Libye. Vers une deuxième intervention ?

Le Caire procédait hier à des bombardements sur des positions de « l’État islamique » en Libye après la décapitation de vingt et un coptes. L’Égypte en appelle à une nouvelle mission de la coalition.

Lorsque la milice du Conseil consultatif de la jeunesse islamique, basé à Derna en Libye, prêtait allégeance à l’organisation dite de « l’État islamique » (EI), en octobre 2014, Abdel Fattah Al-Sissi savait que le pire était à venir. Dimanche, le président égyptien en a eu la confirmation alors que le groupe revendiquait la décapitation de vingt et un coptes égyptiens, kidnappés sur le sol libyen.

« Aujourd’hui, nous sommes au sud de Rome, sur la terre musulmane de la Libye (…), cette mer dans laquelle vous avez caché le corps du cheikh Oussama ben Laden. Nous jurons devant Allah que nous allons la mêler à votre sang », professe un membre de « l’EI » dans un message.

Dès lundi, des avions de combat égyptiens ont bombardé des camps et des dépôts d’armes de « l’EI » en Libye. Le Parlement libyen, dont l’autorité reste contestée par une coalition de milices, assure que ces « opérations terroristes n’affecteront pas les relations » entre les deux pays frontaliers.

Le drapeau de «l’EI» 
flotte sur Derna

Outre le nord de l’Irak et de la Syrie, Derna, ville de 100 000 habitants dans l’Est libyen, est devenue la première zone administrée par « l’EI » sur la rive méditerranéenne. Des journalistes de CNN constataient en novembre dernier que le drapeau noir de « l’EI » flottait sur tous les bâtiments administratifs, que des voitures de police portaient l’insigne du groupe et que le stade municipal était utilisé pour les exécutions publiques.

La mise en place de tribunaux islamiques serait, quant à elle, antérieure à l’allégeance à « l’EI ». Le ralliement du Conseil consultatif de la jeunesse islamique libyen, opéré sous la houlette de djihadistes égyptiens, saoudiens et des salafistes tunisiens d’Ansar al-Charia, avait précipité une visite en Égypte du premier ministre du gouvernement transitoire libyen, Abdallah Al-Theni, afin de discuter « des voies et moyens pour lutter contre le terrorisme et le crime organisé ». Dès le mois d’août, la Libye avait reçu l’assurance de voir l’Égypte s’engager à ses côtés afin de former l’armée et apporter des moyens techniques et logistiques.

Des camps d’entraînement, pour l’heure destinés aux islamistes locaux, ont commencé à sortir de terre dans l’est de la Libye. En décembre, le général David Rodriguez, le chef de l’US Africom, estimait qu’il s’agissait encore d’un « phénomène naissant », sans toutefois envisager d’intervention. « Nous devons juste continuer à surveiller et à regarder cela de près à l’avenir pour voir ce qui se passe et si ça se développe toujours », disait-il alors. La menace qui pèse désormais sur le puissant allié égyptien pourra-t-elle renverser la donne ?

Le président Sissi n’a jamais fait mystère de sa volonté de voir la coalition internationale cibler l’ensemble des groupes armés, où qu’ils se trouvent.

Hier, Le Caire confirmait sa position en demandant à Washington de prendre la tête d’une coalition en Libye.

La situation en Libye était déjà au cœur de la visite du président égyptien à Paris, en novembre 2014. Au cœur de cet État désintégré qui abrite de grandes réserves de pétrole, source potentielle de revenus, la contrebande est aisée pour les djihadistes de « l’EI ». De fait, la Libye constitue « un passage privilégié pour les aspirants djihadistes venus du Maghreb qui veulent aller combattre en Syrie ou en Irak », selon Riadh Sidaoui, directeur du Centre arabe de recherches et d’analyses politiques et sociales.

L’Égypte 
prise en étau

L’Égypte est ainsi prise en étau entre le chaos libyen et le groupe djihadiste Ansar Bait al-Maqdis, également rallié à « l’EI », qui opère au Sinaï. Cette mouvance, qui a prospéré sur le vide sécuritaire consécutif à la chute d’Hosni Moubarak en 2011, ciblait jusqu’alors les forces de 
sécurité égyptienne, en réponse à la répression des islamistes depuis la destitution du président Mohamed Morsi. D’aucuns craignent aujourd’hui que les civils ne constituent la prochaine cible. Plus de six cents Égyptiens auraient rallié les rangs de « l’EI » en Irak et en Syrie. De quoi craindre une « professionnalisation » des combattants de retour sur le sol égyptien.

La diplomatie Italienne face au chaos libyen.

L’Italie, à 350 km des côtes de la Libye, s’interroge sur le chaos chez son voisin. 
La ministre de la Défense, Roberta Pinotti, a envisagé, dans un entretien dimanche au Messaggero, une intervention italienne en Libye, sur le modèle afghan. « Sur la Libye, il faut de la sagesse, de la prudence et un certain sens 
de la situation », a nuancé le premier ministre, Matteo Renzi, hier. « La situation échappe à tout contrôle, mais ce n’est pas le moment pour une intervention militaire. » Par ailleurs, l’Italie a fait évacuer dimanche son ambassade et ses ressortissants.

Lina Sankari – Permalien 

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