Après le 22 mars, ou en sera le PCF ?

Voilà un de ces articles dont « Atlantico » a le secret, l’objectivité n’étant jamais son fort. Hélas ce n’est pas mettre de l’huile sur le feu que de relayer les propos réalistes tenus dans cet article, toutefois il eut été plus juste d’organiser au moins un débat avec au moins un représentant de ce parti incriminé. Chacun à l’issue du premier tour le 22 mars au soir, fera ses comptes, il reste néanmoins nécessaire pour l’équilibre démocratique, qu’une véritable expression de gauche subsiste dans l’échiquier politique. MC

Eddy Fougier : On constate un déclin historique du Parti communiste, que ses membres ont essayé de stopper en créant une alliance de la gauche radicale autour du Front de gauche, notamment lors de l’élection présidentielle de 2012. Jean-Luc Mélenchon a pu laisser croire qu’une reconquête de l’électorat était possible, et il persiste aujourd’hui en prenant Syriza pour exemple.

La gauche radicale, dont le PC, veut croire à un retournement historique en sa faveur, grâce au rejet des politiques austéritaires.

Les élections municipales ont été un très mauvais signal lancé par les électeurs en direction des communistes, puisque ces derniers ont perdu un certain nombre de bastions. Les intentions de vote dans le Val-de-Marne et l’Allier pour les départementales laissent à penser que la droite a des chances de l’emporter. Malgré l’optimisme dont les militants tentent de faire preuve, la situation n’est pas rassurante pour le PC.

Il est à noter que des alliances se façonnent au-delà du Front de gauche, avec EELV notamment. Du côté de Pierre Laurent, se dessine la volonté de mettre en place une grande alliance qui irait des  Frondeurs du PS jusqu’au Parti de Gauche en passant par les écolos et les communistes. Le PC vit des heures dramatiques, mais la gauche radicale globale lui offre, dans une certaine mesure, une porte de sortie.

Sylvain Boulouque : Nous touchons ici à la fin du phénomène communiste. Né comme parti en 1920, le PCF s’apprête à s’éteindre. La disparition est symbolique. Elle marque la fin de la faucille et du communisme rural, incarné par l’Allier, et du marteau, avec le communisme ouvrier et ses bastions inexpugnables des « banlieues rouges ».

En dépit de proclamations contraires, le PCF prend cet état de fait avec fatalisme. Il sait que seul, il est automatiquement vaincu. Il ne lui reste que les alliances. Lorsqu’elles se font avec les autres forces du Front de gauche, elles sont limitées et ne laissent guère plus d’espoir. Il faut une large coalition pour que le PCF espère se maintenir, pour partie et pour partie seulement, dans les exécutifs locaux.

Dans ces fiefs départementaux, le PCF tient avec l’appui de toute la gauche, socialistes et Verts notamment. Le Parti paie-t-il le prix d’une gauche au gouvernement ? Peut-on imputer ses difficultés à la désunion de la gauche au niveau local ?

Eddy Fougier : Je ne mettrais pas les difficultés du PC sur le dos de la désunion de la gauche, car Mélenchon pense précisément que le fait qu’un gouvernement de gauche mène une politique qualifiée par beaucoup « de droite » peut être propice à un réveil de la gauche de la gauche, représentée par le Parti de gauche et le Parti communiste.

Cependant les élections de 2014, municipales comme européennes, ont montré que ce n’était pas le cas. Pour les européennes, à un moment donné le Front de gauche avait estimé envisageable de devancer la liste du Parti socialiste. Or même si la liste PS s’est effondrée, le Front de gauche est arrivé loin derrière. C’est le Front National qui profite de la désunion et du rejet de la gauche au pouvoir.

Sylvain Boulouque : C’est une combinaison plus complexe, les trois éléments appartenant à la réponse … La victoire du PCF dans ces deux départements, en 2008, relevait de la vieille stratégie d’union de la gauche. Le candidat de gauche le mieux placé restait seul en lice au deuxième tour, ce qui a permis le maintient du Val de Marne et la « reconquête » de l’Allier. En revanche cette stratégie ne s’appliquait plus dans d’autres départements de la petite couronne.

Parallèlement, comme tout le reste de la gauche, le PCF est en retrait et paie le recul de la gauche dans la société française. Enfin d’une manière générale, la question de l’Union de la gauche est secondaire. Quand, la gauche progresse elle ne se pose pas.

Aux municipales, certaines villes historiquement de gauche (la « banlieue rouge » etc) sont tombées aux mains du PS ou de la droite. Perdre les deux derniers départements serait une nouvelle catastrophe pour le PCF. Au-delà de l’aspect symbolique, le parti pourrait-il s’en relever ? Quels sont les enjeux pour lui ?

Eddy Fougier : Beaucoup de bastions, comme celui de Saint-Denis, sont déjà tombés. Que les communistes perdent leurs derniers départements, ce serait un symbole supplémentaire du déclin du parti. Ce déclin n’est pas seulement politique, il est aussi financier : avec moins d’élus, ce sont aussi les finances du parti qui rétrécissent.

D’après les chiffres du Ministère de l’Intérieur, les listes Front de gauche sont présentes dans un peu plus de 50 % des départements, ce qui s’explique par le faible nombre de militants, et les moyens qui ont considérablement diminué. Le Front de gauche a permis pendant un temps de nourrir l’illusion selon laquelle le déclin historique de la gauche de la gauche pouvait être stoppé.

sera intéressant d’observer comment sera gérée la question clé du candidat à la présidentielle : le porte-parole d’EELV, Julien Bayou, proposait une grande primaire de la gauche radicale, mais celle-ci n’est pas partie pour se concrétiser. Si les communistes perdent leurs deux départements, il n’ira pas de soi que l’un d’entre eux prenne la tête du Front de gauche en 2017.

Sylvain Boulouque : Le PCF sous sa forme historique est mort, c’est devenu une pièce d’antiquité. Il en reste quelques vestiges : des municipalités, une partie de l’appareil de la CGT, de nombreux universitaires philocommunistes, mais même le système communiste a disparu avec l’effondrement de l’URSS. On assiste à la dernière phase de la décomposition du cadavre.

Il ne reste plus, à peine, que 20 communes de plus de 30 000 habitants dirigées par une équipe communiste, contre 72 en 1983, et à peine une centaine de plus de 3 500 habitants.

Le PCF apparaît désormais, non plus comme le parti des lendemains qui chantent, mais comme une structure issue des années 70-80. Le parti ne semble plus incarner les espoirs et les aspirations des classes populaires ou des étudiants, pourquoi ?

Eddy Fougier : Selon un sondage Harris-Interactive, les listes Front de gauche sont celles où l’âge moyen des candidats est le plus élevé. Dans la composition sociologique, la catégorie la plus représentée est celle des retraités. Les ouvriers actifs ne sont plus très nombreux. Les militants ont vieilli, mais les idées aussi : le logiciel du PC dans l’analyse qu’il fait de la situation de la société, et les solutions qu’il prône, ne correspondent plus aux attentes des catégories populaires.

Ce qui dans la bouche de George Marchais pouvait être encore audible et intéresser les ouvriers ne fonctionne plus aujourd’hui. C’est la même critique du capitalisme, du patronat, et la même volonté de mettre en place une régulation de l’économie, une politique axée sur la redistribution et la justice sociale.

Sylvain Boulouque : L’impossibilité d’adapter son discours et, surtout, l’impossibilité d’avoir fait le deuil de l’URSS sont les deux raisons majeures. Dès lors, cherchant à sauver le nom de communiste les communistes ont creusé leur propre tombe.

Beaucoup de commentateurs se sont intéressés à la récupération du vote communiste par le Front National, les voix des ouvriers notamment. Cela se ressentira-t-il lors des élections départementales de mars 2015 ?

Eddy Fougier : Les ouvriers ont deux voies privilégiées pour s’exprimer lors des élections : l’abstention ou le vote protestataire. Ce dernier était à une époque orienté vers le PC, et depuis les années 80 il est de plus en plus dirigé vers le FN. L’idée de départ est toujours la même : l’État de la société est critiquable, et d’une manière ou d’une autre il faut en changer. Le PC a été naïf en ce qu’il était persuadé que les ouvriers voteraient toujours pour lui…

En 2012, Mélenchon était loin d’être celui qui rassemblait la majorité des votes ouvriers. Pour ces départementales, on ne voit pas bien pourquoi le PC, et plus largement le Front de gauche, connaîtraient un destin plus favorable.

Le gouvernement est impopulaire, 75 % de la population n’est pas satisfaite par la façon dont Hollande dirige le pays : je ne vois pas pourquoi les ouvriers décideraient de soutenir le gouvernement, ni pourquoi ils adhéreraient au discours du PC, qui n’est pas très audible aujourd’hui. Pierre Laurent s’est d’ailleurs plaint de ne pas être suffisamment invité par les médias.

Sylvain Boulouque : Il faut des études précises pour répondre à cette question. Pour le moment, il semble que ces reports sont marginaux. Ce ne sont pas les mêmes ouvriers qui votent pour le PCF et pour le FN, ni les mêmes générations. Le FN récupère d’abord l’électorat ouvrier de la droite traditionnel selon les études semblent surtout gagner sur les catégories plus jeunes et les moins diplômées.

Blog Atlantico – Titre original “Que restera-t-il au PCF suite à la perte probable de ses deux derniers départements ?” – Source de l’article

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