Une enquête « rêvant » d’union nationale !

La nouvelle année va voir fleurir bon nombre de sondages, tous plus ou moins médiatisés, commandés par le pouvoir en place ou ses détracteurs. Ces exercices « sondagiés » relayés avec empressement et de fortes circonvolutions par les télévisions, radios et la presse écrite, tenteront au passage, de supplanter les extralucides de tous poils; qui comme chacun le sait, ne sont lucides qu’en vastes approximations de faits possibles dans les jours, semaines et mois à venir. Dans cet exercice l’Ifop, suivant la commande de Paris-Match, est dans cette lignée « sondagière » ou l’approximative information, permet toutes interprétations selon la situation et l’ambiance politique du moment. J’ai « posté cet article pour démontrer l’ambiguïté d’un tel sondage et son contenu. Il sert à noircir les pages d’un hebdomadaire uniquement soucieux d’une bonne marchandisation de son édition. MC

Les réformes auxquelles doit s’atteler le pays, sont innombrables et impopulaires. Autant se concentrer sur trois mesures indispensables au redressement.

Les Français y croient encore. Bien sûr, les menaces sont lourdes pour 2015 et la France n’a peut-être pas touché le fond dans le registre du « tout va mal ». Mais, malgré tout, du climat anxiogène aux mauvais résultats économiques en passant par le déclinisme revisité façon Eric Zemmour (son livre « Le suicide français » est un best-seller) et la mode du french bashing, les Français sont prêts à PO-SI-TI-VER. Il suffirait peut-être d’un signe, comme dit la chanson.

En attendant, ils s’accrochent à toute possibilité d’espoir. Pas dupes de l’optimisme du président de la République prêt à sauter sur le moindre indice économique pour embellir son quinquennat, les Français sont plutôt en quête de progrès, de rêve et d’union nationale. C’est l’un des enseignements de l’enquête exclusive réalisée par l’Ifop pour Paris Match.

Six des treize suggestions qui leur ont été soumises recueillent plus de 70% des suffrages. Au rayon des bonnes nouvelles en 2014, ils plébiscitent la première implantation d’un cœur humain artificiel (95%). Ce choix est symbolique d’un pays qui aime réassurer sa confiance dans les progrès de la science et de la médecine.

Dans le même ordre d’idées, les Français se réjouissent d’une année record en récompenses prestigieuses : deux Nobel (l’écrivain Patrick Modiano et l’économiste Jean Tirole) et une médaille Fields pour le mathématicien franco-brésilien Artur Avila. Enfin, les Français mentionnent à 93% la libération des derniers otages (le père Georges, les quatre journalistes détenus en Syrie et Serge Lazarevic au Mali).

Des images chaque fois synonymes de communion nationale. Une tradition dans la vie politique française, rythmée depuis trente ans par ces scènes de retour sur le tarmac de l’aéroport de Villacoublay. Une tradition qui échappe aux polémiques entre la droite et la gauche – fait rare.

Dans leur tri des bonnes nouvelles, les Français sont prêts à s’enthousiasmer pour quelques exploits sportifs : c’est le cas du perchiste Renaud Lavillenie, qui a gagné sa place au panthéon des héros hexagonaux après son bond à 6,16 mètres, effaçant des tablettes l’indétrônable Sergueï Bubka. Mais ils écartent d’office les politiques, même quand il s’agit de saluer des retours.

Ceux de Ségolène Royal, promue ministre de l’Ecologie, et de Nicolas Sarkozy, élu à la tête de l’UMP ne retiennent pas l’attention. Les champions de la présidentielle de 2007 (57% des voix à eux deux au premier tour) sont fatigués et fatigants. Ils n’obtiennent cette fois que 31 % des faveurs des Français pour la première et 28% pour le second. Cela prend des allures de camouflet.

Pour 45 % des Français, le retour de l’ex-chef de l’Etat n’est « pas du tout » une bonne nouvelle. Cela confirme qu’au pays du général de Gaulle les politiques ne sont plus perçus comme des « sauveurs ».

Sage attitude de la part de Français qui attendraient moins de l’Etat. Sauf que, en cette période de crise économique et morale, le rejet des politiques rime d’abord avec un sentiment d’impuissance, d’incompétence, voire de malhonnêteté. Dans son livre « Les saboteurs » (éd. Plon), l’essayiste Eric Le Boucher décrit parfaitement trois décennies d’impuissance politique durant lesquelles gauche et droite ont « saboté » la France en reculant devant les adaptations et les réformes.

Au lieu de ça, ils ont maintenu « le modèle français » à coups d’impôts et de déficits. Le résultat se voit dans le classement établi par l’Ifop des grandes peurs des Français pour 2015. La seule lecture du tableau est un précipité de l’état de l’opinion depuis plusieurs mois. Figure en tête la crainte identitaire mâtinée de terrorisme, avec la montée de l’islamisme radical (89%). Une crainte massive à droite et à gauche.

Ensuite, la peur sociale avec le creusement des inégalités relevé par de nombreux chercheurs, dont le géographe Christophe Guilluy, auteur de livres remarqués sur le sujet. Ce sentiment de déclassement est perçu par 86% des sondés. Très fort dans les classes populaires, il recouvre sans distinction les sympathisants de droite et de gauche.

Sans surprise, les Français souhaitent en priorité qu’en 2015 François Hollande finisse par inverser la courbe du chômage. Ce vœu sonne comme une piqûre de rappel pour le chef de l’Etat, qui a fait des résultats en matière d’emploi l’une des conditions à une candidature en 2017.

Paris Match du 24 décembre 2014