Vu d’Italie. Loi sur le renseignement : la France plus à droite que les Etats-Unis

Alors que la loi sur le renseignement est en débat à l’Assemblée nationale, cet éditorialiste italien rappelle aux Français qu’ils ont brandi la défense des libertés individuelles pour dénoncer le Patriot Act américain. Et qu’ils seraient bien inspirés de ne pas tomber dans les mêmes excès.

Le french bashing est une sorte de jeu de société – tantôt ironique, tantôt grossier – qui a toujours amusé les Américains et les Anglais. En 2003, quand la France a dit non à la guerre de Bush en Irak et a dépêché l’aristocratique Dominique de Villepin à l’ONU pour apprendre les bonnes manières diplomatiques à ces rustres de Texans (“Je viens d’un vieux pays…”), la réaction des Yankees est allée jusqu’à la caricature. Les french fries ont été bannies du restaurant du Congrès et les réserves de bordeaux vidées dans les éviers des restaurants.

On finit par surmonter ce coup de froid, mais sans rien oublier pour autant. Nicolas Sarkozy a mené l’opération de reconquête dès ses premières vacances de président avec son épouse, en partageant une partie de campagne avec les Bush. Cette cour connut des fortunes diverses – et ne produisit pas de résultats durables. Et même si Jacques Chirac fut le premier chef d’Etat à se rendre à Ground Zero après le 11 septembre, le fait qu’aucun représentant de l’administration américaine n’ait fait le déplacement lors de la grande manifestation parisienne du 11 janvier est aussi une conséquence de cette incompréhension de longue date.

Inversion des rôles 

Aujourd’hui, à l’heure où les Français sont en première ligne (Le Monde a qualifié les attentats de janvier de “11 septembre parisien”), The New York Times s’essaie à une nouvelle version, plus raffinée, du french bashing. Voilà quelques jours, dans un éditorial intitulé “French Surveillance State” (L’Etat-espion français), le grand quotidien libéral a appelé les parlementaires du Palais Bourbon à retoquer le projet de loi du gouvernement sur la réforme des services secrets.

Pour The New York Times, les députés doivent défendre les Français contre la surveillance “intrusive et étendue” à laquelle le gouvernement voudrait les soumettre au prétexte de lutter contre le terrorisme, et c’est aux juges (et non aux services secrets) qu’il convient de donner le rôle de garant et une définition claire de ce qu’est la “menace terroriste”. Il convient par ailleurs de protéger la liberté de la presse et de limiter les pouvoirs qui échoiraient au Premier ministre, lequel aurait la haute main sur le dispositif de sécurité.

Si l’on songe à tout ce que les Français ont dit de la politique intérieure de Bush concernant la restriction des libertés personnelles, l’inversion des rôles est stupéfiante : les positions sont permutées comme par un effet de miroir. Le terme même de Patriot Act fait partie de ces expressions que Paris a toujours évitées avec un certain dégoût. C’est la députée de droite Valérie Pécresse (très proche de Sarkozy) qui a déterré, après les attentats des 7 et 9 janvier, le projet d’un Patriot Act à la française, auquel le Premier ministre Manuel Valls a immédiatement opposé une fin de non-recevoir : “Il n’y aura pas de Patriot Act…”

Question sensible

En attendant, les attentats ont fait naître une profonde inquiétude dans l’esprit des Français. Les manifestations organisées le dimanche qui a suivi les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercasher de la Porte de Vincennes ont engendré ce qui fut appelé “l’esprit du 11 janvier”, qui mêlait orgueil patriotique, revendication des valeurs universelles de la République, mais aussi appel à la fermeté face à l’attaque de barbares armés de kalachnikovs.

Ainsi, si un projet de loi qui a peu de choses à envier à la version originale du Patriot Act faisait l’objet d’un référendum, il est fort probable qu’il serait approuvé sans grandes réserves.

L’attentat qui a frappé la Tunisie (un de ces pays que les Français considèrent encore un peu comme les leurs) a rendu plus sensible encore la question du risque terroriste. Comme l’a écrit [le magistrat italien] Vladimiro Zagrebelsky dans La Stampa à propos des mesures projetées en Italie, la lutte contre le terrorisme doit aussi tenir compte de l’esprit du temps et trouver un juste équilibre entre l’existence de chacun et la nécessité d’assurer la sécurité de tous.

Vaste programme

L’élément le plus controversé de la proposition française est l’installation dans les serveurs Internet d’une “boîte noire” qui, à l’aide d’un algorithme tenu secret, serait en mesure de passer au crible toutes les communications de tous les Français et de faire ressortir les données susceptibles de révéler une menace. Le ministre de l’Intérieur a assuré que l’algorithme ferait l’objet d’un “contrôle démocratique”. Mais qui surveillera les surveillants ? Et qui distinguera – dans le cas de la presse – les recherches d’informations relatives au terrorisme sur Internet des menaces véritables ?

En somme, le programme est “vaste”, comme disait de Gaulle, la question plus que sensible, et l’édito du New York Times révélateur d’un duel transatlantique qui n’est pas près de finir.

La Stampa – Turin – Lu dans « Courrier international » – Source

Autre avis …………………….

Attention DANGER : Un attentat aux libertés

Le projet de loi relatif au renseignement, dont le vote final est prévu le 5 mai, instaure une société de surveillance généralisée de la population, sans contrôles efficaces ni contre-pouvoirs forts

Des avocats aux magistrats, des journalistes aux blogueurs, des Autorités administratives indépendantes au Défenseur des droits, des associations de défense des droits de l’homme aux organisations syndicales, des acteurs du numérique aux réseaux sociaux, etc., tous ont fait part unanimement de leur refus d’une loi liberticide

Cette procédure arbitraire dévoile l’intention de ses promoteurs : jouer sur l’émotion pour imposer la régression. Le pouvoir exécutif réclame un chèque en blanc pour l’État, de surveillance et de police, sans expertise ni bilan, sans critique ni autocritique.

L’avènement de cette loi signifiera qu’en France, désormais, de façon légale, l’État de police l’emportera sur l’État de droit

Les différences ou les dissidences à l’égard des pensées dominantes ou des politiques officielles seront potentiellement criminelles.

La commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) affirme que c’est bien « une surveillance de masse », qu’autorise ce projet, par la collecte généralisée et la conservation durable de données collectées sur nos ordinateurs, nos téléphones, nos tablettes, tous les instruments électroniques qui, désormais, sont le quotidien de nos vies.

Ce projet de loi est bien un Patriot Act français tant ses intentions et la méthode pour les imposer sont similaires à celles des néoconservateurs américains en 2001, après le 11- Septembre.

Il s’agit bien d’autoriser une surveillance étatique de la société sans limites sérieuses ou solides en jouant sur l’affolement provoqué par les attaques terroristes.

Imaginons ce que donnerait l’application de cette loi si par malheur, un gouvernement extrémiste, totalitaire, comme le Front National ou la droite ultra libérale, arrivait au pouvoir !

Je vous conseille de lire l’article d’Edwy Plenel d’hier (voir pièce jointe PDF)

Une pétition demandant au gouvernement et aux parlementaires de retirer le projet de loi renseignement qui permettrait aux services secrets d’accéder aux données personnelles des citoyens.

Depuis, 100.000 personnes ont signé la pétition et la presse en parle. Les députés sont en train de débattre du texte en ce moment.

Vous êtes invité à signer cette pétition en cours en suivant le lien.

 

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