L’astéroïde qui va frôler la Terre… Et les autres !

Il a la taille d’ un stade et sera visible uniquement avec des jumelles. L’ astéroïde 2004 BL 86 va passer au plus près de la Terre cette nuit. Mais il ne présente aucun danger pour nous, insistent les observateurs.

Ne vous couchez pas cette nuit. Munissez-vous de jumelles, sortez de la ville et de ses lumières, et scrutez le ciel. Vous pourrez y apercevoir un objet volant parfaitement identifié. Un astéroïde géant, de la taille d’un stade de football (500 mètres de diamètre), qui passera à quelque 1,2 million de kilomètres de la Terre. Soit trois fois la distance qui sépare notre planète de la Lune. Il n’est pas le premier à passer aussi près, mais il est incontestablement l’un des plus gros.

La Nasa, et son Programme Near Earth Object, qui traque les astéroïdes potentiellement dangereux (définis comme ceux qui passent à moins de 7,4 millions de kilomètres de la Terre – 2004 BL86 passera à 1,2 million de kilomètres), va suivre de très près l’événement.

« Bien que cet astéroïde ne menace pas la Terre, cette trajectoire très proche va nous donner une opportunité unique de pouvoir observer un tel objet et d’en apprendre plus« , affirme dans The Independent Don Yeomans, l’un des scientifiques de la Nasa. « Pour le moment, nous ne savons rien de cet astéroïde, il y aura peut-être des surprises », ajoute l’astronome Lance Benner.

Pour les amateurs, l’agence américaine a même publié un guide pour repérer sa trajectoire dans le ciel nocturne : via les constellations de l’Hydre et du Cancer. On pourra aussi suivre ses déplacements en direct, sur l’observatoire en ligne Slooh.

La peur de l’inconnu

Quoi qu’il arrive, nous n’avons rien à craindre de cet astéroïde, répètent à l’envi les journaux. Erick Mack, le journaliste scientifique de Forbes, va même plus loin. « Oubliez ce gros astéroïde qui va frôler la Terre, inquiétez-vous plutôt de ce que nous ne pouvons pas voir », écrit-il.

Comme son nom l’indique, les astronomes connaissent l’existence de cet immense astéroïde depuis une décennie. C’est des débris spatiaux que nous n’avons pas encore caractérisés, et notamment de ceux qui ne sont visibles que depuis l’hémisphère Sud, que nous devrions nous préoccuper.

Pourquoi ? Parce que le seul observatoire qui surveille le ciel de l’hémisphère Sud a cessé cette activité l’an dernier, faute de fonds.

Les scientifiques du Programme Near Earth Object de la Nasa traquent les astéroïdes potentiellement dangereux ; mais l’humanité reste largement dépendante du facteur chance pour éviter une collision avec un l’un de ces objets. C’est ce qu’a démontré il y a deux ans, l’explosion surprise d’un grand météorite dans l’atmosphère, à Tcheliabinsk, au-dessus de la Russie. Cette explosion équivalait à trente fois Hiroshima.

Ce n’est certainement pas la seule à être survenue : des capteurs indiquent que de tels impacts se sont produits à plusieurs reprises depuis le début du siècle, essentiellement dans les océans ou l’atmosphère. Et nous nous attendons à un événement de type Tcheliabinsk environ une fois tous les vingt ans, affirmait l’an dernier dans le Guardian Brad Tucker, l’un des astronomes australiens, au moment de l’arrêt du programme.

Courrier international Virginie Lepetit