LE COMBAT ANTIRACISTE

Au lendemain d’une solidarité française qui ne s’était jamais vue depuis de très nombreuses années, où le peuple français sur tout le territoire, s’est exprimé sans afficher dans une unité, une dignité sans faille durant ces marches collectives, sans aucun lien, ni référence à des parties politiques ou orientations cultuelles, revendiquant simplement la liberté d’expression, le refus d’un extrémisme religieux ; apparaît quelques heures après cette démonstration d’envergure, déjà des divergences d’interprétations, voire d’appropriations.

C’est la raison pour lequel avant tout faire en sorte que cette unité temporaire devienne pérenne sur un certain nombre de sujets qui nous semblent être les vecteurs déclenchant ayant amené les différentes et catastrophiques exactions au nom d’un culte.

Nous ne prétendons nullement à donner des leçons, simplement nous bornons-nous à prendre en compte toutes les informations qui ont été diffusées depuis la fin des événements concernant les trois protagonistes qui les ont perpétrés.

Ces informations nous amènent à plusieurs questions:

  1. Un certain nombre de personnes était au courant des agissements, allées et venues de ces « embrigadés » au voyage formateur notamment pour ces trois individus. Où est la faille?
  2. D’autre part et plus largement le communautarisme mal maîtrisé dans le pays, un chômage alarmant, des aides sociales mal comprises, une stigmatisation exercée par une extrême droite envers les musulmans dans leurs ensembles mais pas que, font un ensemble de récriminations laissant la place à des auteurs comme Éric Zemour menant à diviser le peuple français.
  3. L’éducation dans son ensemble, qu’il soit parental ou scolaire, est, lui aussi un participant à déliquescence du vivre ensemble, favorisant l’individualisme.

En conclusion avant de laisser la place à une étude correspondant au titre de cet article, l’ensemble de ces événements survenus ne sont-ils pas dû à la fois aux restrictions budgétaires exercées dans le pays et à un laisser-faire gouvernemental ? Pour autant il est pas question de penser à fomenter des lois du type « USA patriot act (1) » à l’image des USA, ni de laisser toute latitude à une police citadine ou rurale, pas plus que de priver l’ensemble de la population de liberté.

Malheureusement et malgré les 3,5 ou 4 millions de personnes ayant manifesté dans le calme la solidarité nationale si aucune mesure n’est prise, si aucun changement dans la gestion de l’État n’intervient, il n’y a aucune raison que la situation d’avant l’événement ne se retrouve à l’identique après. Des élections se profilent souhaitons qu’elle permette le dialogue et la prise en compte des intérêts de la population. Pour autant je suis et reste épris de liberté et ne souhaite que voir appliquer la devise française « égalité, fraternité ».

MC


 LE COMBAT ANTIRACISTE

« Sur fond de crise, d’aggravation du chômage, des inégalités et de la souffrance sociale, notre société paraît de plus en plus fragmentée, confrontée à des difficultés à « vivre ensemble » Pour la 4e année consécutive, la CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l’homme) dans son rapport annuel pour lutter contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie conclut à une « hausse inquiétante de l’intolérance et une odieuse libération de la parole raciste ». Les arabo-musulmans et les Roms sont les principales victimes du racisme au point que la CNDCH reconnait pour la Ire fois la validité du terme « islamophobie » au regard de la résurgence de l’intolérance religieuse.

Un racisme culturel se substitue au racisme biologique : les modes de vie et la culture se transmettent de génération en génération, la « race supérieure » étant celle qui porte sa civilisation, la « race inférieure » étant jugée en fonction de sa distance à cette civilisation… et de sa capacité à s’assimiler (Robert Castel).

Cette vision « essentialiste » est inscrite dans notre histoire, celle de la traite négrière, du code de l’indigénat en terres coloniales et de l’immigration hiérarchisée sur un concept culturel !

Le racisme est la construction du « eux» et du « nous » dans un rapport de domination. La logique de la « race » amène à traiter de manière inhumaine des êtres humains, les déclasser à les désigner comme boucs émissaires. L’extrême droite s’est construite sur la négation du principe d’égalité, elle oppose l’identité à l’égalité et établit une hiérarchie entre nationaux, entre citoyens, entre peuples, entre cultures, entre religions…

Mais l’extrême droite n’est pas la seule sur le terrain de la « racialisation » des rapports sociaux, elle est rejointe par une grande partie de la droite qui pense ainsi reconquérir son électorat. Le gouvernement Valls-Hollande nous montre que le ver est dans le fruit d’une partie de la gauche. Ce fut le renoncement à deux promesses emblématiques : le droit de vote pour les résidents étrangers et le récépissé de lutte contre le contrôle au faciès.

Manuel Valls sacralise l’antisémitisme, récuse le terme islamophobie pour mieux minorer les discriminations dont souffrent les jeunes des quartiers populaires tout en les traitant d’antisémites pendant les manifestations pour Gaza. Valls parle de modes de vie extrêmement différents des Roms qui n’auraient pas vocation à rester en France.

La crise est un terreau fertile mais elle ne peut justifier seule la montée de l’intolérance à laquelle on assiste. La parole politique officielle, celle qui vient d’en haut décomplexe, « normalise » et banalise l’expression du racisme

DES ÉTUDES L’ATTESTENT :

2009-2010, avec le débat sur l’identité nationale, Sarkozy a légitimé et ouvert l’offensive d’une grande partie de la droite qui allait désigner le musulman comme le nouvel ennemi de l’intérieur.

2012-2013 Les dérives identitaires assumées de Manuel Valls et les renoncements du Gouvernement socialiste permettent la poursuite de ce phénomène et un début de décrochage de l’électorat de gauche et de l’électorat centriste dans leur rapport à la tolérance.

En 4 ans, le sentiment que le nombre d’immigrés a augmenté est passé de 63 à 76 %, l’approbation du droit de vote aux résidents étrangers est passée de 59 à 36 %, le sentiment de ne plus être chez soi est passé de 41 à 60 %, l’immigration source d’enrichissement culturel est passée de 72 à 59 %, l’immigration cause de l’insécurité est passée de 36 à 58 %.

Si jusqu’en 2012, la CNCDH avait noté une résistance des électeurs de gauche à l’intolérance, c’est la démonstration qu’une parole officielle vécue comme de gauche peut légitimer l’inacceptable avec le décrochage d’une partie des électeurs de gauche alors que les valeurs d’ouverture font partie intégrante de leur identité politique.

PORTER UN ANTIRACISME POLITIQUE !

Il n’y a pas un racisme mais des racismes qui ont, certes, un tronc commun, mais aussi leurs spécificités.

ROMS

La xénophobie dont ils sont victimes est d’une rare violence. Les préjugés sur ces femmes et ces hommes, persécutés, discriminés, en situation de grande marginalisation sont multiséculaires et très ancrés (voleurs, clochards, mendiants, exploiteurs d’enfants, vie itinérante inhérente à leur culture). Ils sont vécus « hors système », ce qui autorise à les traiter de « sous-hommes », de déchets, de parasites, de vermine.

Nous atteignons là la logique du bout du bout du racisme, c’est-à-dire la déshumanisation. La définition des Roms par le Conseil de l’Europe établit leur nombre en France à environ 500 000 dont on parle peu. Ceux qui focalisent toutes les haines sont les migrants roumains et bulgares qui vivent principalement dans des bidonvilles autour de plusieurs grandes villes de France. Ils sont évalués à 15 à 20 000, c’est-à-dire environ 0,025 % de la population française. La seule politique de l’État français plusieurs fois condamné est celle des expulsions.

Un plan d’urgence axé sur l’hébergement, la scolarisation, la santé, le travail et l’apprentissage du français doit être mis en œuvre en organisant la solidarité nationale entre les communes sous la responsabilité de l’État, les fonds européens existent pour le financer.

L’ANTISÉMITISME

Les préjugés sur les juifs sont tenaces mais le racisme réel exercé contre les juifs émane des milieux d’extrême droite en grande partie et de certains milieux extrémistes musulmans. Il faut, comme pour l’islamophobie, le combattre plus efficacement sur les réseaux sociaux. Porter au même niveau la lutte contre tous les racismes, cela relève d’un parti pris politique qui doit être assumé.

Le mouvement Égalité et Réconciliation, d’Alain Soral et Dieudonné, vise à réconcilier la gauche du travail et la droite des valeurs. Il utilise « le deux poids deux mesures » (vous comptez moins que les juifs) et l’impunité dont jouit Israël, il propose aux musulmans le piège de leur communautarisation en vue d’un rééquilibrage communautaire face au lobby juif…

LE RACISME ANTI-MUSULMAN

Le racisme anti-musulman est à la fois la continuation du rejet de l’immigré arabe, le musulman devient l’ennemi de l’intérieur mais pas seulement. Ce racisme est lié à la religion et aux pratiques religieuses. La CNDCH utilise désormais le terme

« RECRÉER DE L’UNITÉ ET REDÉFINIR LES BASES DU VIVRE ENSEMBLE. »

« islamophobie » devant l’ampleur des actes anti-musulmans (profanations de mosquées, agressions et insultes de femmes voilées, discriminations liées à la religion, refus de femmes voilées dans des lieux non soumis à la laïcité). La discrimination est souvent triple, religieuse, sociale et territoriale, un cocktail explosif qui fait le bonheur de ceux qui exploitent ces situations pour inciter au repli communautaire.

La contre-offensive idéologique est indispensable à condition de ne pas cibler seulement l’extrême droite. Le déplacement de la question sociale sur le terrain identitaire, c’est la droite et une partie de la gauche, c’est aussi la résultante des combats que le camp progressiste a renoncé à mener.

Il faut construire un discours qui parle à tous, nous voulons le rétablissement de l’égalité pour tous ceux qui souffrent des discriminations quelles qu’elles soient. Recréer de l’unité de classes et redéfinir les bases du vivre ensemble. Le vocabulaire employé est souvent piégé. Il en est ainsi de l’identité nationale, de la laïcité, des discriminations systémiques (points abordés dans le rapport complet) mais aussi du communautarisme, de l’intégration.

La question n’est pas de reconnaître les différences ou la diversité mais de reconnaître l’existence de discriminations. Notre République ne reconnaît pas les minorités mais ce sont des politiques de minorités qui sont mises en place pour l’égalité hommes-femmes, pour les handicapés. La bataille contre le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie et les discriminations est une bataille de l’égalité à resituer dans notre combat général, nous devons exiger qu’elle soit une grande cause nationale.

Fabienne Haloui


1) Le « USA Patriot Act » est un ensemble de mesures liberticides votées dès octobre 2001 par le Congrès des États-Unis après les attentats du 11 septembre. Ses principales manifestations furent l’ouverture de Guantanamo, la réduction des droits de la défense des combattants « illégaux » soupçonnés de projet terroriste, et l’autorisation de fait de la torture.