Et si le vrai paradis de la gauche, c’était les Etats-Unis?

A compter du 28 février, il sera légal de consommer du cannabis dans le district de Columbia. C’est-à-dire qu’on pourra fumer un joint devant la Maison Blanche ou le Congrès des Etats-Unis. La loi est même très généreuse : les résidents et les visiteurs assez âgés pour boire une bière pourront posséder sans être inquiétés assez de cannabis pour cent joints. Ils pourront le transporter, le partager, le fumer et même le faire pousser.

Ce n’est pas le seul tabou qui vient de tomber : le 18 février, Kate Brown est ainsi devenue la première gouverneure bisexuelle d’un État américain (l’Oregon). Elle a été accueillie dans le Parlement de l’état par une speakerine lesbienne, Tina Kotek. Au total, trente-sept États américains reconnaissent désormais le mariage gay, dont tout récemment l’Alabama, le second État de la « ceinture biblique » sudiste à le faire, après l’Arkansas en mai 2014.

Or, que ce soit pour le cannabis ou le mariage gay, les Etats-Unis doivent ces bouleversements à des années de mobilisation citoyenne et à des référendums gagnés sur le terrain : de la vraie démocratie participative, en somme. Et si les Etats-Unis étaient le paradis de la vraie gauche : celle qui, à force de mobilisations, de militantisme, de conviction et d’humanisme, finit par remporter des batailles à la loyale?

A commencer par celle de la peine de mort. En 2014, les tribunaux américains ont peu condamné à la peine capitale. C’est même le chiffre le plus faible en vingt ans : soixante-douze condamnations. Même constat pour les exécutions, en chute libre, et la tendance semble irréversible.

Et la pauvreté? Et la couverture santé?

Être de gauche, c’est aussi s’inquiéter des laissés-pour-compte, non? Le lieu commun voudrait que les Etats-Unis soient plus durs avec les plus faibles que nous autres Français et Européens. En fait, le taux de pauvreté américain recule depuis dix ans et s’établit aujourd’hui à 14,5% de la population. En France, il est en progression constante et tourne aujourd’hui autour de… 14%.

Match nul entre nos deux pays (et l’Europe en général). La santé maintenant. En 2013, 86,6% des Américains avaient une couverture santé publique ou privée. Cela laissait 42 millions de personnes sur le carreau. Depuis 2013, plus de 11 millions d’Américains ont souscrit au fameux Obamacare. Ce qui signifie qu’aujourd’hui, un peu plus de 90% des Américains ont une couverture santé complète. En France, seulement 89% d’entre nous environ combinaient Sécu et mutuelle. Une fois de plus, match nul.

En termes d’emplois (des vrais, industriels et à plein temps), la différence est, pour le coup, abyssale : en janvier, les entreprises américaines ont créé plus 275.000 jobs, ramenant le taux de chômage à moins de 6%. A 5%, ce sera le plein-emploi. Rappelons par ailleurs que le salaire minimum n’a cessé d’être augmenté avec pour but d’atteindre 10 dollars de l’heure en 2017. Mais la vraie différence est ailleurs : moins de 2% des Américains sont aujourd’hui payés au Smic, contre 13% des salariés français.

Même contre le « lobby financier », les Etats-Unis font largement mieux que nous : les banques américaines ont versé en deux ans plus de 100 milliards d’amendes au Trésor. Les banques européennes, rien. Ah si, plusieurs milliards… aux Etats-Unis.

L’austérité?

Les Etats-Unis ne l’ont jamais pratiquée. Impôts directs progressifs plutôt qu’impôts indirects? C’est justement le modèle américain. Aux Etats-Unis, en somme, c’est Mélenchon qui a gagné et depuis longtemps.

Anthony Bellanger – Les Inrocks N° 1004 – Titre original « yankees, go France! »

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