Ce bénévolat en peine de bras …

Le bénévolat s’est rarement aussi bien porté qu’aujourd’hui. Pourtant les associations peinent à renouveler leurs fonctionnements pour répondre à de nouvelles aspirations et à attirer des cadres.

L’engagement des Français en faveur d’une action, d’une cause, d’un public ne s’est aussi bien porté qu’aujourd’hui.

Les baromètres et les études sur le sujet dressent tous ce même constat : pour vivre et se développer, les structures de l’économie sociale et solidaire doivent s’adapter aux nouvelles aspirations citoyennes de leurs compatriotes. Il en va ainsi des bénévoles.

Avec 16 millions de « pratiquants », leur nombre est au zénith. Mais Dominique Thierry, vice-président de France Bénévolat, apporte un bémol. « Le bénévolat direct augmente bien plus (+ 31 % entre 2010 et 2013 – NDLR) que le bénévolat associatif (+ 12 %). Ce qui peut se traduire par : « Je veux bien donner de mon temps, mais pas être  » récupéré  » par une structure. En ce sens, l’association traverse la même crise que d’autres corps représentatifs comme les partis politiques ou les syndicats. »

L’engagement s’inscrit de moins en moins dans la durée, mais dans l’intérêt d’un projet à mener, d’une opération à soutenir. C’est ce que le sociologue Jacques Ion appelle « l’idéalisme pragmatique », « c’est-à-dire d’une part la recherche de résultats concrets, même partiels, d’autre part et simultanément, l’idée que les moyens de la lutte ne peuvent être contradictoires avec les fins qu’elle se donne » (1).

Même constat pour les volontaires du service civique, passés par l’association Unis-Cité. Valérie Becquet a étudié leurs parcours (2). Elle note que leurs aspirations à « agir concrètement et être utiles », à « aider les autres, les personnes en difficulté » s’articulent avec deux autres logiques plus utilitaires : « La logique de formation, qui renvoie à une volonté d’acquérir des compétences ou une « première expérience professionnelle » et de « découvrir le monde associatif »; et la logique de parcours, qui correspond davantage à une volonté de changer une situation, en particulier de reprendre une activité ou de faire une parenthèse dans son parcours. »

Les améliorations législatives ne résoudront pas tout

Le Mouvement associatif, animateur de 2014, Année de l’engagement associatif, a proposé plusieurs outils pour capter ces nouvelles aspirations, comme le « congé engagement » et « gouvernance » pour aider les salariés à s’investir sur un projet ou une mission d’encadrement, comme la reconnaissance des compétences et des acquis des bénévoles.

La commission d’enquête parlementaire consacrée aux difficultés des associations a retenu nombre de ces propositions. Mais les améliorations législatives ne résoudront pas tout. Une révolution des us et coutumes du monde associatif est en effet nécessaire, car, comme plaisantait Hélène Beck, du Secours catholique, devant les parlementaires : « Les bénévoles qui viennent à nous s’engagent rarement dans le but de remplir des bordereaux. »

Pour Dominique Thierry, de France Bénévolat, « les associations doivent mettre en place une pédagogie de l’engagement. Il faut faire comprendre au bénévole le projet collectif et l’organisation qu’il y a derrière, l’utilité d’y rester et de prendre des responsabilités ».

Décryptant les « intérêts d’être bénévole », les chercheurs Roger Sue et Jean-Michel Peter préconisent « une logique de contractualisation, où l’association offre un cadre à l’action personnelle, une source de plaisir à un bénévole en échange de sa disponibilité et de ses compétences, plus qu’une logique d’adhésion au sens fort ».

Stéphane Guérard – Huma 02 dec 2014


  1. Lire son entretien dans Altermondes.
  2. Voir l’Expérience du service civil, volontaire à Unis-Cité: quels enseignements pour le service civique? (Cahier de l’action n9 34, Injep).

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