LA DISCRIMINATION EST COUTEUSE

L’apport économique de l’immigration serait bien plus important si l’on favorisait l’insertion des travailleurs étrangers.

« Une chance nationale ». C’est en ces termes que François Hollande a évoqué l’arrivée de populations nouvelles dans notre pays, lors de son discours d’inauguration du musée de l’Histoire de l’immigration, le 15 décembre  [1]. Le dernier rapport officiel de la Direction recherches, études et évaluations statistiques (Dress) du ministère des Affaires sociales  [2], datant de juillet 2010, souligne que les immigrés seraient, en proportion, davantage bénéficiaires des allocations familiales, des allocations chômage et du RMI. De quoi apporter de l’eau au moulin de la droite.

Mais, à y regarder de près, la question est plus complexe. Dans le cas des allocations chômage et du RMI, cela s’explique en partie par la non-reconnaissance des formations professionnelles étrangères : en moyenne, les immigrés de formation supérieure sont moins susceptibles d’être embauchés que leurs homologues nés dans le pays (77 % contre 84 %)  [3]. Alors que, au contraire, les immigrés peu qualifiés sont davantage susceptibles d’obtenir un travail que leurs homologues nationaux (54,1 % contre 52,6 %).

Or, une récente note de l’OCDE  [4] confirme que l’emploi est évidemment le facteur le plus important dans la contribution à la fiscalité nette. C’est-à-dire que l’insertion dans le marché du travail est une condition sine qua non pour que l’immigration puisse produire des bénéfices. La discrimination a donc également un coût fiscal. S’agissant des aides familiales, les immigrés sont également davantage bénéficiaires que les locaux.

Mais c’est en partie justifié par le nombre d’enfants, en moyenne supérieur, dans les foyers originaires d’Afrique subsaharienne  [5]. Si les familles d’immigrés sont moins imposées et cotisent plus faiblement à la Sécurité sociale, elles contribuent en revanche à soutenir la consommation nationale, qui soutient la croissance. Elles accomplissent aussi des tâches que les autochtones répugnent à accomplir. Ce qui contredit l’idée selon laquelle ils seraient responsables du chômage.

Alors, qu’en est-il au total ?

Xavier Chojnicki, l’un des auteurs du rapport de la Dress, tire plusieurs conclusions qui diffèrent selon l’échelle adoptée. Sur une année, l’immigration aurait des effets positifs : « La contribution nette globale au budget de l’État serait ainsi positive, de l’ordre de 12 milliards d’euros pour l’année 2005 : un immigré aurait effectué en moyenne un paiement net de l’ordre de 2 250 euros, contre 1 500 euros pour un autochtone. »

Sur un cycle de vie, le rapport s’inverse : «  La contribution moyenne de cycle de vie des immigrés présents en France en 2005 apparait assez nettement négative (- 8 700 euros) et inférieure à celle des natifs (28 210 euros). » Cependant, si on entend la vision sur une période plus longue, de plusieurs générations, l’impact global de l’immigration redevient positif du fait de l’apport perpétuel d’individus d’âge actif et de la prise en compte de la contribution nette des descendants de ces immigrés.

On remarque cependant le faible impact de l’immigration sur les finances de l’État. Positif ou négatif, il ne dépasse que rarement 0,5 % du PIB. Sans oublier que, ce qui coûte, c’est davantage la discrimination que l’immigration…

Mais il n’est pas interdit de refuser une vision comptable qui se complaît à ranger l’immigré dans les deux colonnes d’un budget.

Marie Roy – Article paru dans Politis n° 1339

Couv Politis 1339


 

Nota Bene :

  1. D’après l’Insee, la France comptait 5,8 millions d’immigrés début 2013, soit 8,8 % de la population française.
  2. Migrations et protection sociale : étude sur les liens et les impacts de court et long terme, Xavier Chojnicki, Cecily Defoort, Carine Drapier, Lionel Ragot, Hillel Rapoport, rapport pour la Drees-Mire, juillet 2010.
  3. Perspectives des migrations internationales 2014, OCDE.
  4. Migrations Policy Debates, OCDE, mai 2014.
  5. « Les allocations familiales de base profitent pour leur part davantage aux personnes originaires d’Afrique non maghrébine (à près de 40 %) ». La population maghrébine y a elle aussi davantage recourt que les locaux (27 % contre un peu moins de 24 %).

 

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