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En juillet dernier, le gouvernement annonçait une hausse sensible des tarifs de l’électricité : en moyenne 0,90 € par mois… Que faire face à ces augmentations continuelles ? Une solution possible pour faire des économies d’électricité tiendrait dans de petits boîtiers.

L’effacement diffus, comment ça marche ?

Cet hiver, nombre de foyers ont eu à subir des coupures électriques en France, surtout en Bretagne et en PACA, des régions se situant en bout de ligne.
Le 08 février, on a même enregistré un pic record de consommation électrique avec 101 700 mégawatts consommés à 19h.

Cette surconsommation a bien entendu des conséquences tant économiques qu’écologiques. Et au moment où le réseau sature, ce sont des milliers de foyers qui se retrouvent dans l’obscurité.

Le principe de l’effacement diffus est de mettre certains de ses équipements en pause quelques minutes, afin de rééquilibrer le réseau électrique. Des fournisseurs d’électricité tels que Voltalis pour les particuliers, EnergyPool pour les industriels et les collectivités ou encore Ergelis se partagent le marché.

Des microcoupures pour économiser l’électricité

Pour le consommateur qui se porte volontaire (et qui se chauffe à l’électricité), le système paraît plutôt simple. Le technicien vient installer gratuitement le boîtier d’effacement diffus (BluePod chez Voltalis) sur le tableau électrique.

Lors du pic de consommation, le fournisseur d’électricité, informé grâce à Internet, a alors la possibilité de couper durant 10 à 15 minutes les appareils qui ne sont pas utilisés, comme les radiateurs ou le chauffe-eau. La coupure n’a lieu que lorsque l’économie globale est évaluée à au moins 10 mégawatts.

Ce sont ces modulations réalisées à grande échelle que l’on nomme effacement diffus.

Le boîtier permet également à chaque utilisateur de disposer d’une information fine en temps réel sur sa consommation personnelle. Le système offrirait donc la possibilité d’ajuster son abonnement et pourquoi pas modifier ses habitudes.

L’avantage serait double

Pour le consommateur, on « promet » une baisse de sa facture d’électricité jusqu’à 10% (soit de 50 à 250€), sachant que les microcoupures n’engendrent aucune perte de confort (elles sont trop courtes pour provoquer une gêne).

D’un point de vue environnemental et économique, l’effacement diffus permet d’éviter l’activation de centrales thermiques ou l’importation d’électricité. Voltalis avance une réduction de 30% des GES par bâtiment équipé de son BluePod.


 Arnaque explication !

L’effacement différé de l’électricité : une nouvelle niche de marché qui va coûter cher aux usagers !

Qui n’a pas déjà entendu l’argument qui consiste à dire que l’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme pas ? Et bien Voltalis l’a rêvé, le gouvernement le fait !

C’est à travers l’article 46 bis de la loi de « transition énergétique pour une croissance verte » en débat au Sénat à partir du 10 février que « l’effacement différé», ce nouveau marché juteux, va voir le jour.

L’effacement est un concept qui consiste à couper temporairement le fonctionnement des appareils électriques (radiateurs, chauffe-eaux) chez un professionnel ou un particulier pendant quelques minutes lors de pics de consommation ou non. Ce qui revient à décaler une consommation et non à l’annuler.

Une méthode bien différente du concept de maîtrise de la demande qui est vertueuse en soi, car il s’agit de réduire un gaspillage, donc sa consommation, et donc sa facture. Une confusion adroitement entretenue par Voltalis sous couvert de vertu écologique.

Il est prévu d’indemniser la Société Voltalis, dont la famille Mulliez est le principal soutien alors qu’elle est plutôt connue dans la grande distribution (AUCHAN), par un prélèvement supplémentaire sur les factures de tous les usagers d’électricité via la Contribution du Service Public de l’Électricité (CSPE). Il sera donc attribué une prime de 16,00 € /Mwh pour les opérateurs effaçant l’électricité chez les particuliers et les petites entreprises entre 7 heures et 23 heures

Ce système permet de faire pression sur les investissements pour le renouvellement de nouveaux moyens de production dont notre pays a besoin à court terme et il organise le concept de la décroissance énergétique.

On s’oriente vers une autre conception à l’opposée du système électrique actuel qui consistera à adapter les besoins au regard de la production. C’est encore en faisant les poches des usagers que l’on va enrichir les grands groupes capitalistes comme les petits affairistes !

Communique Presse – PCF- Paris, le 1er février 2015


Le boîtier de la discorde électrique

Vue de loin, l’affaire Voltalis pourrait faire sourire. Ce petit boîtier destiné aux logements «tout-électriques» est commandé à distance par l’industriel, pour alléger la consommation électrique sur le réseau français. RTE adore le principe, elle qui doit en permanence réguler l’offre et la demande électrique pour maintenir l’équilibre sur le réseau électrique. Quand c’est difficile, RTE contacte Voltalis, qui actionne à distance ses boîtiers et contribue à effacer la pointe de consommation.

Sur le papier, tout le monde y trouve son compte : le client qui voit sa consommation baisser (ça reste à prouver, voir plus loin), RTE qui gère au mieux son réseau, et Voltalis qui est rémunéré par RTE pour sa performance.

Tout le monde ? Et bien non, puisqu’EDF fait si bien la gueule qu’elle vient d’obtenir de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) que Voltalis l’indemnise pour le manque à gagner. Parce que bien évidemment, chaque kwh effacé n’est pas acheté et fait baisser le chiffre d’affaires d’EDF (et de ses concurrents).

Et c’est bien là toute l’ambiguité. EDF tolère que ses clients baissent le radiateur. Certes il y a un manque à gagner, mais pas d’industriel pour en profiter, et donc personne à punir (si ce n’est d’une hausse du prix du kwh qu’affectionne EDF par les temps qui courent).

Mais la firme de Gadonneix, qui vient de réclamer une forte hausse des tarifs pour financer ses gamelles dans le nucléaire et dans l’électricité britannique, ne saurait accepter qu’une petite boite se fasse du pognon sur son dos. Ce que réclame EDF suffirait probablement à mettre Voltalis à genoux. Faut quand même pas déconner, les économies d’énergie (et surtout d’effet de serre) ne doivent pas amputer la soif de rachat et d’OPA de Gadonneix et de ses sbires.

Cette histoire est d’autant plus absurde que le boîtier de Voltalis préfigure (en version low-tech) ce qu’un réseau de distribution intelligent pourrait être : un réseau dont les équipements sont capables de retarder leur démarrage pour effacer une pointe, et donc éviter le démarrage de centrales à gaz ou à charbon qui rejette du gaz carbonique. En version low-tech seulement.

Finalement, le dindon de la farce dans cette affaire, ce serait plutôt le consommateur. Qui croît économiser de l’argent quand seul Voltalis fait recette. Car retarder un radiateur de 15 minutes dans un logement régulé, c’est simplement retarder la consommation, pas la supprimer (pour ça, il y en a qui ont inventé l’interrupteur, c’est très efficace). De la même manière pour un chauffe-eau, qu’il faudra bien chauffer sous peine de se geler sous sa douche. Et donc le manque à gagner ne serait pas si élevé pour EDF. (…)

Denis Delbecq – Effets de Terre