Grèce –Allemagne. L’inévitable bras de fer

C’est un concert de louanges qui a été entendu en France au lendemain du scrutin grec, jusqu’au PS qui a salué la «  victoire de la gauche  », alors que le parti socialiste Pasok essuyait une défaite historique. François Hollande va-t-il dès lors soutenir Aléxis Tsípras dans sa volonté de voir effacée purement et simplement une grande partie de la dette grecque ?

Au lendemain d’un succès électoral, le sentiment de sympathie pour le leader d’un pays ayant subi une réelle cure d’austérité ne saurait faire oublier le principe de réalité.

La France a déjà engagé plus de 40 milliards d’euros pour soutenir la Grèce (prêts bilatéraux, garanties aux fonds de secours européens), alors qu’elle croule elle-même sous une dette qui approche les 100 % de PIB. Et que penseraient les autres États (Portugal, Irlande) qui ont dû accepter de sévères mesures de rigueur avant de se redresser, et dont la dette reste astronomique ?

L’euro est certes consolidé, mais il ne faudrait pas sous-estimer les risques qu’engendrerait un tel effacement. Bien sûr, l’Union européenne, le FMI et la BCE vont devoir dialoguer avec le gouvernement issu des urnes. Mais Athènes ne pourra rien décider unilatéralement, sauf à ce que la Grèce sorte de la zone euro.

Comme dans toute négociation, des gestes vont devoir être faits des deux côtés, à l’instar des discussions qui s’opèrent entre États endettés et créanciers publics regroupés au sein du Club de Paris. L’Europe devra sans doute rééchelonner à nouveau la dette grecque, diminuer les intérêts demandés. De même faudra-t-il accepter qu’Aléxis Tsípras mette en œuvre une partie de son programme (hausse du Smic, mesures d’urgence pour les plus pauvres).

Mais l’heure d’un effacement de dette n’est pas venue. Ni d’un abandon de toute rigueur budgétaire. On peut continuer de neutraliser le coût de la dette, mais ce sera en attendant que Syriza fasse ses preuves et que l’économie reparte durablement, alors que la croissance fait à peine son retour. De même, pour obtenir de ses créanciers qu’ils débloquent les dernières tranches d’un programme de soutien sans précédent, voire qu’ils préparent un troisième plan d’aide, Alexis Tsipras va devoir donner des gages. Son programme n’est pas financé ? Il devra être revu.

Le Premier ministre va devoir surtout lancer les réformes que ses prédécesseurs n’ont pas réalisées, au premier rang desquelles celle d’un Etat dysfonctionnel. Un des gros problèmes de la Grèce est qu’elle a appliqué l’austérité, mais qu’elle n’a pas transformé une administration incapable de prélever l’impôt de manière efficace (évasion fiscale, absence d’un réel cadastre, etc.).

Syriza a fait des promesses en ce sens. Une convergence est donc possible dans les discussions avec l’UE et le FMI. Mais ces derniers ont été échaudés par les engagements non tenus. Le bras de fer sera musclé.

Lefebvre Etienne, Les Echos du 27 janvier 2015 – Permalien


MerkelPutain, Syriza va me ridiculiser !