Arrêter de louvoyer…

Conflit israélo-palestinien. Avec l’opération Bordure protectrice en 2014, le conflit a atteint un point de non-retour.

Pierre Puchot, journaliste à Mediapart, revient sur les enjeux du conflit.

Après les opérations Plomb durci (20081, Pilier de défense (2012) et Bordure protectrice 12014), Israël semble en état de guerre permanent…

Pierre Puchot – La majorité au pouvoir en Israël n’envisage pas le retrait des colonies de Cisjordanie, ni leur démantèlement, et ne considère pas le Hamas, élu démocratiquement en 2006, comme un partenaire possible. Face à une Autorité palestinienne discréditée et sans projet politique, il ne reste donc plus à ce gouvernement qu’à poursuivre sa fuite en avant dans son discours et sa logique sécuritaires, et à contribuer à l’escalade meurtrière comme on l’a vu cet été. Cette logique ne mène nulle part. Mais pour l’heure, le gouvernement israélien n’en a pas d’autre.

Certains réservistes de l’armée israélienne désertent, des militaires de l’ONG Breaking the Silence témoignent… Ces voix dissidentes ont-elles un poids?

Leurs témoignages sont essentiels pour comprendre l’escalade de la violence et les pratiques de l’armée israélienne, tout comme il est important de documenter celles du Hamas qui s’est rendu coupable de crimes de guerre au cours de certaines offensives.

Le bombardement massif par l’armée israélienne du quartier de Chajaya à Gaza n’était pas dans la logique de Plomb durci, ni de Pilier de défense. A quoi devra-t-on s’attendre la prochaine fois? Ces témoignages de soldats demeurent très isolés dans une opinion publique qui fait massivement corps derrière son armée.

Où en est le mouvement national palestinien?

Dans l’impasse. L’accord entre le Hamas et le Fatah, officialisé en avril, n’a apporté aucun progrès. Quant au président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, il n’a aucune légitimité, puisque son mandat s’est arrêté fin 2008. Le Hamas, lui, est marginalisé au plan international et en interne. Il n’a pas pu profiter des printemps arabes pour rompre son isolement, a subi de plein fouet le coup d’État militaire de 2013 en Égypte, et se retrouve dans une situation précaire sur le plan financier. A Gaza, le peu de prestige qu’il avait regagné à l’été 2014 est à nouveau diminué par son incapacité à améliorer le quotidien des Palestiniens.

La reconnaissance d’un État palestinien par l’Assemblée nationale, et le soutien du Parlement européen constituent-ils des avancées?

Il faut arrêter de louvoyer : ni les Etats-Unis, ni les États européens n’estiment avoir intérêt à s’engager en faveur des Palestiniens. Dans l’esprit des diplomaties occidentales, France et Etats-Unis en tête, Israël est le seul État stable de la région et représente leur meilleur allié dans une logique de projection de puissance stratégique. Conserver une bonne relation avec l’exécutif israélien est essentiel pour les Occidentaux comme pour la Russie. Dans le même temps, les Palestiniens n’ont rien à offrir. En dehors de l’arme du boycott et de la campagne BDS [Boycott, désinvestissement, sanctions – ndlr] qui prend de l’ampleur, et portée
par la société civile palestinienne, ils n’ont aucune arme pour négocier et Israël dicte l’agenda.

Les dissensions entre Obama et Netanyahou à la suite de son discours au Congrès américain changent-elles la donne?

La relation entre Israël et les Etats-Unis est fondée sur une communauté d’intérêts: les Etats-Unis misent sur Israël car ils considèrent ce pays comme le seul stable de la région. Ce constat ne changera pas, quand bien même Obama et Netanyahou ne s’entendent pas, ce qui n’est pas nouveau.

Propos recueillis par Mathieu Dejean – Les Inrocks N° 1006