aussi la valeur travail, « fondement de tout (…) dans la République. Au-dessus de tout. »

Les militants n’en attendaient pas moins, dans ce creuset de la droite dure. Lydia, 71 ans, adhérente UMP à Nice depuis 2007, est aux anges : « Nicolas Sarkozy a ce que les autres n’ont pas. Il sait s’adresser à tout le monde. Aux riches, aux pauvres… Et même à la racaille ! »

Erwan Manac’h – Politis N° 1350

Couv Politis 1350