Que retenir de 2014 ?

Colère à Nantes, à Sivens, à Toulouse, à Paris, à Marseille, à Brest, à Tours.

Colère aux racines multiples.

Colère

  • Colères contre la raison d’État,
  • Contre les violences policières,
  • Contre l’absurdité de projets décidés au sommet.
  • Colères aux causes obscures, informulables.
  • Colères romantiques.
  • Colères sauvages, imprévisibles.
  • Colères sans chef, ni sous-chef, ni personne pour les canaliser (les grands ténors de la protestation en sont tout désorientés).
  • Colères sans dogme ni programme où aller s’abreuver.

Colère anarco-libertaires ?

On le dit. Mais plus du tout selon le modèle ancien. Plus du tout dans la vénération d’une figure forte. Plus du tout dans le désir d’un système conçu et planifié d’avance, ni dans l’attente du Grand Soir qui va renverser le monde et imposer enfin le bonheur intégral.

Juste des petites guerres, des fragiles contre-feux, des contre-pouvoirs minuscules, locaux, improvisés, mouvants, fragmentaires. Juste des petites brèches ouvertes dans le mur. Juste des échauffourées flambant sans prévenir et s’éteignant de même.

Juste quelques émeutes menées par de jeunes indociles, les mains tremblantes et le cœur sous la hache, le pouvoir ils s’en tapent, la richesse ils s’en tapent, et qui aspirent non pas à changer la planète mais à changer leur vie, tout simplement leur vie.

Ces mouvements, qui échappent aux partis politiques, sont récents. Ils sont fragiles. Ils sont en germe, demandent d’éclore.

Pourtant les esprits « dits » sérieux, assurent qu’ils ne peuvent qu’échouer car on ne gagne pas, disent-ils, une bataille avec, en guise d’armes, quelques chardons et des aigremoines odorantes.

A moins que…

Affaire à suivre.


 

D’après Lydie Salvayre – Les Inrocks N° 994/95/96 – Dec/Janv.