Arrêtez de parler de « tripartisme » …

La presse est ainsi faite qu’elle a besoin d’un mot-clé après chaque grand événement.

Au lendemain des élections européennes et du bon score réalisé par le FN, la plupart des éditorialistes plaçaient cette formation politique comme le « premier parti de France ». Et tant pis si l’élément de langage, venu tout droit du Front national, était largement erroné.

L’heure est au tripartisme

Ce dimanche, le leitmotiv des commentateurs du scrutin départemental est tout trouvé : UMP-PS-FN, l’heure est au TRI-PAR-TISME.

Au PS, Jean-Christophe Cambadélis confirme l’installation d’une « forme de tripartisme dont l’un des partis est d’extrême droite ». Au Monde, le député UMP Thierry Mariani ne dit pas autre chose : « La vie politique française a désormais un autre visage et s’oriente vers un tripartisme durable. »

Et la presse reprend évidemment en chœur ce concept.

Capture Gogle

Capture d’écran de Google Actualités

La montée et l’ancrage du FN sur la scène politique française justifieraient donc que l’on entérine l’entrée de la France dans l’ère du tripartisme.

De quoi agacer l’éditorialiste d’iTélé Claude Askolovitch, qui demande solennellement à ses confrères de cesser d’employer ce terme pour qualifier la situation politique actuelle.

Confrères ? Cessez d’ utiliser le mot « tripartisme » à tort. Le tripartisme était un GOUVERNEMENT de 3 partis (PC/SFIO/MRP) à la Libération !

— claude askolovitch (@askolovitchC) 29 Mars 2015

Cela suppose des alliances

Un rappel historique semble en effet nécessaire. Le terme de tripartisme sert à qualifier la coalition gouvernementale formée entre 1946 et 1947 par les trois principaux partis politiques français à la Libération :

  • la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) ;
  • le Parti communiste français (PCF) ;
  • et le Mouvement républicain populaire (MRP).

Mais qui dit coalition, dit alliances politiques. Or, dans le contexte actuel, il est très, très illusoire d’imaginer le Parti socialiste, l’UMP et le Front national passer un pacte pour gouverner.

En février, le chercheur spécialiste de l’extrême droite Jean-Yves Camus insistait sur ce point : « Le tripartisme signifie la possibilité pour deux au moins des partenaires du jeu de gouverner ensemble. »

Vers une « tripolarisation » ?

Certains préfèrent donc au terme « tripartisme » celui de « tripolarisation », c’est-à-dire un système où trois partis ou coalitions se disputent le pouvoir.

La France a par exemple connu une telle situation dans les années 60, lorsque la vie politique se structurait autour de trois familles (gaullistes, socialistes, communistes) et dans les années 70 (centristes, gaullistes, socialistes).

Certes, on n’en est pas tout à fait là : Marine Le Pen qui, avec une dizaine de mairies et quatre parlementaires, est encore loin de concurrencer le PS ou l’UMP. Mais son influence est indiscutable.

L’histoire nous montre surtout que sous la Ve République, les épisodes de tripolarisation ne durent jamais très longtemps. Sur les trois formations politiques qui dominent aujourd’hui, celle qui n’atteindra pas le second tour de l’élection présidentielle de 2017 sortira de cette épreuve très abîmée.

Voire éclatée.

Perrotin David, Rue 89 – Titre original « Oui, le FN s’installe, mais arrêtez de parler de ‘tripartisme’» ! Source de l’article     

Aller plus loin.


 

Autre avis trouvé sur le net

Le tripartisme ne durera pas

Les commentateurs, notamment  les journalistes et les politologues  qui se sont lourdement trompés sur le résultat des élections départementales, tentent de nous persuader que nous sommes entrés dans une  longue période politique nouvelle, celle du tripartisme.

Il est vrai que ces élections en donnent l’apparence mais il est probable que cette situation (pour autant qu’elle soit réelle) ne pourra pas durer, car, elle n’est vivable, ni avec nos traditions, ni  avec notre système politique et électoral.  Ceux qui sont conscients de ce caractère provisoire,  parient pour un retour au bipartisme avec écroulement d’un des deux partis dits « républicains » PS ou UMP.  Je n’y crois pas une seule seconde et je pense que la situation évoluera (et cela a déjà  commencé) dans un sens bien différent.

J’ai le sentiment que nous allons, et nous le constaterons sans doute dès les élections régionales de décembre 2015,  vers un multipartisme (constitué de cinq partis)  avec un bloc archi dominant.

Ces cinq partis, pour l’essentiel déjà existants, mais en pleine évolution,  basés sur de réelles différences idéologiques, devraient pour un temps assez long structurer la vie politique française.

Un Front de Gauche élargi aux écologistes de gauche et aux plus extrémistes des frondeurs   représenterait ce courant souverainiste, étatiste et égalitariste fortement  inscrit dans la tradition française. Il  pourrait  peser un peu plus de 12%.

Le Parti Socialiste, converti à une sociale démocratie molle,  affaibli,  amoindri, coupé d’une partie de son aile gauche qui rejoindra le Front de Gauche et de son aile droite qui pourrait trouver sa place dans le nouveau parti de Nicolas Sarkozy,  ne devrait guère dépasser les 18%.

Un Parti Centriste et Européen (constitué en réalité de libéraux et de réformateurs de droite) qui regrouperait l’UDI et le MODEM,  pourrait bénéficier de quelques transferts venant des écologistes « libéraux », de MRG déçus par le PS, et de « non politisés ». En revanche de nombreux adhérents actuels s’en éloigneront,  attirés par le parti de Nicolas Sarkozy qui va se trouver avoir le vent en poupe. Comme le Front de Gauche on peut estimer  le poids des Centristes à environ 12%.

Le Front National, sèchement stoppé  dans sa progression par le retour de Sarkozy, et son manque évident de cohérence, va mécaniquement se trouver sur une pente déclinante pour, d’ici quelques mois, ne plus dépasser les 21/22%.

Reste, si l’on tient compte de  2 à 3% de divers, autour de 35%  pour le Nouveau parti de droite bonapartiste,  dirigé et dynamisé par Nicolas Sarkozy, qui  remplacera l’UMP, que nous appellerons « Les Républicains ».  Avec le Parti centriste, Les Républicains pourraient constituer un bloc archi dominant d’un niveau pas très éloignés des 50%.

S’il reste uni, et on peut supposer que  tous ses responsables  auront l’intelligence de s’y efforcer,  ce bloc de droite remportera sans difficulté les régionales et, avec Nicolas Sarkozy,  les présidentielles…comme les législatives qui suivront.

Assez vite, avant même les prochaines régionales, des sondages devraient nous renseigner sur la crédibilité  que l’on peut donner à cette nouvelle situation politique.

Marc d’Héré Source de l’article 

 

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