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Au-delà des scandales financiers autour de Mathieu Gallet, la grève à la Maison ronde s’inscrit contre la politique gouvernementale de restrictions budgétaires.

Voilà à peine plus d’un an, à la surprise générale, le CSA nommait Mathieu Gallet à la direction de Radio France. Propulser un jeune loup de 37 ans à la tête du vaisseau, c’était risqué. Et pour la radio, et pour le CSA. Or, depuis le 18 mars, les tuiles s’enchaînent. D’abord avec la publication par « le Canard Enchaîné » du coût des travaux de rénovation du bureau du nouveau directeur : 105 000 euros.

La note passe mal auprès des salariés, quand l’entreprise, plombée par son chantier de rénovation, doit rogner sur les dépenses au moment de négocier son nouveau contrat d’objectifs et de moyens (COM) avec son ministère de tutelle. Un contrat qui l’oblige à compenser un déficit de 21,3 millions d’euros et à mener un plan d’économie de 50 millions.

Du coup, le personnel craint une suppression de 200 à 300 emplois, sous la forme de départs volontaires. Plan confirmé par la direction. C’est contre ce projet que s’inscrit la grève entamée le 19 mars, lancée par les syndicats, qui demandent également la fin des externalisations de l’entretien et de la sécurité, le maintien des orchestres au sein du groupe et des effectifs sur le réseau France Bleu.

L’inquiétude est forte.

Le 25 mars, au septième jour de grève, pour la première fois, des producteurs de France Inter, de France Culture et de France Musique s’associent pour publier dans « Libération » une lettre ouverte aux auditeurs informant « des risques qui pèsent sur la radio publique française », pointant notamment une « constante détérioration » et une baisse continue des budgets.

Ce même jour, le Canard révèle le montant d’un contrat de communication – passé en externe et sans appel d’offres –dont bénéficie le patron de Radio France : 90 000 euros. Selon Gallet, la rénovation de son bureau répond à un budget voté en 2014, avant son arrivée. Ce que Jean-Luc Hees, son prédécesseur, dément.

Dans tous les cas, Gallet aurait pu suspendre les travaux. Sur le contrat de com, la direction précise qu’il succède à « deux autres contrats de conseil d’un montant équivalent » et qu’il sera « remis en concurrence » après un an.

Finalement, ces révélations en disent plus sur le fonctionnement de Radio France que sur Mathieu Gallet, puisqu’elles touchent autant cette mandature que la précédente. Il n’empêche, le jeune patron ne manque pas de maladresse. Est-ce bien la peine d’avoir un conseiller en communication ? Face aux syndicats, il paye sans doute son estampille à droite, avec ses fonctions au ministère de la Culture sous Christine Albanel puis Frédéric Mitterrand. Il paye aussi la réputation d’un train de vie. Est-ce bien malin d’arriver en Porsche à la Maison ronde ? A fortiori quand on a déjà un chauffeur personnel…

À sa décharge, Mathieu Gallet doit faire face à un héritage : une baisse importante des dotations de l’État. Il a formulé des propositions, comme l’élargissement du type d’annonceurs sur les antennes. Propositions refusées ou jugées insuffisantes par la tutelle, butée sur les restrictions budgétaires. C’est bien cela que refusent les salariés, ce « désengagement de l’État », comme l’a souligné Marie-George Buffet à l’Assemblée le 25 mars.

Pour le coup, les scandales financiers autour de Mathieu Gallet n’ont « qu’un impact marginal sur le mouvement », estime Lionel Thompson, secrétaire SNJ-CGT à Radio France. « La grève est clairement inscrite contre la politique d’austérité du gouvernement, qui met le déficit financier sur le dos de Fillon. Le précédent COM prévoyait 13 % d’augmentation du budget. En 2012, on est sorti de cette trajectoire pour se retrouver avec un manque à gagner de 87 millions d’euros, ce qui condamne Radio France à l’asphyxie et à prendre des mesures de restructuration touchant à l’emploi. Le gouvernement et la direction se renvoient la balle. De fait, les négociations avancent au millimètre et la confiance est largement écornée. »

De là à réclamer la tête de Mathieu Gallet… Sûrement pas, disent les syndicats, « même si on voit bien qu’il n’a pas le soutien du gouvernement. Mieux, ça l’arrange parce que ça fragilise le CSA au moment où celui-ci doit choisir le patron de France Télé. C’est un billard à trois bandes. » C’est aussi un trouble jeu qui risque l’enlisement.

Jean-Claude Renard Article paru dans Politis n° 1347

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