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Combat pour l’égalité

Un mal mortel ronge nos sociétés et la planète : les inégalités. Deux chiffres désormais résument la profondeur et l’ampleur de cette fracture qui déchire notre monde : le patrimoine cumulé des 1% les plus riches du monde dépasse celui des 99% restants.

Soixante-sept personnes possèdent autant de richesses que trois milliards et demi d’êtres humains. Ceci ne peut plus durer !

Des pays, souvent les plus pauvres, en proie à de ravageurs phénomènes climatiques, sont appelés à freiner leur développement par ceux-là mêmes qui depuis des décennies voire des siècles continuent de piller leurs richesses. Des guerres pour des territoires, pour l’énergie, pour l’eau ou pour s’assurer des dominations font rage dans de trop nombreux pays, provoquant l’humiliation, le désarroi, l’errance de peuples privés de moyens d’existence et des droits les plus élémentaires.

L’austérité imposée dans l’Union européenne fabrique des pauvres de plus en plus nombreux pendant qu’une caste de riches s’enrichit de plus en plus. Ses dogmes repris par les gouvernements épargnent d’autant les plus fortunés qu’ils assomment les classes populaires en tirant vers le bas tout le corps social et en creusant toujours davantage les inégalités entre pays, entre régions, entre travailleurs, entre citoyens.

Dans ce monde-là, les profits sont privatisés et distribués à une poignée d’actionnaires-propriétaires tandis que les pertes sont socialisées. Pratiquer l’évasion fiscale et rejoindre les paradis fiscaux est devenu une ambition essentielle d’une oligarchie qui n’a que faire de l’intérêt général.

De partout, le monde notamment avec « les indignés » crie sa soif de justice. Le virus de l’inégalité, associé au refus d’écouter les peuples lime patiemment les fondements mêmes des sociétés et de notre république.

L’égalité en droit, à l’origine et au cœur du projet républicain depuis 1789, est détournée, minée, attaquée. Notre constitution proclame des droits, notamment ceux permettant d’accéder aux besoins élémentaires vitaux tel que se nourrir, se loger, se déplacer, se soigner, accéder à l’énergie, à l’éducation, à la culture…, bref aux biens communs humains.

Mais dans les faits, pour des millions d’individus, ces droits élémentaires sont inaccessibles, remis en cause sous la pression des maîtres de la finance qui désormais dominent tout, orientent les choix économiques, s’accaparent les biens publics pour en faire des centres de profits au détriment des biens communs, détruisent les protections sociales pour que des assurances privées en fassent leur miel, affaiblissent l’éducation, la création culturelle ou l’information transformées en valeur marchande.

Services publics, protection sociale, éducation, culture ne sont plus considérés que comme de vulgaires variables qu’il conviendrait d’ajuster en fonction des pressions financières exercées sur l’État et des « recommandations » bruxelloises. La dé-civilisation est à l’œuvre ! Il faut urgemment la stopper !

Un tout petit groupe de propriétaires de fonds de pensions, de banquiers et de rentiers pilotent de très loin et de très haut, à l’abri des regards des peuples, depuis les arcanes du Fonds monétaire international ou de la Banque centrale européenne, ce monde de brutes, qu’ils estiment leur appartenir, avec l’aide de petits commis politiques.

Un actionnariat prédateur pille les richesses produites par chacune et chacun, met les travailleurs du monde entier en concurrence et grossit l’armée de réserve des chômeurs pour abaisser les rémunérations et les protections sociales. Tous les choix sont mis à distance des populations, les souverainetés populaires sont ébréchées, fissurées, niées.

Ce n’est plus supportable ! Aucun humaniste, aucun progressiste ne peut rester spectateur ! Pour des raisons morales et humaines, mais aussi parce que si rien ne change, la marmite des inégalités pourrait bien exploser et produire le pire pour les personnes, la faune, la flore et la planète.

Tout est fait pour éviter que leurs causes profondes puissent être mises à jour. Pour cela est organisée la grande diversion de la chasse aux boucs émissaires ou le refuge dans la pensée simpliste. La voisine, celui qui n’aurait pas la même couleur de peau, ou, comble du cynisme, les plus pauvres sont désignés, au choix, comme voleurs de travail à ceux qui ont la chance d’en avoir un ou qui en cherche, ou comme des « assistés », voleurs de salaire ou de prestations sociales. Peu à peu, la question sociale s’en trouve effacée des consciences au profit de la question identitaire qui fait le lit de tous les racismes et le miel d’un capitalisme de plus en plus sauvage.

Tout se passe comme si les pages les plus sombres de notre histoire se ré-ouvraient devant nous, avec une crise de l’idée d’égalité dont l’histoire nous a enseigné qu’elle détruisait l’idée de démocratie. Une guerre idéologique d’une rare intensité vise à renvoyer le projet même d’égalité à une dangereuse chimère, pourvoyeuse de nivellement par le bas, obstacle à l’épanouissement personnel ou douce utopie incompatible avec le développement de nos sociétés dont l’efficacité ne serait possible que dans la compétition.

De l’égalité des droits, on est passé à la notion « d’égalité des chances » qu’il faudrait savoir saisir, sous peine d’être traité d’attardé ou d’incapable.

Ainsi les profiteurs et les exploiteurs sont mis à l’abri du débat public, leurs responsabilités dans le creusement inédit des fractures inégalitaires de toutes sortes, sont écartées. Tout le monde en parle, mais c’est toujours pour mieux détourner l’attention de leurs causes afin de faire accepter les ressorts qui y conduisent.

(…) Si l’inégalité de revenu est l’une des facettes du problème à résoudre, elle en engendre beaucoup d’autres, de toutes sortes. Celles-ci interagissent entre elles. Toutes doivent être combattues pour qui vise à l’émancipation humaine. Ainsi, la faible éducation ou formation, favorise-le sous emploi ou le chômage, qui lui-même favorise l’éclatement des familles, source de précarité et de pauvreté. La ségrégation métropolitaine à l’œuvre avec la cherté du logement conduit à la concentration des plus fortunés, des plus éduqués, au cœur des villes quand les couches les plus populaires et les personnes âgées sont sans cesse repoussées à l’extérieur, aux périphéries.

Les mécanismes de ghettoïsation à l’œuvre accouchent de mortifères impasses pour des générations de jeunes. Inégalités sociales, de genre, territoriales, salariales, scolaires, discriminations liées à la couleur de la peau, à l’origine, à la religion fracturent désormais la société française et abiment, meurtrissent chaque jour un peu plus la République et ses principes de Liberté et de Fraternité, considérés au mieux comme abstraits, au pire comme des mensonges.

L’austérité, ajoute encore à la destruction des solidarités traditionnelles dont celles dans la famille, le recul des services publics de proximité, l’amputation des moyens des collectivités territoriales ou ceux du tissu associatif. La progression des injustices et des inégalités agit comme un rabot patient et obstiné qui souvent, en silence, décompose les liens sociaux et les solidarités.

Les bases de la société commune, les moyens du « commun », vacillent dangereusement. Déjà la grande crise de l’égalité commencée dans les années 1930 avait nourrit le développement du nationalisme, de la xénophobie. A l’époque déjà, il avait été proposé comme horizon de faire des principes d’identité le remède à la question sociale. Malheureusement tout ceci est à nouveau là.

C’est un venin mortel qui affaiblit la démocratie. C’est parce que nous ne voulons pas le laisser prospérer que l’Humanité-Dimanche entreprend ce long travail de débat, de réflexions de mise en commun pour repenser dans les conditions d’aujourd’hui l’idée et le projet d’égalité. L’égalité comme le cœur d’une société nouvelle, comme moyen et but pour faire vivre le commun.

De nombreuses recherches sont conduites sur ces questions qui, malheureusement, n’atteignent que rarement la sphère politique et l’indispensable appropriation citoyenne. Modestement, nous espérons pouvoir aider à réduire ce fossé, tout simplement parce que sans égalité, la République n’est pas. Elle risque l’effondrement. (…)

« Il ne peut y avoir ni vraie liberté, ni justice dans une société si l’égalité n’est pas réelle » proclamait Condorcet en 1794. Il devient urgent de retrouver les chemins de l’égalité, indissociable de l’idéal républicain que nous avons à cœur de revivifier en puisant dans ses fondements révolutionnaires et populaires. Nous souhaitons ainsi contribuer à la mise à l’offensive des forces de progrès pour reconquérir l’égalité, sans laquelle la République se dédit et se renie, vidant du même coup de leurs sens ses principes de liberté et de fraternité.

Patrick Le Hyaric- Député (GUE) européen – Source